<p>Bienvenue en Enfer P</p>

P.H.O.B.O.S. ère dans les ombres de notre société industrielle depuis 2000. Né de la cervelle bouillonnante de Frédéric Sacri, ce dernier vient de sortir son deuxième ful-length d'Indus Doom Metal, au nom d'Anaedipal – une oeuvre qui n'est pas sans rappeler BLUT AUS NORD. Je suis donc allé questionner le géniteur torturé sur les raisons d'une telle engeance... (janvier 2009).

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Bienvenue en enfer P.H.O.B.O.S. ! Frédéric, tu es l'âme pensante et le fondateur de P.H.O.B.O.S., dans quel but as-tu créé ce projet musical ? Et pourquoi un tel nom de groupe ?

P.H.O.B.O.S. trouve son origine dans un besoin viscéral d’exister par la création musicale, graphique et littéraire. Ma conception de ce projet étant à la fois introspective et radicale, il m’est difficile de travailler avec d’autres personnes ou hors de mon studio. Encore plus d’exhiber théâtralement mon pathos sur une scène, comme il est de rigueur lorsqu’on est affilié aux musiques dites ‘metal’. Quant à l’acronyme, il s’agit d’une phrase que je ne dévoilerai pas, mais qui possède  une signification forte dans mon esprit.

Anœdipal est sorti récemment chez Megaton Mass Products... As-tu des retours de la part d'auditeurs, de fans, de zines concernant ton deuxième LP ? Avec le recul es-tu satisfait de cette sortie ou es-tu un éternel insatisfait qui trouve toujours qu'il aurait pu/du améliorer certaines parties ?

Les premiers retours médiatiques sont positifs voire élogieux. Même si parfois les critiques n’ont pas (encore) tout capté à « Anœdipal », ils sentent qu’il s’y passe quelque chose de nouveau. Je reçois pas mal d’e-mails d’auditeurs enthousiastes, ainsi que de certains musiciens qui comptent beaucoup pour moi et qui me disent connaître et apprécier ma musique, donc c’est plutôt flatteur. Côté produit fini, étant maniaque sur plein d’aspects, du son à la pochette, je ne peux m’empêcher de détecter des améliorations possibles à l’album. Mais, comme on dit trivialement, « le mieux est l’ennemi du bien » et il faut savoir arrêter le travail de perfection au « bon » moment, surtout lorsque la notion de budget intervient.   

D'où vient ce nom d’Anœdipal ? Est-ce un concept-album ?

« Anœdipal » signifie « anti-œdipien », un concept développé par les philosophes Gilles Deleuze et Felix Guattari, dans « L’Anti-Œdipe » justement, premier volet de leur oeuvre « Capitalisme et Schizophrénie », que je ressens très connectée à mon expérience personnelle. On ne peut pas véritablement parler de concept album, mais le disque est à prendre dans son intégralité. Il n’y a pas d’histoire centrale, mais l’album est un enchaînement logique et autobiographique de cinq thèmes illustrant différents aspects de la soumission, avant de finir sur une sixième idée en opposition avec les précédentes. Musicalement  il a été conçu dès le départ comme un cheminement ininterrompu de morceaux.

Peux-tu nous faire le tour du propriétaire ? Que trouve-t-on dans chacune des pistes – notamment textuellement parlant ! Chacune des six pistes a un premier nom puis une autre : par exemple, « Hans & Horses / To unbind father and son », peux-tu nous éclairer là-dessus ?

<p>Bienvenue en Enfer P</p>

Lire les textes du livret serait la meilleure façon de comprendre le sujet … Les titres principaux pouvaient sembler incompréhensibles, alors je les ai sous-titrés. Sans rentrer dans les détails : « Unzen » traite de la soumission au corps social et politique, « Hans & Horses » du poids du modèle familial et des relations parents/enfant, « Post Theophanies » du poids des religions organisées. Ces différentes forces seront à l’origine d’une sexualité dite déviante, passant par un contrat moral de soumission (« Destrud Mortid ») puis par la soumission physique (« Algo Lagnia »). La naissance d’un nouveau moi, individuel et conquérant, est évoquée dans le titre final « Elitotems ». Tout ça peut paraître énigmatique, et on va me reprocher d’intellectualiser ma musique, mais c’est de cette façon que je ressens l’écriture pour P.H.O.B.O.S. Parler de monstres, de misère urbaine ou de forêts, avec une baleine ou une tête de cerf pour pochette, certains y arrivent mieux que moi…


 Comment s'est déroulée l'écriture d'Anœdipal ? Combien de temps cela t'a-t-il pris ? Dans quelles conditions matérielles et dans quel état d'esprit composes-tu ? As-tu besoin de modifier ta conscience pour cela ? Quels sont les moments propices à la composition ?

