ALIENANTE DAMNATION ne pouvait que m'attirer : je suis le parcours de son auteur depuis ses débuts. Il était temps de lui donner la parole - plus qu'intéressante par ailleurs !

rops AD



Hailz ! Bienvenue en Enfer ! R.O.P.S, cela fait un paquet d'années que je te suis, car tu es très présent, très productif au sein de l'underground. Tu as eu de multiples groupes, comme Lüger, Gotholocaust, Conjürator et Vociferian, pour ceux que je connais le plus. Quel regard portes-tu sur ton passé musical ? En es-tu fier ? De quoi es-tu déçu ?

Salutations à toi, Guudrath ! Tout d’abord, je te remercie pour ton soutien de longue date aux impies dédicacions que j’ai exécuté dans le passé. J’ai mis autant de noirceur, de rage et de ma personne dans chacune de mes œuvres. Je suis satisfait de tout ce que j’ai produit car tout est vrai. Rien n’est calculé pour plaire et être « bankable » dans le microcosme du black metal underground. Ce que j’ai coutume de produire est un morceau de mon âme, un tourment dans sa fondation la plus brute que j’offre à l’auditeur.

Le regard que je porte sur mon passé musical ne peut être objectif, bien sûr. Néanmoins, je donne constamment mon maximum pour conférer le plus de sens et de profondeur à ce que je fais. Pour moi, l’intégrité doit être présente dans la musique et en particulier dans un art sans compromis comme le black metal. Je m’assure aussi de créer quelques chose de vraiment abouti.

Chaque projet, au moment de sa création, devait être, ça s’imposait à moi. Je ne suis déçu de rien. Si ce n’est des autres, de la difficulté croissante avec le temps d’être sorti. Les labels petits et grands souffrent réellement du téléchargement.

Quand et pourquoi avoir fondé Aliéante Damnation ? Pourquoi ne pas avoir gardé un groupe précédent pour sortir Le Chantre du Charnier ? Quelles différences musicales fais-tu entre Aliénante Damnation et les autres noms que j'ai cité ?

J’ai fondé AD dans le gel de novembre 2010. Pour ma part, une direction musicale et conceptuelle est une entité, une identité propre. Je ne peux nommer VOCIFERIAN, ce que je nomme AD. Musicalement, avec AD j’ai voulu produire un black metal à la fois brutal, bestial et tranché comme l’est le black death. Des paroles poétiques dans un français approfondi que je qualifierais de « baudeleriennes ». Et également tendre vers des phases plus mélodiques comme certains groupes scandinaves avaient l’habitude de le faire dans les 90’s (MARDUK, VINTERLAND, SETHERIAL). Toutes ces facettes, leur complémentarité et surtout leurs côté diamétralement opposés sont ce qui fait AD, un oxymore contrastant et déchaîné. Le tout magistralement illustré dans le packaging produit par MARK RIDDICK.

Quels sont les retours pour le moment en ce qui concerne l'album ?

Les retours sont bons. Les ventes en ces temps difficiles pour le disque ne sont pas mauvaises même si bien entendu je ne fais pas de la musique pour l’argent. La diffusion est bonne mais il y a beaucoup de travail derrière et j’ai dû retrousser mes manches pour que les choses bougent en ce sens, ça ne tombe pas tout cuit du ciel… La promo pour cet opus aura été au moins aussi harassante que la composition, l’enregistrement, le mastering ou encore la recherche d’un label stable sérieux et intègre. Unlight (sous label de Drakkar Prod) s’est intéressé à l’album mais souhaitait que j’investisse à hauteur de la moitié (au moins) des frais de productions pour le sortir… j’investis beaucoup dans ma musique (instruments, matériels de sonorisations et d’enregistrements etc…), je ne pouvais donc me résigner à ce genre de ‘deal’. Heureusement Ars Funebris a également été d’accord de produire un CD complet avec livret 16 pages, car il était aussi primordial pour moi que l’album comporte les paroles.

