03 juillet 2009
Bon quelques mails alarmistes me forcent à sortir de mon silence pour éclaircir quelques points :
- actuellement, j'ai trop de travail et trop peu de temps pour m'occuper du site.
- actuellement, je ne suis plus motivé. Tout simplement, le Net n'a plus d'intérêt pour moi désormais, je désire grandement me consacrer à mes projets perso, qui consistent en l'écriture et la peinture.
- actuellement, je dois surmonter également des soucis personnels conséquents qui me forcent à prendre du recul sur le reste de ma vie
- actuellement, j'en ai marre de n'écouter que des promos qui me bouffent le reste de mon temps libre... Enfin, disons plutôt que je me sens n'avoir peu de marge de manoeuvre en ce sens et que cela m'étrangle... Et j'aime trop mes libertés eheh.
La Voix des Ombres végête donc, et je vais essayer de tout boucler - c'est à dire, m'y remettre niveau interviews et chroniques - après le 14, pour, peut-être, terminer cette aventure en septembre.
Défoncez-vous la gueule à la bonne bière, et passez vous un vieux Darkthrone.
Laissez votre haine et vos ténèbres vous submerger...
Voilà.
21 juin 2009
Avenir de La Voix des Ombres
Hailz.
La Voix des Ombres touche à sa fin. une page de mon existence se tourne.
Le Black Metal et l'extrême sont passionnants, mais j'en ai trop souper des auditeurs de Black qui ne vivent que via internet. La musique me ressemblent, mais ils ne me ressemblent pas. J'ai d'autres projets. Je travaille actuellement à l'écriture d'un gros pavé de Dark Fantasy et mes peintures m'appellent. Et Internet me dégoute.
Je vais donc m'atteler à traiter, au plus vite, les promos que j'ai encore. Ne m'en envoyez plus !
Une fois le stock épuisé, je poursuivrais tout de même, au compte-goutte, et je serais bien moins productif mais plus sélectif.
Par ailleurs, d'autres vont me suivre, donc La Voix des Ombres ne cessera pas.
Et la version papier sera menée, même si ce sera surement la première et la dernière.
14 juin 2009
STÖRTREGN - Devoured by Oblivion
J'ai été déçu de voir comme STORTREGN ne s'est pas investi plus que ça dans l'interview qui accompagne cette chronique, d'autant plus quand elle se dit être une formation ambitieuse et qu'elle ne se remet même pas en question... Peut-être sont-ils déjà trop avancés pour faire demi-tour ? Car voilà les faits comme ils sont : STORTREGN est certes Suisse, mais il est un produit directement importé de l'école Black/Death mélodique style DISSECTION. Allez me chercher une originalité, une personnalité là-dedans, je leur ai déjà dis : je n'en vois pas. C'est pas pour autant que leur E.P. soit mauvais ou mal fichu, non. Seulement, Devoured by Oblivion sonne beaucoup trop DISSECTION, sauf (peut-être) pour la voix (et encore) et la section rythmique.
Bon évidemment, STORTREGN n'est pas un plagiat complet des Suédois, mais plus j'écoute Devoured by Oblivion, plus je me dis que le leader de DISSECTION a du se barrer en Suisse plutôt que de nous faire croire à son suicide. Bon je déconne, mais c'est vrai. Les gars jouent bien et la prod assure, bref, ces Suisses-là sont des techniciens et connaissent la musique – ils ont une attitude « pro » conforme à leurs ambitions, c'est déjà ça. Mais faudrait qu'il se retirent le persil des oreilles, prennent le temps d'écouter ce qu'ils font pour comprendre qu'avec Devoured by Oblivion, car il est temps de changer au moins d'attitude, sinon de musique.
Alors, comme STORTREGN a voulu faire court comme je le disais au début, je vais rendre la pareil et terminer là-dessus : STORTREGN est un groupe de Black/Death mélodique à la suédoise style DISSECTION. Rien de neuf sous le soleil, STORTREGN se fait plaisir. Guère besoin de vous en dire plus...
STÖRTREGN - Unité, originalité, sincérité
STORTREGN n'est pas Suédois comme son nom l'indique, mais Suisse,- mais c'est tout comme. Voici une formation suisse qui en a sous le capot apparemment et qui a pour DISSECTION une passion indéfectible... Le Black/Death mélodique est leur rayon. Romain répond à mes questions (juin 2009).
Bienvenue chez La Voix des Ombres, STORTREGN ! Vous avez sortis il y a quelques mois un E.P., Devoured by Oblivion : quel est l'avis général à son sujet ? Quel(s) effet(s) donne STORTREGN aux gens qui vous découvre ?
Salut ! Et bien Globalement ce premier E.P. a été bien accueilli, nous n'avons reçu que de bon retours de la part du public et des critiques.
Etes-vous à la recherche d'un label ? Si oui, de quel type et qu'attendez-vous de celui-ci ?
Effectivement nous sommes à la recherche d'un label, pour travailler par la suite sur un premier album, promouvoir notre musique, et aller jouer en dehors des frontières Suisses et Françaises. Pourquoi pas organiser une tournée ! Nous ne cherchons pas forcement le gros label, mais le simple fait de pouvoir être un minimum « encadré » nous permettrais de nous développer plus facilement...
Quelles sont les différences notables entre votre première démo (que je n'ai pas écouté) et Devoured by Oblivion ? Etes-vous satisfaits de cet E.P ou vous y changeriez bien quelque chose ?
Notre première démo était une autoprod vraiment rudimentaire et trop true black avec un batterie programmée. Ce n'était pas le son qui nous convenait, c'est donc pour cela qu'avec « Devoured by Oblivion » nous avons voulu bien faire les choses bien afin d'avoir notre propre son et de pouvoir avoir un réel objet qui pouvait répondre au attentes du public.
Nous en sommes très satisfait !
STORTREGN sonne franchement « à la nordique », d'ailleurs plus à la suédoise qu'à la norvégienne, même si ça se dispute. Quels sont les groupes qui ont aidé STORTREGN à définir son style et son « son » ?
Nos influences ont toujours été portés principalement par des groupes nordiques en effet.
Pour citer quelques noms on pourrait parler de Dissection, Naglfar, Watain, Moonsorow, Behemoth, Emperor, Keep of kalessin, Lord Belial et bien d'autres, mais la liste serait longue...
STORTREGN justement, est un nom qui sonne bien suédois huhu ! Quelle est sa signification et son line-up ? Quand et où s'est formé le groupe ? Pour quelles raisons ? Quels sont vos objectifs avec STORTREGN ?
Effectivement c'est mot un suédois, STÖRTREGN signifie la pluie torrentielle, le déluge.
Le line-up de STORTREGN est actuellement formé de Johan à la guitare lead et acoustique, de Tristan à la basse, de Gary à la batterie et de moi-même au chant et à la guitare rythmique.
Le groupe s'est formé en novembre 2005 à Genève (Suisse) alors que nous étions quatre étudiants aux arts décos. On a monté ce projet car on partage la même passion pour le monde du metal et on voulait ajouter notre pierre à l'édifice.
Nos objectifs sont simples : partager notre musique avec le maximum de gens et aller toujours plus loin afin de pouvoir vivre de belles expériences dans le Black Metal...