Les conditions matérielles dans mon studio sont assez « old school ». Pas de download de samples ou de boucles déjà tout prêts, je préfère développer mes propres sons sur des samplers/expandeurs à partir de programmes d’usine et de diverses ondes. Tout cela prend un temps énorme, mais cette appropriation à la source-même des machines est gratifiante. De plus je joue entièrement mes riffs et les basses. L’ordi n’est utilisé que pour figer mes brouillons. Le reste se déroule au Red Studio pour bénéficier de plus de matériel pro et de l’expérience d’Olivier Anicaux, l’ingé-son. Et pour te répondre quant aux conditions mentales, ma conscience a souvent été modifiée par le passé, ça m’a été parfois utile, mais maintenant je n’ai plus besoin de « prendre des trucs » pour maintenir une vision au cours de mon travail.

Et l'enregistrement ? C'est du fait maison ? Du studio ? Combien de temps cela a-t-il duré ? As-tu connu des incidents particuliers ? Qu'as-tu retiré de cette expérience ?

Le débroussaillage (riffs, rythmiques) a pris sporadiquement un peu plus d’un an dans mon studio, avant de m’y enfermer trois mois non-stop, pour me concentrer sur la structuration des morceaux, sur les finitions de samples et sur l’écriture des textes. Ensuite j’ai passé deux semaines au Red Studio, où j’avais déjà mes marques avec l’album précédent, pour enregistrer et mixer. La post-prod et le mastering se sont aussi déroulés là-bas, mais quelques semaines plus tard pour me laisser du recul. La conclusion que j’en tire c’est que me concentrer sur ma musique en ne faisant rien d’autre m’a permis d’aller au fond de mes idées et de gagner en cohésion artistique, ce qui était encore balbutiant lors de l’élaboration de « Tectonics ».

Ta voix me fait un peu penser à celle de Tom G. Warrior dans le dernier CELTIC FROST (R.I.P.) ! Mais j'ai le sentiment que tu ne travailles pas beaucoup ta voix, que tu ne la pousses pas dans ses retranchements, que tu ne la sollicites pas plus que ça et qu'en somme, elle est utile mais presque accessoire. Que penses-tu de cela ? Est-ce un instrument à part entière pour toi ? Pourquoi ne pas faire appel à un hurleur de talent (Hum... Jo de FUNERALIUM ?)

La voix est un instrument supplémentaire, qui doit se fondre, avec ou sans effets, avec le reste de la musique. Les prouesses vocales n’ont pas leur place dans P.H.O.B.O.S., et seule l’atmosphère globale compte, renforcée par la pertinence des mots. Ceux-ci ont toute leur importance, et sont trop personnels pour être ressortis par un autre interprète.

Le dessin au centre de l'artwork (que l'on retrouve sur le site de P.H.O.B.O.S., http://www.phobosdrone.org/) représente un groin ou je me trompe ? Que représente-t-il vraiment ? Pourquoi ce choix ? Qui se cache derrière le travail graphique d'Anœdipal ?

Ni groin, ni trompe … Je laisse l’observateur se faire sa propre idée de ce qu’il voit. Toutes les illustrations de la couverture et du livret intérieur sont des assemblages d’éléments anatomiques plutôt explicites, avec des matières et des couleurs un peu plus abstraites. Malgré leur complexité première, elles prennent tout leur sens en lisant les textes. Ce travail délicat est l’œuvre de Stéfan Thanneur, un ami proche, avec qui je partage beaucoup de références concernant les arts. Connaissant ses travaux de graphiste professionnel dans la musique et la BD, je lui ai fais confiance pour la définition du format de l’objet et pour les visuels. Stéfan a très bien saisi en images les visions psychotiques que j’avais en tête. Il prépare actuellement « Musica Satanae », un roman graphique en trois volets ayant pour fond le black metal, gardez-le à l’oeil …

Dis-nous en plus s’il te plaît sur ce label, Megaton Mass Products, et le deal conclu... Tu as également vu ton premier LP produit par Candlelight Records ! Vous-vous êtes fâchés ?