Le Chantre du Charnier a clairement somme source d'inspiration le death metal dans les premiers titres, plus que le black metal que l'on entend ensuite... On pense pas mal à des groupes étasuniens bien connus comme Angelcorpse, Revenge, etc... Ce style-là quoi. Sinon des groupes de black norvégiens des années 90. Qu'est-ce qui t'a inspiré pour cet album ?

Je suis clairement le fruit de la scène black death old school US des 90’s. J’ai été et reste un énorme auditeur du genre. Il n’est donc pas étonnant que ça se sente dans ma musique. Je n’ai jamais mis de barrières à mes influences. Elles se sentent dans mes créations, sans jamais plagier ce qui me plaît, ça va de soi. Je suis heureux que tu m’en parles car je me sens bien plus proche de groupe comme ANGELCORPSE et pour en citer des « noms US », je te parlerais aussi d’ABOMINATOR ou d’IMPIET , ce sont des piliers pour moi. En fait, ils exécutent des choses tranchées et claires, sans tortiller, si je puis dire. Contrairement à des « groupes » comme LES DISCRETS ou ALCEST avec lesquels je ne me sens aucunes affiliations même si nous écrivons tous en français. Je ne comprends pas vraiment le besoin de faire partie d’une sphère sombre et crasseuse comme le black quand on fait de la « pop » éthérée et doucereuse.

J’ai également été influencé par des groupes tels que MORBOSIDAD qui écrivent dans leur langue, comme AD, ou bien sur, des groupes scandinaves des 90’s : DARK FUNERAL, MARDUK.

Le Chantre du charnier est un album concept sur une réelle progression, qui part sur un axe du black death bestial jusqu’au 8eme titre « vêpres du gerasien possédé » qui constitue une sorte de plage transitoire (plus mid tempo) et à partir de là, les titres s’agrémentent de plus de mélodies (certes discrètes car je ne suis pas pour les attributs kitsch) jusqu’à « suprême râle » qui est le titre le plus long et qui lui, laisse dévoiler un sens mélodique accru. La rareté des mélodies dans la généralité de l’album est souhaitée pour mettre celles qui sont présentes en exergue.

Cherches-tu la personnalité – ou juste à faire du metal extrême ? Quelles sont tes ambitions ? Tu n'as pas envie de composer quelque chose comme un Enthrone Darkness Triumphant ?

Je ne suis pas à la recherche de personnalité, j’ai 30 ans, je suis dans le metal depuis plus de 20 ans et il ne fait pas ma vie entière. La musique est un fil conducteur dans ma vie, certes, mais ce n’est pas tout pour moi. Il faut, je pense, avoir du recul pour tout. Je ne suis pas non plus dans la course à l’extrême ! Je laisse tout ça aux autres. Comme je l’ai exposé plus tôt. Il s’agit de livrer une production personnelle, qui vient du tréfonds de moi-même et que j’ai besoin de sortir. La composition pour moi est une expérience cathartique, qui me confine et m’occupe entièrement, dans ces moments, je suis dans un véritable processus personnel qui n’a rien de calculé. C’est par la suite que je remodèle les choses avec un œil plus critique et que je mets les choses dans un ordre qui me semble plus esthétique. Mais dans l’expression d’une réelle identité.

Qu'y-a-t'il d'extrêmement important à saisir au sujet d'Aliénante Damnation ?

Qu’il s’agit d’une œuvre à part, d’un fragment d’art sombre et rare. Dont la brutalité et la noirceur font l’intérêt. Toute proportion gardée, je ne connais pas d’autre groupe de brutal black death chanté en français, réalisé, composé et enregistré par une seule personne. En cela, je pense qu’AD est précurseur.

Aliénante Damnation est bien loin de Slaughter Messiah par exemple ! Connais-tu ce groupe ? Quelle différences d'approches vois-tu entre vous ?

Oui, je connais ce groupe. Bien plus old school, Sabathan est un enfant du speed metal. J’adore cet aspect de la scène également. Goatholocaust est également un précurseur d’un certain renouveau du Black/Thrash… Mais AD n’est pas de cette veine là, bien plus proche de Conqueror ou Impaled Nazarene (early).