Vous n'avez pas peurs d'être immédiatement classifiés, et de plus, comme un peu trop collants aux grandes figures mélodiques du Death/Black suédois (suivez mon regard)... ? Qu'avez-vous pensé de la résurrection et de la fin de DISSECTION ? Vous avez écouté vos compatriotes bien tarés de MALVOISIE, ou les délirants et excellents HELSLAKT ?
En ce qui concerne cette « classification » je dirais que nous n'avons pas peur de cet aspect car STORTREGN a pour moi assez de personnalité et d'originalité pour arriver à se décoller du style originel, et on essaie d'apporter justement notre touche en plus afin de nous démarquer.
Pour Dissection cette réapparition nous a laissé fébrile au début puis par la suite ce « Reinkaos » nous à convaincu dans le sens où avec du recul on s'est aperçu qu'il fallait le prendre comme un nouveau Dissection et ne pas le comparer à un « Storm of the Light's Bane » qui fut une toute autre époque.
La fin de Dissection n'a pu que nous attrister car Jon Nödtveidt a été un précurseur, c'était un personnage emblématique, mais s'il mit fin à tout c'est que l'histoire devait s'arrêter là...
Pour ce qui est de nos compatriotes Suisses Malvoisie et Helstakt il faut avouer que nous ne les connaissons très peu, Malvoisie est un projet très spécial qui n'a pas réellement de lien avec notre travail, et pour dire la vérité je n'avais jamais entendu parler d'Helstakt, j'ai pu voir qu'il produisait un black assez expérimental, peut-être que nous les croiserons un jour...
Comment s'est passée l'écriture de Devoured by Oblivion ? Qui apporte quoi ? Comment finalisez-vous un titre ? Quand cela vous plait-il et quand jetez-vous ? Qu'est-ce qui fait la différence entre un bon et un mauvais titre ?
Dans STORREGN c'est Johan qui apporte une base lead, ensuite on étoffe les compos ensemble et chacun apporte sa touche personnelle. On recherche avant tout un dynamisme, et quand la « touch » est là et que ça groove c'est que la compo est bonne !
De quoi parlent les textes ?
Les textes abordent de multiples thématiques comme la haine, la traitrise, la violences, la drogue, la religion, l'histoire...
Devoured by Oblivion possède un son massif, puissant... professionnel ! Est-ce du fait-maison, ou du studio pro ? Dans ce cas, chez qui avez-vous enregistré et qu'avez-vous retiré de cette expérience ? Combien de temps cela a-t-il pris ?
C'est une auto-production, on a monté un studio dans le sous-sol de l'ancien batteur, et on a tout fait là-bas. Tout cela nous a pris plusieurs semaines, on pourrait presque compter ça en mois. On a mit du temps car nous ne sommes pas professionnels et donc on a du apprendre à travailler comme dans un vrai studio et faire avec notre emploi du temps, et c'est sur que ce travail nous a beaucoup apporté en expérience ! Pour finaliser tout ça on a fait un mixage et un mastering au studio Taurus à Genève, un studio qui a travaillé notamment avec Sybreed.
Qui s'est chargé de l'artwork ?
Les dessins que vous pouvez trouver dans l'univers de STORTREGN sont un travail de Johan.
Le fait que Johan, Tristan et Moi soyons aux Arts Décos est un bon point pour bosser sur nos visuels...
Comment se procure-t-on Devoured by Oblivion ?
Tout simplement sur www.metal-command.net, et en vente à « La Citadelle » à Genève, et bien sûr lors
de nos concerts !!
STORTREGN est-il rattaché à une spiritualité ou à des croyances pas très catholiques ? Egalement, y'a-t-il des écrivains ou courants de pensée qui vous traversent, vous inspirent ?
Non pas spécialement, nous sommes athées, ce qui nous rapprocherait plus d'une idéologie anti-chrétienne mais jamais dans l'extrême...
Je vois également que vous faites le plus possible de concerts, c'est important pour STORTREGN de passer sur scène ? C'est plus pour partager votre musique, ou bien pour vous faire plaisir ?
Oui c'est très important pour nous, on aime le contact et je crois que l'un ne va pas sans l'autre ! On joue pour nous et pour le public, c'est un échange, c'est notre vision de la musique...
Quelles sont les formations suisses que STORTREGN soutient ?
Et bien nous avons notre petit cercle d'amis, avec qui on partage des dates avec toujours autant de plaisir, on peut citer Burning Flesh, un très bon groupe de Death qui penche vers le Black, L'Ecorcheur (dans lequel Johan est guitariste session) qui produit un bon Black épique et pagan, et on a aussi Deadly Sin Orgy qui a un gros potentiel, et qui tourne autour du brutal Death technique teinté de Black.
J'imagine que vous bossez sur un album... Où en êtes-vous dans sa progression ? Quelle est votre ambition avec celui-ci ?
Effectivement on construit gentillement un album, nous avons déjà 4 à 5 titres. Concernant le contenu,
ce sera beaucoup plus “rentre dedans”, et plus mature. Notre but est de miser sur la qualité du contenu et non pas sur la quantité, on va vraiment travailler la dessus pour éviter que l'une ressemble a l'autre.
Que doit-on retenir de STORTREGN ?
Que c'est un groupe qui va de l'avant, avec beaucoup d'ambition, et l'histoire est loin d'être finie...
Qu'est-ce que ne fera jamais STORTREGN ?
Passer à la Star Academy ! Sérieusement nos ambitions sont grandes, mais nous souhaitons rester fidèle à cette scène Black qui se veut discrète, mais avec un public toujours au rendez-vous, et c'est ça qui en fait sa richesse !
Enfin, question rituelle : en trois adjectifs, comment pourriez-vous cerner la personnalité de STORTREGN ? Quels sont les trois premiers mots qui vous viennent à l'esprit en pensant au groupe ?
Unité
Originalité
Sincérité
Bon, Devoured by Oblivion est très pro : excellent son, compositions travaillées, mélodies et harmonies. Tout ce que l'on peut attendre d'un groupe jouant dans cette catégorie eheh. Mais ça manque de personnalité selon moi... Néanmoins, je suis sûr que STORTREGN a/aura son public ! Je vous souhaite donc bon vent en Enfer, et je laisse à STORTREGN les derniers mots !
Merci pour ton intérêt, J'invite tout le monde à découvrir le groupe sur scène, et que le Black vive encore longtemps ! Black Metal Ist Krieg !!!!
08 juin 2009
MONARQUE - Ad Nauseam
Ad Nauseam... du Black Metal jusqu'à la nausée. A son écoute, mon esprit chemine et vole dans des contrées noires, glaciales, anciennes, loin de toute humanité... Les sentiments, propulsés par les tripes du Monarque directement dans mon esprit, façonnent en celui-ci un univers que bien trop de musiciens de Black Metal oublient trop souvent de nos jours – MONARQUE est donc un suiveur de tradition, et c'est loin d'être un mal. Je me fais peut-être trop vieux – certainement à vrai dire – mais le Black Metal, s'il a aujourd'hui acquis de nouveaux visages, perd l'essentiel, le premier, à vitesse grand V. Aussi il faut soutenir des groupes comme MONARQUE, qui n'ont pas peurs de passer pour des passéistes.