Après avoir perdu du temps pour trouver des musiciens à l’époque de « Tectonics », voilà que c’était les labels qui s’y mettaient pour « Anœdipal ». Ce deuxième album était bouclé depuis un moment. J’ai été en contact avec des petits et gros noms établis (que je tairai…), pas mal de beaux parleurs et de gens « hyper intéressés » pour sortir l’album à l’écoute de la pré-prod. Mais quand on commençait à discuter détails de packaging, de promo, et surtout d’argent, il n’y avait plus personne … La majorité des labels, crise du disque oblige, veulent un investissement minimal voire nul. Ils se foutent de savoir combien tu as donné de ta poche, mais par contre se permettent de t’imposer leurs exigences (pressage basique, promo quasi inexistante), sans tenir compte des tiennes, pour se faire leur marge sur ta création pendant une période réduite. Il était hors de question, expérience Candlelight à l’appui, que je signe à l’aveuglette, comme un débutant voulant sortir à tout prix son premier CD. Le deal avec Megaton Mass Products a été très simple : c’est mon propre label. Il existait déjà officieusement depuis le mCD ‘Proto’ en 2001, mais j’ai légalisé ses statuts en 2005, et plus sérieusement cette année avec un budget, une compta, etc. Bref, fatigué de traiter avec des requins ou des guignols, j’ai temporisé la sortie de l’album, pour réunir les fonds nécessaires et le presser dans un format spécifique. J’ai maintenant une visibilité totale, du pressage aux moyens de promo, et surtout sur les ventes, ce qui n’était pas le cas avec Candlelight, avec qui la communication était proche de zéro. Sans oublier leur mépris des artistes Appease Me qu’ils n’ont pas su promouvoir, en préférant se concentrer sur leur business de supermarché du métal grand public. Ce qui reste positif c’est que cette signature, rendue possible grâce à Vindsval de BLUT AUS NORD, a permis de lancer le nom P.H.O.B.O.S. à relativement grande échelle dans les médias, et que l’album a été disponible facilement sur le marché U.S.

Tu situes P.H.O.B.O.S. à la jonction du doom, de la musique industrielle et du black metal ... Peux-tu nous décrire autrement qu'avec ces étiquettes ton ressenti par rapport à ta musique ? Comment la perçois-tu ?

Il est gênant de décrire en détails ses sentiments face à ses propres disques, donc je dois me réfugier derrière certaines catégorisations qui parleraient aux gens, bien que restrictives. Je dirais simplement que à chaque écoute, je me trouve face à quelque chose d’assez effrayant et tordu. Et plus je m’éloigne de la période de leur création, plus c’est flippant de sentir que c’est un autre moi dans ce son, un moi pas très net et pourtant bien présent. Très schizophrénique comme sensation.

Y'a-t-il un fondement littéraire ou spirituel à P.H.O.B.O.S ? Autrement dit, quels sont les ouvrages que tu considères primordiaux et que tu recommandes, et estimes-tu que le metal extrême soit inséparable d'une quelconque spiritualité ou croyance ?

 

Mon cursus et certains événements personnels sont liés à des idées-forces d’ouvrages philosophiques, psychanalytiques, sociologiques, ou religieux, qui m’ont marqué. Plus précisément Artaud (« Le théâtre et son double »), Deleuze/Guattari (« L’anti-Œdipe » et « Mille plateaux »), Sacher-Masoch (« La Venus à la fourrure »), et plein d’autres œuvres de Nietzsche, Freud, Sade, Jung, etc. des auteurs dont je continue à creuser les ouvrages et la biographie. Pour en revenir à l’importance des croyances dans le métal extrême, je ne vais pas donner de leçons en disant qu’il faut penser comme-ci ou parler de ça. Pour moi, seule la pertinence et l’originalité du son et des compositions, en regard de mes acquis culturels, me permettent de ressentir s’il y a subversion et esprit, quelque soit la musique. Et malheureusement ce que j’observe souvent c’est une spiritualité de pacotille, à base de satanisme ou de paganisme maladroits, qui ne s’expriment que dans l’apparence et les codes ridicules, la musique étant secondaire et déjà entendue. Il y a souvent bien plus de spiritualité et de profondeur, positive ou négative, dans les musiques traditionnelles du monde ou dans les chants religieux.

Je trouve pas mal d'atomes crochus entre P.H.O.B.O.S. et BLUT AUS NORD – que penses-tu de ce parallèle ? Apprécies-tu ce groupe ? Que penses-tu de sa discographie et de sa place dans le paysage du black metal français ?