Avec les années et ton expérience, quel regard porte-stu sur le metal extrême depuis 1990 ?

Un œil nostalgique pour les 10 premières années qui se transforme en un œil critique pour les 10 dernières années !!!

Tu joues, encore une fois de tous les instruments : que penses-tu de l'expérience « à plusieurs » ? Comment t'es-tu mis à jouer de tous les instruments ?

Cette expérience s’est avérée plusieurs fois désastreuse. Déçu par des personnes vides et sans convictions, présentes juste pour leur petite personne et non dévoués à cet art en réalité. Je suis certainement également trop tyrannique et j’ai du mal à faire des compromis, je dois faire les choses pour et à moi-même… si je ne suis pas satisfait c’est la même chose au moins il n’y a qu’à moi que je puisse le reprocher et c’est mieux ainsi je pense.

Qu'est-ce que tu mets de toi dans ce que tu crées – je veux dire, de ce qu'il y a tout au fond de toi ?

De la haine, de la colère, du mépris, de l’inspiration et une  « dédication » complète à ce qui m’habite.

Comment t'y prends-tu pour composer tes titres ? Et quand et comment les enregistres-tu ?

Pour AD, la composition s’est étendue sur plusieurs années, suite à l’arrêt de VOCIFERIAN en 2009, après 10 ans de loyaux services. Dès lors des riffs et mélodies ainsi que des bribes de poésie noire me sont venues… mais pas en une fois, en plusieurs frappes sur ces dernières années. Un peu comme on chasse des esprits pour s’en prémunir… mais rien n’y fait ils reviennent toujours et le travail doit au final être accompli coûte que coûte. Voila dans quel état d’esprit j’ai commencé à écrire la musique et les textes pour ensuite m’adonner pleinement à l’enregistrement de l’opus. J’avoue avoir plus travaillé et pris plus de temps pour satisfaire la puissance de cette œuvre que par le passé ou les sessions instrumentales par exemple étaient bien plus spontanées lors de leur capture (« UHDU » de Vociferian ou encore « Kill Worship Die » de LÜGER ont été enregistré sur le temps d’une demi journée pour les sessions instrumentales). J’ai également divisé les phases de répétitions et d’enregistrement en 2 lieux distinctes, chose que je ne faisais pas avant : tout était auparavant enregistré dans mon studio personnel en France.

Le satanisme a-t-il une place dans ta musique ?

Plus qu’une place, un crédo ! Sans l’essence même de cette musique à quoi cette musique servirait-elle ? A mon sens le Satanisme est un ‘relativisme profond’, une réelle question posée. Et c’est en cela qu’il demeure un sujet inépuisable et inébranlable. Nous sommes tous des saints céphalophores à la recherche de nos têtes déchues… AD est simplement l’une des têtes de cette hydre génitrice de maux qu’on appelle ‘religion’.

Lyriquement, de quoi parlent les textes ? Contre qui portes-tu ta haine ? Quels sont les « comptes » que tu as à régler ?

Comme tout le monde je pense avoir mes compte à régler avec l’ ‘origine’, le père, la mère… le vieux monde, cloaque de vidanges humaines, de cloportes et autres bassesses et aliénations gangreneuses. La sainteté et sa promotion ‘gloriolesque’, ses guerres et surtout la faiblesse des cyniques et leurs profondes infériorités. AD c’est une haine déplacée, convoitée car rédemptrice, un paroxysme, un climax de soufre, une brumes si épaisse qu’on a du mal à y desceller la moindre âme qui vive… et pourtant l’étendard flotte au-delà et triomphe…

Parles-nous de l'artwork : comment en es-tu venu à demander à Riddick de le réaliser ? La pochette est « superbe » !