Et quand c'est bon ou quand c'est mauvais, il faut le dire. C'est un de mes principes. Aussi je n'irais pas par quatre chemins : Ad Nauseam est un album de Black Metal vraiment terrible. Puissant, très charpenté, avec des ambiances ténébreuses et de temps à autre glaciales, MONARQUE tape à mon avis plus fort encore avec cette démo remise en valeur et cuisinée autrement qu'avec Fier Hérétique, le mini-CD produit précédemment. Destructeur sans être brutal, violent comme il le faut, aidé par une production assez monstrueuse – épaisse et ample – Ad Nauseam massacre tout sur son passage sans demander son reste. Je dois rajouter que l'apport d'un véritable batteur change complètement la donne et offre une toute autre dimension à MONARQUE : il renforce l'aspect compact d'Ad Nauseam, sa force de tir et une chair que la formation n'avait pas auparavant.
Comme son géniteur le dit dans l'interview qui accompagne cette chronique (« Comme j'ai dis plus haut, je ne réinvente pas la roue, mais vise l'efficacité. J'y crois. ») MONARQUE ne réinvente nullement le Black Metal. Oh non ! On retrouvera dans Ad Nauseam pas mal d'influences scandinaves, et même une larme de MÜTIILATION je trouve – mais MONARQUE se l'approprie avec talent, distillant des atmosphères personnelles vraiment savoureuses, posant des ambiances charbonneuses avec une efficacité peu commune – une caractéristique sacrément appréciable de nos jours. MONARQUE sait composer, et il le fait bien. Il en fait toute sa démonstration dans Ad Nauseam et je me demande vraiment à quoi va ressembler la suite. Ainsi, je n'en dirais guère plus : voici un très bon album de Black Metal venu du Québec ! L'achat s'avère indispensable. Gloire et longue vie au MONARQUE !
MONARQUE - Atmosphérique, Haineuse & Froide
MONARQUE venu du nord – MONARQUE venu du Québec... Voici l'une des formations les plus en vue en matière de Black Metal dans ce pays d'Amérique du Nord que j'ai le privilège de questionner quelque peu, depuis la sortie récente d'Ad Nauseam chez son compatriote Sepulchral Productions... Le sieur, dopé par sa passion pour la musique, passe donc en coup de vent (juin 2009).
Bienvenue en Enfer à notre MONARQUE eheh, et merci d'être présent dans les pages de La Voix des Ombres ! Ad Nauseam est sorti chez Sepulchral Productions – un québécois, comme toi. Il est sorti en mars, peux-tu donc nous dire ce que les metalheads en pensent, globalement ?
J'ai recu des commentaires positifs de mon entourage direct, mais je n'ai pas vraiment été à l'affut de l'avis d'autrui jusqu'à maintenant. La tournée « Blasphèmes et Sacrifices » ainsi que mes multiples projets ont pris beaucoup de temps dernièrement.
C'était important de signer sur un label du Québec ? Es-tu satisfait du travail accompli jusqu'ici par Sepulchral Prods ?
Tout à fait. Sepulchral a jusqu'à maintenant produit des albums de qualité, et le fait d'être du Québec facilite aussi la communication entre nous. Il supporte bien ses groupes et a fait du très bon travail jusqu'à maintenant.
J'avais pas mal apprécié Fier Hérétique et Ad Nauseam se révèle tout aussi bon, voire meilleur. Quelles différences notes-tu entre Fier Hérétique et ad Nauseam ?
Ad Nauseam mélange de l'ancien, ainsi qu'une parcelle de nouveau matériel. Il donne un second souffle à mes premiers essais, et laisse une ouverture pour ce qui est à paraître. J'ai eu l'appui du Mort à la guitare pour cet enregistrement, tandis que pour Fier Hérétique, j'avais tout fait moi-même. La batterie a à nouveau été prise en charge par Auster, qui s'est aussi occupé du mixage de l'album une fois de plus. On peut dire que les deux albums se distinguent, puisqu'ils ont été composés dans des moments différents, mais je trouve aussi qu'ils peuvent très bien faire partie d'un tout, c'est à dire de mes créations.
Pourquoi Ad Nauseam reprend-il en partie la première démo de MONARQUE et ne présente pas neuf pistes entièrement inédites ? C'est une volonté de ta part, ou un réel désir des fans de MONARQUE eheh ?
Un peu des deux. Les pièces originales parurent sur une version CD-R que j'avais fait moi-même en seulement 100 exemplaires, en 2005. Ils furent écoulés beaucoup plus vite que je ne l'aurais imaginé. Certaines personnes de mon entourage m'avait également mentionné leur désir d'en posséder un exemplaire, mais le dit demo était déja écoulé. Je n'aime pas faire exactement la même chose deux fois, j'ai donc réenregistré le demo en entier, afin de donner un second souffle aux pièces, mais en leur apportant aussi une nouvelle dimension.
Comment s'est passé le réengistrement de la démo ? Qu'as-tu développé, intensifié, adouci ? Combien de temps cela t'a-t-il pris ?
J'ai tendance à m'acharner sur un « travail » lorsque je décide de vraiment y investir du temps, alors habituellement, ca va assez vite. C'est plus long pour la composition, mais une fois celle-ci terminée, l'enregistrement suit assez rapidement. Je crois avoir intensifié notamment les vocaux, en replaçant quelques parties ici et là, musicalement, quelques subtilités aux cordes, mais les pièces sont assez fidèles aux versions d'origine. L'ajout d'un véritable batteur a aussi évidemment apporté beaucoup plus d'intensité et de variété à l'ensemble de l'oeuvre.
Pourquoi le nom présomptueux, orgueilleux de MONARQUE ? Voulais-tu t'imposer avec un tel nom ? Est-ce par envie d'une monarchie au Québec ? Comment cette forme politique est-elle d'ailleurs perçue chez toi ?
MONARQUE est un clin d'oeil au vieux EMPEROR ainsi qu'au premier album de COVENANT, une oeuvre majestueuse. Je n'avais jamais pensé un jour répondre à des séries de questions, comme je le fais en ce moment. Le MONARQUE de l'univers musical que j'ai créé ère seul à travers ses tourments dans son royaume gelé. J'ai certaines idées, images et concepts en tête de ce qu'est et représente « Monarque » pour moi, trop personnels pour que je les exprime en ces lignes...
Es-tu élitiste, ou simplement perfectionniste, exigent ?
Oui, un mélange de tout ca.
Dresse-nous rapidement s'il-te-plait l'historique de MONARQUE : quand et où la formation est-elle née ? Quels sont tes objectifs et quelle est ta motivation ? Quel est le line-up actuel – diriges-tu tout encore seul et si oui pourquoi ? Si non, le line-up existe-t-il juste pour les sessions studio et live ?
J'ai commencé à composer pour moi en 2003. J'ai réalisé la première demo d'Ad Nauseam en 2005, une auto-production, pour mon entourage proche, ainsi que quelques curieux. Constamment entouré de musiciens, c'est pour le plaisir que nous avons essayé de monter quelques-unes de mes pièces la première fois. Sans batteur. Plus tard, mi-2007, j'avais trouvé un line-up complet, et faisais ma première apparition sur scène en tête d'affiche d'un petit festival Black Metal de ma région. C'était aussi le lancement de mon premier MCD, Fier Hérétique. En 2008, je pris part à la première tournée Black Metal Québecoise, avec nos camarades d'UTLAGR. En 2009, un nouvel album, le dit « Ad Nauseam », ainsi qu'une 2eme tournée, en tête d'affiche cette fois, avec nos camarade de CSEJTHE, et au sein du groupe, un nouveau batteur.