On peut sûrement trouver des points communs entre nos deux projets, mais je ne saurais les préciser. Ce qui est certain, c’est que je pense partager avec eux une vision identique de la musique extrême, et qu’on fait partie des musiciens qui veulent utiliser un genre aussi codifié que le ‘métal’ tout en le désintégrant. On n’est pas là pour faire plaisir à la masse, mais pour pousser l’expérimentation du son malsain dans ses retranchements. Depuis « Mystical beast of rebellion », BLUT AUS NORD reste pour moi une des meilleures choses qui soient arrivées à la musique sombre, dans la composition et dans les ambiances. Ensuite qu’ils soient français ou affiliés au Black, je m’en tape, leur style va au-delà de ces considérations. Quant au BM hexagonal, je pense que c’est avec la musique électronique un de nos seuls créneaux crédibles internationalement. Au départ dans l’ombre des Scandinaves, la France réussit maintenant à transcender le genre avec DEATHSPELL OMEGA, OBSCURUS ADVOCAM, REVERENCE, entre autres. Même des formations prometteuses comme ALCEST/AMESOEURS ou CELESTE démontrent que les textes en Français ne sont plus un handicap, quand la musique, aux racines très BM, reste de qualité.

Que penses-tu du doom français ? Quelles formations soutiens-tu ?

La « scène » française de tout ce qui est lourd et lent (sous les diverses appellations de Doom, Sludge, post machin, etc.) est plutôt fournie. Par contre pour ce qui est de l’originalité, ça reste quand même fortement inspiré de ce qui s’est déjà fait ailleurs, à part peut-être MONARCH ou DIRGE que je trouve intéressants.

 

Ton métier a-t-il un rapport quelconque avec ta musique (l'industrie surtout) ?

On peut dire ça, l’électronique, le traitement du signal ou les automatismes faisant partie de mes compétences extra-musicales, ça aide un peu lorsqu’on se lance dans le son.

Et aujourd'hui, après toutes ces années, quel regard portes-tu sur ton travail musical ?

Sans tomber dans l’autosatisfaction, j’en suis plutôt étonné, étant donné que j’ai débuté sérieusement la musique sur le tard, en autodidacte total, aussi bien dans la pratique d’instruments assez différents que dans l’apprentissage des techniques de home studio et d’enregistrement. Ce qui en découle, et ce que je déplore, c’est le temps pour concrétiser chacun de mes albums. J’ai toutefois l’excuse d’être la seule personne derrière P.H.O.B.O.S., de la première idée sonore jusqu’au pressage en usine. Sans parler de mon perfectionnisme pas toujours à propos qui n’arrange pas les choses. Donc avec l’incompressibilité du paramètre temporel, beaucoup de frustration de ne pas être plus prolifique. Mais au final, mes deux albums correspondent exactement aux sentiments que j’ai voulu exprimer au moment de leur conception, avec les moyens dont je disposais, c’est le principal, il n’y a rien à regretter.

Quels sont les trois adjectifs qui définissent le mieux selon toi, la personnalité de P.H.O.B.O.S. ?

Hypnotique, sournois, macabre.

Comment se procure-t-on la galette ? Comment te contacte-t-on ? Je rêve ou tu n'as pas de Myspace ahahah !?

L’achat des disques, toutes les infos et contacts se font uniquement par l’intermédiaire de mon site www.phobosdrone.org/. Le reste n’est que de la pollution digitale… Il se peut que « Anœdipal » soit disponible sous peu chez quelques disquaires et distros U.S.

 

P.H.O.B.O.S. n'a fait qu'un seul concert à ce que je sache, à Tilburg. Est-ce le premier d'une série, ou le dernier, l'unique ? Le doom industriel de P.H.O.B.O.S. est-il en fin de compte uniquement destiné à l'écoute intime, chez soi, le casque aux oreilles ?

Exactement. C’est une musique vicieuse qui ne fait appel qu’au seul sens nécessaire au voyage par le son : l’ouïe. La force de l’impact dépendra de la capacité d’ouverture spirituelle de l’auditeur et de sa culture artistique et littéraire. Je ne trouve aucun intérêt supplémentaire à solliciter le regard d’une assemblée pour que ma musique atteigne son objectif, comme poser en live, en photo ou en vidéo. Je laisse ça à d’autres en manque de reconnaissance visuelle et de testostérone.