Cette couverture est un réel ‘don’. J’étais à la recherche d’un dessinateur pour réaliser une pochette plus personnelle qu’un simple « photo-montage ». Je connaissais très bien l’œuvre de Mark, aussi j’ai décidé de le contacter… connaissant lui aussi déjà bien mon travail il a traité ma demande avec beaucoup de dignité et de respect. J’ai donc pu lui faire part de mes inspirations pour le visuel, que ce soit pour la pochette ou le livret tout entier. Que ce soit de l’allégorie du ‘Chantre Du Charnier’ au dos du jewel-case jusqu’au cadre au panthéon en décrépitude… il a tout si parfaitement réalisé… merci de donner cette occasion de souligner ce travail magistral ! Pour la cover l’idée était aussi de rendre un certaine hommage à ‘Les Epaves’ le recueil de Charles Baudelaire qui avait été illustré par Félicien Rops. R.O.P.S. est en réalité un cryptage du nom de ce célèbre artiste Belge qui a réalisé un fascinant parcourt à travers la peinture et la gravure… et dont nous autres connaissons beaucoup de ses œuvres détournés par la scène BM sur les pochette de disque… ses inspirations étant très proche de la scène : mort, sexe, satanisme, guerre, religion…

Fais-tu, vas-tu faire des concerts ? Vas-tu en concert ?

On me pose souvent cette question. Je ne suis pas contre cette opportunité, seulement je suis seul aux commandes de cette embarcation infernale. Aussi mon expérience personnelle m’a démontré la douloureuse déception que peux représenter le risque d’inclure d’autre ‘musiciens’ dans mes créations et d’autant plus pour les interprétés sur scène. Le live est une question délicate dans le BM je trouve, on peut souvent être réellement enthousiasmé par l’écoute d’un bon disque au final redouté la duperie d’un mauvais live de la même formation. Un des meilleurs live de BM que j’ai vu est celui de NEHEMAH en 2002 leur toute première tournée après Light Of A Dead Star, une ambiance insaisissable…

Quels groupes soutiens-tu particulièrement ? Et lesquels admires-tu inconditionnellement ?


Il serait vraiment pénible et difficile d’énoncer tous les groupes que je soutiens ou suis depuis bien, bien longtemps. Mais je respect par exemple énormément Morgan Hakanson pour sa longévité et son inconditionnalité suprême… c’est de ces guerriers sans vergogne ni pseudo prestige dont la scène a et aura toujours besoin. Certes l’originalité et l’audace ne sont pas toujours de mise dans un registre où tout est très codifié… mais en même temps n’est-ce pas ce qu’on attend du black metal en somme ?

Qu'est-ce que tu prépares d'autres dans l'année comme autres releases ?

Un t shirt sorti via VOICEA SUCCUBUS PRODS.

Le Logo Shaped Patch d’AD est également disponible dès maintenant chez WARHEMIC PRODS (NY-USA).

Pour AD l’album sortira au format VINYL LP chez Apocalyptic Empire Records (Norvège) courant MAI/JUIN, avec une pochette alternative complète de Mark RIDDICK une nouvelle fois pour faire de cette sortie VINYL une pièce UNIQUE !!! Le label sortira également un autre T-Shirt en même temps que le LP (arborant des visuels figurant sur le 33 Tours).

Il y aura d’autre sorties du groupe que j’ai engendré avec Mark RIDDICK justement : MACABRA.
Un split 7’EP que j’ai baptisé ‘In Quarantine With Death’ avec COFFINS (Jp), il y a aussi un autre split avec FATHER BEFOULED de prévu pour cette année… et un autre matériel est en cours de préparation.

Peux-tu résumer la personnalité d'Aliénante Damnation en me donnant trois adjectifs ?

LYRIQUE, BESTIAL, DESHUMANISE

Comment se procure-t-on Le Chantre du Charnier ?

Je conseille aux intéressés de se rendre sur le cite de ARS FUNEBRIS RECORDS, le label qui me produit :

http://www.arsfunebrisrecordsshop.com/catalog/product_info.php?products_id=711

Qu'as-tu écouté pendant que tu écrivais ?

Domenico Scarlatti, Grieg, Johannes Ockeghem.

Je pense qu'il y a de quoi se faire plaisir en écoutant Le Chantre du Charnier ! L'interview se termine ici – les derniers mots sont pour Aliénante Damnation ! Bonne continuation et merci de ton passage dans La Voix des Ombres !

SPIRITUALIA SUB METAPHORIS CORPORALIUM.