Quant au line-up, il existe pour les sessions studio et live. Je ne veux pas me limiter à travailler avec les mêmes individus. Partager l'expérience de différentes personnes qui participent à la même scène que moi peut parfois s'avérer enrichissant, que ce soit pour des trucs d'enregistrement, ou simplement partager sur l'élaboration de différents concepts attachés au mouvement qui nous passionne et nous garde en vie... J'ai récemment eu quelques difficultés avec le line-up actuel, alors il n'en reste plus grand chose...
Mes objectifs et motivations sont de continuer à m'exprimer à travers mon art, par l'entremise de MONARQUE ou d'autres projets. C'est extrêmement enrichissant pour moi, et me permet de garder un équilibre vital.
Quelle est ta vision, ta conception du Black Metal ? Penses-tu que MONARQUE fasse du Black Metal original, novateur ou est-ce plutôt du Black Metal avant tout personnel, et qu'en fin de compte, tu te moque des critiques – Death to all fuckers !?
Je ne crois pas que MONARQUE réinvente la roue. Je fais un Black Metal classique, en y apportant mes influences diverses ici et là. Je le fais avant tout pour moi, et tant mieux si certains d'entre-vous peuvent y trouver un certain « plaisir » à l'écoute. Sinon, tant pis.
Revenons à Ad Nauseam : les titres sont anciens certes, mais dans quel état d'esprit ont-ils été composés ? De quelle manière t'y prends-tu pour écrire un titre ? Quand es-tu satisfait ?
Je commence généralement la composition en élaborant des idées de « mélodies » et d'enchaînements dans ma tête. Ensuite, je recrée ceux-ci sur ma guitare. J'élabore ensuite les percussions, pour créer un tout qui se tient rythmiquement. Ensuite viennent basse et vocaux, sans ordre précis. Si l'atmosphère recherchée y est, je suis satisfais, sinon, je continue à travailler jusqu'à ce que le tout me plaise. Si je n'y arrive pas, je délaisse le morceaux, c'est en y revenant la tête reposée que parfois la « magie » se fait aussi...
A qui plaira à ton avis Ad Nauseam ?
Aux amateurs de Black Metal cru, à la fois violent et atmosphérique. Aux âmes les plus noires.
Ad Nauseam est-il un album concept ? Quelle est l'histoire générale – autrement dit, de quoi parles-tu dans tes textes ?
Ad Nauseam et une compilation d'écrits blasphématoires, de tourments métaphorisés, de haine et de souffrance. Je n'ai pas de méthodes ou de rites précis pour l'écriture, j'y vais de façon assez instinctive.
Quel est le titre que tu préfère dans ce disque ? Quel est celui qui t'a demandé le plus de travail ?
J'ai un faible pour « La Vallée des Larmes », qui est le premier morceau que j'ai composé, dans une période très creuse de ma vie. Sinon, « L'Abysse aux Charognes » est sans doute le morceau qui m'a demandé le plus de travail, même si jamais vraiment « technique », c'est sans doute la pièce la plus variée que j'ai fait, une mixture de plusieurs types de metal, enrobée d'une haine pure et de noirceur.
Qui s'est chargé de l'artwork, du livret...? Quelle est sa signification ?
C'est moi qui ait tout pris en charge. La couverture est un clin d'oeil au démo d'origine. L'ensemble de l'oeuvre est un collage assez cliché d'éléments visuels que je considère comme étant « clés » au mouvement Black Metal. C'est à dire de l'hérésie, de la décadence, et par dessus tout, des ténèbres ! Comme j'ai dis plus haut, je ne réinvente pas la roue, mais vise l'efficacité. J'y crois.
Y'a-t-il des écrivains que tu apprécies particulièrement ?
Des poètes romantiques comme Nelligan et Baudelaire, ainsi qu'autres classiques comme Poe, Lovecraft ou encore Nietzsche...
Y'a-t-il une philosophie ou des croyances que tu suis quotidiennement ? Es-tu sataniste, ou bien crois-tu en Nietzsche eheh ??
J'aime m'approprier un peu de tout, et ainsi créer mes propres barèmes, ma philosophie personnelle. Mais pour y aller plus directement avec ta question, je suis essentiellement sataniste, même si j'emprunte quelques principes aux idées de Nietzsche.
Sur quoi travailles-tu actuellement pour MONARQUE ? Que doit-on attendre de la part de MONARQUE pour la deuxième moitié de 2009, ou bien pour 2010 ?
Du nouveau matériel, en split avec des camarades de la scène d'ici et d'ailleurs. Éventuellement un nouvel opus aussi. Mais je ne me presse pas. Le temps nous le dira...
Tu dirige ton propre organe de production et de diffusion, le label Productions Hérétiques : quels sont les enseignements que tu retire de cette activité jusqu'à aujourd'hui ? En es-tu content, ou y'a-t-il des choses qui te font chier ? Est-ce difficile ? Quels sont tes critères de sélection des disques que tu vas produire ? Enfin : quelle est l'histoire de cette structure ? Aller, vends-nous un peu tes disques huhu !!
C'est encore nouveau pour moi, je commence tranquillement, je n'ai pas eu tout le temps nécessaire pour en retirer quelques bénéfices jusqu'à maintenant, mais je ne me presse pas. J'aide des camarades de la scène avec leurs projets, en leur offrant une visibilité qu'ils n'auraient pas nécessairement autrement. J'ai les connaissances et les contacts pour pousser les projets auxquels je crois. Ce qui est chiant, c'est la compétition. C'est difficile de « survivre » avec toutes les grosses distros qu'on retrouve sur internet. Mais bon, on fait ce qu'on peut, je suis toujours passionné, alors tant que je ne perds pas trop d'argent, ca ne me dérange pas de continuer à découvrir, faire découvrir et échanger avec Les Productions Hérétiques.
Je trouve actuellement la scène Québécoise, en matière de Black Metal, très forte, imposante et soudée – comment toi la vois-tu ? Quelles formations recommanderais-tu aux lecteurs ?
Notre scène est toute récente. On peut la comparer aujourd'hui, un peu à la deuxieme vague de Black Metal en Norvège dans les années 90s. C'est-à-dire qu'il se fait en ce moment du matériel intéressant et authentique en plus grande quantité. Ce qui était quasi-inexistant il y a encore que quelques années. La scène bourgeonne et commence à se démarquer. Je crois qu'on va entendre parler de plus en plus des groupes Québecois. Surtout en Black Metal.
Je peux en nommer ici que je considère digne d'intérêt : Csejthe, Forteresse, Crépuscule, Utlagr, Pestroyer, Sui Caedere, Sombres Forets et Akitsa, pour en nommer que quelques uns.
En France, quelles formations soutiens-tu/admires-tu ? Que penses-tu du Black Metal français ?
J'aime beaucoup la scène française. Je pense notamment à Peste Noire, avec qui nous avons tourné brièvement ici lors de leur passage au Québec. Antaeus, Kristallnacht, Mutiilation, le vieux Seth, SVEST... c'est ce qui me vient en tête en ce moment.
Récemment MONARQUE a fait le tour du Québec si je ne me trompe, lors de la tournée Blasphèmes et Sacrifices – qu'as-tu ressenti lors de celle-ci ? Avec qui avez-vous tourné ? Quelles furent les réactions des metalheads présents ? MONARQUE est-il près à se remettre à tourner eheh ?