Quels disques t'ont pris aux tripes en 2008 ? As-tu des attentes pour 2009 – des formations que tu attends au tournant ?

Ce que j’écoute n’est pas lié à une date de sortie commerciale, avant de passer à autre chose comme beaucoup de consommateurs. Il m’arrive de ne rien acheter pendant des mois, puis d’écouter frénétiquement de la musique sur une période courte. Pour quand même te répondre, les «nouveautés» qui ont tourné le plus sont les derniers NORTT, ESOTERIC, MESHUGGAH, ALCEST, OGHR, BLUT AUS NORD, TERMINAL SOUND SYSTEM, LEVIATHAN, ASVA, MÖTLEY CRÜE, PAN SONIC, VNV NATION, et j’en oublie sûrement.

Es-tu impliqué autrement dans le monde de la musique ? Organises-tu des concerts, as-tu une distro, un zine – ou simplement, participes-tu à d'autres projets musicaux ?

Il m’est arrivé dans le passé d’écrire des chroniques d’albums et de concerts pour des webzines, mais entre analyser la musique et essayer de la faire avancer, j’ai choisi mon camp. Dans le cadre des premières activités de Megaton Mass Products, j’avais aussi essayé d’organiser un concert de HALO sur Paris, mais ça ne s’est pas concrétisé. Non, à part parfois quelques jams avec d’autres formations, l’essentiel de mes activités musicales demeure P.H.O.B.O.S. et le label.

Que penses-tu du téléchargement ?

En temps que moyen de découverte, c’est une grande avancée, et je suis un adepte assidu des blogs de download, avant de faire mes choix d’achat. Par contre le téléchargement illégal en temps que finalité pour stocker de la « musique » est déplorable à plusieurs niveaux : d’abord c’est le financement futur des artistes confidentiels et des petites structures qui en souffre. Ensuite affirmer qu’on apprécie de la musique alors qu’on l’écoute en MP3 me fait doucement sourire. Ce format compressé, quasiment le seul à être proposé en téléchargement, est la transformation d’un son riche et nuancé au départ en un son merdique, peut-être potable au-delà de 320 kbps, et encore… Et l’industrie musicale a réussi à faire croire aux gens que ce standard était le meilleur, car nouveau, et tout le monde est tombé dans le panneau, comme pour le CD il y a vingt ans, c’est assez hallucinant. Il faut dire que, comme c’est arrangeant pour le porte-monnaie, les gens se persuadent qu’ils écoutent de la qualité (parce que la pub nous l’a suffisamment matraqué…), et ils dépensent ailleurs. En attendant, se permettre de juger la musique, ou pire, sa production, à partir d’un MP3 téléchargé, c’est comme jouer au gastronome alors qu’on bouffe tous les jours au fast food. C’est peut-être vieux jeu comme avis, mais je continue à faire confiance à mes oreilles …         

A l'heure où la technologie est omniprésente et omnipotente, te sens-tu encore vivre dans une  démocratie ?

C’est nous qui nous laissons enfermer par la technologie, en nous retranchant derrière un clavier. Si on se bougeait PHYSIQUEMENT pour exister, les choses prendraient certainement une autre tournure. J’estime que oui, dans notre beau monde occidental, on vit encore démocratiquement, malgré les fissures du système qui apparaissent. Comparé à ailleurs sur la planète, nous avons encore la chance de dire protester, mais nous sommes restés des enfants gâtés qui ne vont pas tarder à payer cher notre endormissement devant nos écrans.

Et à cette heure où la Grande Dépression suite au Krach de 1929 semble être un vulgaire pet de lapin et qu'on nous promet l'apocalypse – qui adviendra déjà dans l'environnement – quelle opinion as-tu de notre Humanité, de notre civilisation ? Comment conçois-tu l'avenir – surtout dans Paris !?

Vaste question. J’ai un avis assez personnel sur le sujet, mais je me garderai de le divulguer, trop long à développer et trop polémique. Ou alors j’en ai déjà exprimé une partie dans les textes de « Tectonics ». Disons pour résumer que je suis un pessimiste convaincu. Ma connaissance de l’Histoire et mon observation de l’actualité ne m’incitent pas à penser que je me trompe sur ce qui nous attend …

Je trouve Anœdipal vraiment intéressant ! Je te laisse repartir après t'avoir assommé de mes questions et je te souhaite bonne route ! Les derniers mots sont pour P.H.O.B.O.S. !

Merci, rien à rajouter.