La tournée est toujours une expérience très enrichissante pour moi ! Nous avons partagé la scène avec différents groupes locaux, tous dépendants des villes dans lesquelles nous avons joué. Les réactions à notre égard furent très positives. Nous donnons 666% sur scène, et les gens présents le sentent bien. Pour ce qui est d'une prochaine tournée, on verra, car j'aimerais prendre le temps de composer du nouveau matériel avant de recommencer. Tout dépend bien sur des offres qui nous sont offertes. Qui sait !?
Tu participe à de nombreux groupes également ! Peux-tu nous en dire plus sur ceux-là, et notamment le prometteur PESTROYER... ?
Un demo est enregistré, nous sommes sur le point d'avoir complété l'artwork, et il sera par la suite lancé sur mon label justement. Pestroyer est une coche plus cru, voir thrash que Monarque je dirais. Des riffs accrocheurs, très « old school ». Autrement, j'ai aussi un projet dark ambient (Monarkh), je fais des vocaux pour Sui Caedere et Carrion Wraith. C'est les projets plus ou moins actifs pour l'instant. J'aime toucher un peu à tout, ne pas trop me limiter. Je reste quand même dans les sentiers sombres par contre, c'est mon domaine...
On a vite fait aujourd'hui de trouver toutes les releases de MONARQUE à télécharger, gratuitement, sur le net... Que penses-tu du téléchargement ?
Quand on aime vraiment ce qu'un artiste fait, il est important de l'encourager en achetant son album et/ou sa marchandise. Le téléchargement est une réalité maintenant. Ca permet une propagande plus facile... Si les gens aime vraiment, il achèteront l'album le moment venu. Autrement, honte à eux!
Qu'as-tu écouté durant cette interview ?
Du bon vieux W.A.S.P ! hahaha !
Que doit-on retenir de MONARQUE ? Qu'est-ce que tu ne fera jamais avec ce groupe ?
Retenez le chaos, l'art noir et la débauche ! Ce que je ne ferai jamais avec ce groupe ?! Autre chose ! Haha !
Un rituel de La Voix des Ombres : peux-tu me donner trois adjectifs qui définissent le mieux la personnalité musicale de MONARQUE ?
Atmosphérique, haineuse, froide.
Je crois que je préfère encore Ad Nauseam à Fier Hérétique ! Et je crois que tu peux être fier de toi, car je pense que MONARQUE défend vraiment bien le Black Metal du Québec. Sur ces mots, je souhaite bon vent à MONARQUE – et je te laisse les derniers mots, fais-en ce que tu veux !
Merci pour l'intérêt porté à mon projet ! BLACK METAL TABARNAK !!!
29 mai 2009
ELIWAGAR - And the Ancestral Pagan Flame Shall Never Fade
Il vous suffirait simplement de vous laisser porter par la musique d'ELIWAGAR. De rêver à d'autres époques, à ces temps perdus mais pas oubliés, à ces temps lointains où l'homme qui vivait de et avec la terre, avait certainement plus sa place dans son environnement que l'homme d'aujourd'hui, déraciné... Comment, rien qu'en pensant à ces images, ne pas haïr notre époque, nos sociétés, l'humanité entière pour les crimes commis ? A l'écoute d' « And the Ancestral Pagan Flame Shall Never Fade » d'ELIWAGAR, j'imagine nettement ces contrées nordiques, scandinaves et slaves que je ne connais qu'en rêve. Je tente de m'en faire une idée précise, non fantasmée, de la vie que nos ancêtres ont connu et des valeurs qu'ils ont partagés... Honneur, courage, fidélité, respect... Des valeurs saines, simples et de bon sens - pour une vie à l'identique, ancrée dans les rythmes de la nature plutôt que dans ceux de « nos sociétés »...
Il y avait longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir à écouter un disque de musique folk, et c'est pourquoi cette chronique est une première dans La Voix des Ombres, et risque de donner naissance à d'autres du genre. Car « And the Ancestral Pagan Flame Shall Never Fade », sortie sur le label français Pagan Pride Productions est un album que j'ai trouvé absolument magnifique. Ses seize titres sont un vrai régal et ouvre sur un univers riche, beau et varié, sans manquer de cohérence. L'ensemble forme un véritable univers musical où l'on comprend que les idées de Runahild, l'artiste en question, ne sont pas des mots en l'air et qu'elle prend, petit à petit, le virage qui concrétisera ses idées en actes – son retour à une vie oubliée. Une vie normale et pas ordinaire.
Et la musique qu'elle crée n'est que l'une des facettes de cette action courageuse qu'elle mène pour changer de vie et tourner le dos à cette époque médiocre, inhumaine, artificielle... « And the Ancestral Pagan Flame... » sonne donc terriblement juste, presque comme la cloche avant la Fin. Chaque écoute de ce disque semble me remettre à ma place dans cette vie. Il m'apporte un apaisement, un certain calme et une évasion évidente. Il est propice au recueillement et à l'introspection. Ça vous bassine peut-être tous ces sentiments et ressentiments dont je vous fais part, mais je ne vois pas d'autres moyens de vous décrire cette autre chose que j'y découvre - des émotions que j'aurais du mal à ressentir dans tout ce metal extrême que j'écoute à longueur de journée, depuis la moitié de ma vie...
A l'écoute de ce magique et mystique « And the Ancestral Pagan Flame Shall Never Fade », il apparaît indéniable que Runahild possède un sens accru de la mélodie chantante et dansante, et pour une amatrice, il vous faut savoir que la blonde lorraine touche également bien sa bille en matière d'enregistrement. ELIWAGAR met ainsi du baume au coeur, réchauffe doucement, fait rêver avec ses pistes m'évoquant toutes les saisons. Les chansons se partagent en deux sortes : tantôt introspectives voire intimes (Northern Wind, From the Deepest Darkness..., Sacred Mead..., When Victorious, Berkana... ), tantôt énergiques et tribales ou purement folk (Runic Stone, Tales from a Forgotten Folk, Myth from..., And the Ancestral Pagan Flame..., Horns Raised..., ).
On est loin de ces innombrables groupes de Folk Metal qui paraissent souvent bien niais – en effet, Runahild n'emploie que des instruments folkloriques (hormis le synthé) dont elle sait jouer. Une autre chose qui me frappe à mettre en lumière : Runahild, qui a un timbre de voix particulier mais fort joli – et qui sait chanter évidemment, et avec humilité – place avec une justesse dingue ses paroles sur sa musique, renforçant l'aspect « compact » de l'album. Quand on ajoute à ce tableau d'excellence l'artwork vraiment superbe réalisé par Kogaion (http://www.kogaion-art.com) et Runahild, et les paroles pleines de sens, je peux affirmer, même sans avoir une grande connaissance de la musique folk europaïenne, qu'ELIWAGAR est un excellent groupe dans son genre... L'on n'est pas loin du chef-d'oeuvre, m'est avis.
Le message de Runahild/ELIWAGAR est limpide : il est temps de revenir à la terre et aux traditions ancestrales et d'oser changer de vie, en allant à l'encontre des « valeurs » actuelles et de se « retirer » de la trinité métro-boulot-dodo... Elle est peut-être là la révolution que l'on attend depuis toujours. Nous manquons peut-être de courage. Peut-être sommes-nous trop entravés, peut-être n'avons-nous plus les forces qu'avaient nos ainés...
En somme, si comme moi vous êtes d'emblée un réfractaire au Folk Metal mais que le folk pur, simple, traditionnel et « rustique » - loin de celui joué par les fumeurs d'herbe magique – vous séduit par sa vérité, sa profondeur et sa sincérité, tout cela avec une terrible évidence, eh bien... And the Ancestral Pagan Flame Shall Never Fade !
Hailsa et merci Runahild, tes ancêtres peuvent être fiers de toi !
ELIWAGAR - Païenne, Naturelle, Traditionnelle... Rustique !
C'est une première pour La Voix des Ombres, et peut-être désormais faudra-t-il vous habituer à voir de telles artistes ici, à l'avenir : voici une interview de la lorraine Runahild, maîtresse d'ELIWAGAR. La belle blonde vient de sortir un excellent album de Folk – du Folk tout court, y'a rien de metal dedans – du nom d' « And the Ancestral Pagan Flame Never Shall Fade » (Pagan Pride Productions). Ses inspirations germaniques et scandinaves, la simplicité de son dicours et de ses convictions m'ont frappé fortement, sans oublier sa musique, somptueuse à mon goût... (mai 2009)
Hailsa et bienvenue à toi Runahild, ELIWAGAR ! Tu réponds à beaucoup d'interviews de zines spécialisés, mais pour La Voix des Ombres, c'est une première que de questionner un groupe 100% folk. Etant donné que ta musique, je la trouve fort belle, et très poétique, et comme j'ai besoin de voyager, j'espère que tu ne m'en voudras pas de ne pas être aussi pointu que mes confrères en la matière ! Je n'ai pas leur science, tant dans cette musique particulière, que dans les spiritualités et religions païennes qui vont avec – mais j'essaie de combler ces lacunes petit à petit, suite au réveil que m'a offert, dans ces mêmes pages, l'excellent barde Luggh (un de tes compères lorrains !) au travers de son groupe MANY MOONS AGO. Bref, commençons cet entretien ! Tu es là pour nous parler de « And the ancestral pagan flame shall never fade », qui est sorti sur le label français Pagan Pride il y a quelques mois. Qu'en pensent les auditeurs ? Qu'en pense la critique ?
Hailsa et merci à toi tout d’abord pour m’accorder l’honneur d’une interview pour ELIWAGAR !
« And The Ancestral Pagan Flame Shall Never Fade » est sorti avec le label Pagan Pride qui travaille en collaboration avec In The Morning Side (label espagnol), je l’ai reçu au mois d’avril mais je n’ai pas eu beaucoup de temps pour faire sa promotion, car je me trouvais en formation à ce moment-là, et je n’ai donc pas encore beaucoup de critiques pour cette album, cela dit, celles que j’ai eu jusqu’à présent sont très positives et j’ai eu de très forts encouragements qui à chaque fois me touchent beaucoup et me font grand honneur !
Quelles différences notes-tu avec les précédents full-length ?
Je n’ai pour le moment qu’un autre album qui se nomme « Memories Of The Warrior Will » et il y a beaucoup de changements depuis la sortie de ce premier CD… Déjà, je considère que Memories Of The Warrior Will est sorti beaucoup trop tôt, je n’avais définitivement pas assez travaillé sur les morceaux, ni même sur l’artwork, j’étais juste trop impatiente de pouvoir enfin sortir un album… C’est là une bonne leçon de la vie, la patience est toujours de mise… Les critiques sur cet album étaient donc assez mauvaises, je n’ai eu qu’une seule bonne critique dont j’ai connaissance, et dans cette seule critique, on me confond en réalité avec le groupe CARVED IN STONE… Haha… Mais cela ne m’a pas découragé pour autant, heureusement, j’ai toujours eu des gens autour de moi pour me soutenir et m’encourager à continuer, peu importe ce que disent les critiques… Surtout que certaines ne furent pas justifiées et n’étaient que dans le seul but de me briser à cause de mon [ton] « politiquement incorrect » et de ma fierté ancestrale… Certaines personnes sont vraiment ignorantes !
L’autre différence c’est la plus grande utilisation d’instruments folkloriques, cette fois il y a peu de clavier, car j’ai acquis entre-temps ma concertina, qui remplace les sons d’accordéon du clavier… L’album sonne donc plus naturel, mais aussi plus rustique…
Comment s'est conclu l'accord de production avec Pagan Pride ? Es-tu satisfaite du travail accompli par celui-ci ?
Il m’a simplement demandé si j'étais intéressée pour sortir un CD avec son label, et comme j’avais déjà un peu parlé avec lui et que je connaissais ses idées, de même je connaissais le label In The Morning Side et les CD qu’ils avaient déjà produits, j’ai donc accepté !
Je suis entièrement satisfaite, et je suis vraiment heureuse d’avoir pu travailler avec un tel label, d’ailleurs le troisième cd d’ELIWAGAR devrait sortir une fois encore chez eux !
Comment, quand et où est né ELIWAGAR ? D'où vient ce nom à sonorité elfique eheh ? Quels sont tes buts, tes motivations et tes objectifs ?
Eh bien, après avoir écouté la chanson « Unda » de FAUN une nuit en décembre de l’année 2006, j’étais dans un tel état d’esprit, la chanson était pour moi presque comme « chamanique », ces sonorités folk me transportaient au milieu d’un rituel païen où des femmes célébraient la nature autour d’un feu et chantaient et dansaient pour saluer la vie… J’avais découvert la musique folklorique et j’avais tout de suite compris que c’était ça que je devais faire, que c’était la musique des ancêtres, la musique de la nature et des rituels…
Dès ce jour, j’ai commencé à composer quelques mélodies à la flûte, et je me suis acheté un tambour/tambourin pour accompagner… Puis d’autres instruments se sont joints peu à peu…
J’ai longtemps hésité pour le nom que je donnerais à ce nouveau projet qui venait de naître… Mon précédent projet qui était de l’Ambient se nommait KRIEGERSWALD, du nom de ma chère forêt… Mais je ne pouvais dédié mon projet folk juste à ma forêt, car j’aimais toute la nature de Midgard et les neuf mondes… Ce nom était beaucoup trop réducteur par rapport à tout ce que je souhaitais saluer et exprimer par l’intermédiaire de ma musique…
Au début le nom était GINNUNGAGAP, car dans la mythologie nordique, GINNUNGAGAP est l’abîme béant d’où toute vie est créée… Mais un jour, alors que je regardais à l’horizon, le nom d’ELIWAGAR résonna en moi, sa consonance profonde me parla alors… Et je sus dès lors que mon projet se nommerait ELIWAGAR… Encore tiré de la mythologie nordique, les Eliwagar sont les douze sources primordiales, qui s’écoulèrent du monde des ténèbres et des glaces Niflheim vers le monde lumineux nommé Muspellheim… ces sources vont devenir glace au milieu de Ginnungagap, et quand les étincelles du monde de Muspellheim l’atteignent, alors des gouttes vont s’écouler, et Ymir, le premier géant va naître.. Ensuite naîtront Odin, Vili et Ve, qui tueront Ymir et créeront la terre telle que nous la connaissons… Ses cheveux devinrent herbes et arbres, ses os devinrent montagnes, son sang les mers et les rivières, et son cerveau devint les nuages… C’est donc d’Eliwagar que toute vie fut créée… et toute chose trouve sont origine dans ces douze sources…
Je pourrais continuer encore longtemps sur la signification d’Eliwagar selon moi, mais je crois que ce ne serait plus une interview, mais un mini livre ! haha
Mon but est et a toujours été de défendre l’héritage du Nord, le paganisme et les anciennes traditions… De préserver à mon tour les croyances de nos ancêtres qui les unissaient à la nature avec laquelle ils vivaient en harmonie. Par ma musique, j’honore aussi mes ancêtres, ceux qui maintenant sont au Walhalla, je veux que chaque jour ils soient fiers de celle qui est de leur sang, pour qu’un jour je mérite ma place à leurs côtés, alors je chante pour leur gloire, pour leur courage et pour l’honneur qu’ils ont eu, la force qui étaient dans leurs cœurs est toujours présente dans le cœur de leur descendants, et peu à peu elle s’éveille, les fiers répondront à l’appel de Gjallarhorn…
Ma musique est aussi là pour montrer le coté positif, dans le monde moderne où tout semble perdu et fini, où tout ne semble que ténèbres, il faut pouvoir montrer au gens qu’il y a toujours de la beauté, dans notre belle nature par exemple, qu’il y a toujours de l’espoir et qu’il ne faut jamais le perdre, car plus profondes sont les ténèbres, et plus forte et plus glorieuse est la renaissance… Il ne faut voir que ce monde d’aujourd’hui comme un test qu’il nous faut surmonter, pour prouver notre valeur… Aucune peur, et jamais ne désespèrent face au destin, les Nornes savent tisser les runes qui amèneront ténèbres et lumières alternées… Car seul dans les racines des mondes peut se trouver la sagesse, la connaissance et la volonté… Odin/Wotan le sait lui-même pour son sacrifice à l’arbre Yggdrasil afin de découvrir le mystère des runes…
Comment s'est composé And the ancestral pagan flame shall never fade ? Combien de temps cela t'a-t-il pris ? Comment sélectionnes-tu les titres que tu garde ?
Je dirais que cet album a été magique pour moi…
Il m’a fallu beaucoup de temps de travail, environ un an… Pendant tout ce temps beaucoup de chansons ont été composées en effet, et je sélectionne en fonction des instruments utilisés. Comme je voulais réduire au maximum les chansons avec du clavier, en fonction des thèmes aussi, et par rapport au sentiment que j’ai envers une chanson, je pense que l’on doit être le premier à aimer la musique que l’on compose, si nous ne l’aimons pas, alors pourquoi d’autres apprécieraient ?? Voila comment ce fait principalement ma sélection…
Dans quel état d'esprit as-tu écrit cet album ? Quel était ton objectif ?
Très spécial… La composition de la plupart des morceaux s’est faite en fin d’été, et en automne, alors que la forêt se remplissait d’une odeur particulière, et que les feuilles changeaient de couleur, que les brumes du matin peu à peu s’élevaient, et la pluie et le vent succédaient au soleil déclinant… C’était donc une ambiance magnifique, de plus je me suis sentie guidée par mes ancêtres femmes, lors de ma découverte de la rune Berkana qui est en fait le pilier de tout ce disque, la signification cachée et le lien entre toutes les chansons…
C’est cette Rune qui détient le secret de mes objectifs, non seulement pour ma musique, mais pour ma vie ! Pour cet album, c’est de transmettre l’héritage et les traditions… Mais beaucoup plus de choses qui ne pourraient pas être exprimées par de simples mots…
Tu rends hommage à Quorthon, qui au travers de ses superbes albums « Viking » au sein de BATHORY, a selon toi permis la renaissance de la quête de l'identité scandinave. Pourquoi l'avoir choisi lui, et pas Varg Vikernes par exemple ?
J’ai énormément de respect pour Varg Vikernes de même !
Mais la chanson « Northern Wind » a été inspirée par BATHORY, et en particulier par sa merveilleuse et puissante chanson nommée « Song To Hall Up High »… Quorthon aujourd’hui se bat et festoie au Walhalla, et il faut toujours saluer la mémoire de ceux qui ont rejoint Asgard, ainsi ils resteront éternels ! Dans nos cœurs et dans nos mémoires…
Dans mon prochain album je saluerais d’autres personnes et groupes tel que GRAVELAND qui le mérite aussi grandement !
Tu définis ta musique dans le livret, comme du True Lothringian Traditional Pagan Folk Music. Qu'entends-tu par là ?
Haha… Je suis de Lothringen (Lorraine) et fière de l’être. La Lothringen fut un empire franc (la tribu germanique) et s’étendait de l’actuelle Hollande, en passant par une partie de la Belgique jusqu'à la Lorraine d’aujourd’hui et même en Franche-Comté… Les Francs (signifiant peuple libre) sont eux même descendants de plusieurs tribus germaniques dont les Cherusques, dont l’un de leur chef fut Hermann (Arminius) un grand héros germain qui empêcha les Romains d’envahir les terres germaniques… C’est un noble héritage que je porte en moi !
Ensuite, je garde mes influences dans le Black Metal… Haha, « true norwegian black metal », ou encore « true thuringian black metal »… Bref, c’est aussi un clin d’oeil à mes influences premières…
Les photos du livret sont réellement magnifiques ! On t'y trouve même en compagnie de chevaux islandais, descendants de ceux des vikings... Quel effet cela t'a procuré de t'y rendre, de ressentir ces paysages, ces lieux où ils sont passés il y a si longtemps... ? Pourquoi avoir choisi ces photos pour ce disque ?
Malheureusement, ce n’est pas en Islande que j’ai vu ces chevaux, mais bel et bien dans ma Lothringen… Lors d’un voyage dans les Vogesen (Vosges), j’ai eu la chance de voir dans un pré en haute montagne trois chevaux, et quand je les ai vu, je me suis dis… ce n’est pas possible !! Ce ne peut être des chevaux islandais ici !!
Puis le propriétaire est arrivé, et en parlant avec lui, il nous a bien dit que ces chevaux étaient en effet d’Islande, qu’il avait été lui-même les acheter là bas… Il ne les mélange pas avec d’autres chevaux pour qu’ils gardent leur pure lignée entre eux…
Je n’ai pas encore eu l’occasion d’aller en terre du nord, mais cela ne saurait tarder… Car l’appel de ces terres se fait de plus en plus fort en moi désormais… et alors, je pourrais répondre à cette question dans une autre interview ! Hahaha
Cela dit, j’ai choisi ces photos pour le CD car être en compagnie de ses chevaux fut excellent, ils sont incroyables et j’ai passé des grands moments avec eux ! Forts mais si calmes et sages…
Tu joues de bien des instruments ! As-tu appris leur manipulation sur le tas, ou bien auprès de musiciens confirmés ? Comment s'est effectué leur choix ? Peux-tu nous les détailler ?
Je n’ai appris que la flûte au collège, et j’ai appris par moi-même à jouer de tous les instruments… Seulement je tiens à préciser que je ne suis en aucun cas professionnelle pour aucun d’eux, je joue d’ailleurs simplement à ma façon, et pas de la façon conventionnelle… Comme je n’ai jamais appris avec personne, je suis très amateur, et je suis plus mon intuition qu’un livre ou un DVD explicatif…
Je joue donc, mis à part trois sortes de flûte (alto, soprano et irlandaise), de la concertina qui est comme un mini accordéon, de la mandoline, de la petit harpe à 12 cordes, du clavier, du bodrhan, des tambours et du tambourins…
Le choix, tout comme ma façon de jouer, s’est fait par intuition… Je n’ai jamais prévu l’achat d’aucun instrument, seulement parfois je me trouvais à certains endroits, et je voyais certains instruments, et si j’avais les moyens, je les prenais… Haha.. Mais je ne peux bien sûr pas m’acheter tout, sinon, je me serais pris l’accordéon plutôt que la concertina ! Et finalement je suis très satisfaite avec cet instrument !
Et l'enregistrement ? Est-ce du fait-maison ou du studio ? Tu dois posséder un sacré multi-pistes eheh ! Es-tu satisfaite ?
Oui, je fais tout chez moi, dans ma chambre qui donne sur la forêt !! Et j’utilise le programme Abode Audition, qui selon moi est excellent !
Je ne sais pas si un jour j’enregistrerais en studio, car l’avantage est d’avoir un son plus net… Mais en même temps peut-être ça ne sonnerait plus si naturel… De plus ce n’est pas donné, et comme je l’ai dis je ne suis pas une professionnelle, et il me faut beaucoup de temps pour enregistrer une chanson…
Ta musique est simple, et faite d'histoires simples... Du moins est-ce mon ressenti ! A son écoute, je m'apaise, et rêve. Que veux-tu évoquer chez l'auditeur ? Qu'aimerais-tu provoquer en lui ? Pourquoi penses-tu que les auditeurs écoutent ELIWAGAR ?
J’aimerais qu’ils ressentent simplement par la musique et par les photos la beauté et la magie de la nature, la fierté de leurs origines, le retour aux sources, aux choses de valeur… Qu’ils puissent entendre de nouveau la voix de leurs ancêtres résonner dans leurs cœurs…
Hum, pourquoi écoutent-ils ? Un peu de douceur, et une touche de festivité entre amis dans un monde où l’aube est attendue… Haha, mais il faut leur demander à eux, ils répondront mieux que moi !
J'ai quelques textes sous les yeux, que je lis dans le superbe livret... Mais pas les lecteurs ! Veux-tu bien nous détailler quelques uns qui te tiennent à coeur, ou nous brosser les histoires que tu y contes ?
Bien, tout le concept de cet album repose sur la transmission d’un héritage, d’une mère ou d’un père à ses enfants, pour qu’ainsi ils gardent en eux à leur tour les valeurs de leurs parents et la fierté de leur lignée ! Qu’ils défendent ce qui est juste et qu’un jour ils transmettent à leur tour ceci à leurs propres enfants… Cet héritage peut nous être offert par nos parents (le sang), par les runes (spiritualité), ou par les légendes anciennes et les croyances (les traditions).
Pourquoi les textes sont-ils en anglais ?
Je me sens germanique dans mon cœur et dans mon âme, là sont mes origines… Si je pouvais, je chanterais toutes mes chansons en allemand, mais je ne le parle pas encore assez bien, et j’ai besoin d’aide pour traduire les texte parfaitement, alors l’anglais est une langue germanique, de plus, comprise par beaucoup maintenant, ce qui permet aussi de faire passer un message à plus de monde… Je ne souhaite plus chanter en français, simplement car c’est une langue latine, et que pour parler à ses ancêtres et à sa terre, il vaut mieux utiliser une langue qui résonne en nous et qui ne sonne pas étrangère…
Qui s'est chargé de l'artwork ?
L’artwork et le logo ont été réalisé par Moga de Kogaion Art, et j’ai rarement croisé quelqu’un de si talentueux et qui sait exactement comment retranscrire dans un logo ou dans un artwork tout l’esprit des groupes pour lesquels il travaille… Cet homme est impressionnant, et je vais définitivement faire appel à lui pour la suite, s’il est toujours partant ! Hehe… Donc, n’hésitez pas à le contacter et à visiter son site : www.kogaion-art.com Sinon, les photos de nature prise dans les Vogesen sont de moi, durant mes voyages au cœur des montagnes…
Avec un tel titre, And the ancestral pagan flame shall never fade, c'est une affirmation que tu impose Runahild. Tu pense que la flamme païenne – déjà, un terme trop général à mon goût – ancestrale n'est jamais tombée et ne tomberas jamais ? Les religions monothéistes ont tout de même écrasé les paganismes en tous genres, car ils n'étaient ni fanatiques, ni structurés... Comment penses-tu que la flamme païenne pourrait-elle raviver les coeurs, et prendre plus de place sur la scène religieuse ?
Si les religions monothéistes avaient réellement détruit toute la culture païenne, alors nous ne serions pas là aujourd’hui à la représenter fièrement ! De plus, en quoi avons-nous échoué ? Même toutes les fêtes chrétiennes d’aujourd’hui ne sont que des anciennes fêtes païennes récupérées par les Chrétiens vu qu’ils ne pouvaient pas les éradiquer… Il y a toujours eu des gens de la campagne pour garder ses croyances et les transmettre à leur enfants… Et tant que des gens sont là pour retransmettre cette héritage, par les liens du sang, ou par l’art, alors en effet j’affirme que la flamme païenne qui est en nous ne s’éteindra jamais ! Nos enfants seront là après nous… et ainsi de suite…
Ces dernières années sont la preuve que des braises ravivées des cendres, une flamme de plus en plus grande s’embrase… Si nous n’avions pas d’espoir pour le futur, alors pourquoi nous battrions nous ?? L’une des grandes sagesses qui nous est offert par nos ancêtres et de ne jamais abandonner ! Jamais !! Et nous n’abandonnerons jamais !!
Comment vis-tu ta spiritualité au quotidien ?
Je salue Sol (le soleil), j’embrasse la pluie nourricière, je danse avec le vent, j’écoute la terre, je suis le chemin des Runes, j’apprends à voir ce qui est invisible, à ressentir les forces de la nature, je salue mes ancêtres et je partage toujours mon hydromel avec eux, pour les remercier de ce qu’ils m’ont transmis… Je vis tout simplement avec la nature… Je crois qu’il n’est d’autre façon plus simple de répondre…
Quel événement t'a lancé vers la quête de tes origines, et de la spiritualité qui va avec ?
Énormément d’événements… Certains très sombres, d’autre magnifiques au contraire… Toute ma vie n’est que le chemin qui me mène là où je suis, aucune chose ne peut être mise de côté, car chaque expérience a eu son importance… Il m’est donc impossible de répondre à cette question… C’est simplement mon destin ! Le décret des Nornes !
Quel rapport vis-tu avec les anciens dieux, et la Nature ?
Quand je suis dans la nature, je me sens faire partie d’elle, je ne me sens pas comme une humaine, et les arbres à côté, mais comme faisant parti d’un tout, comme fondue parmi la forêt, parmi les rivières et les animaux… Les dieux et les déesses sont dans la nature, donc je suis avec eux chaque fois que je suis dans la nature…
Quelles valeurs défends-tu, et pourquoi ? Je te dirais que ma profession me confronte chaque jour à des personnes manquant grandement de valeurs, que j'en conclue que si la délinquance existe, c'est que les gens non seulement, sont en perte d'identité et dans une misère à tous les étages, mais qu'elles y sont parce que leurs parents ne les ont pas éduqué, ne leur ont pas transmis ces valeurs que mes parents m'ont transmis... Quelles sont tes valeurs et vertus, et qu'est-ce que cela signifie ? Que penses-tu que cela apporteras que des les transmettre ? Penses-tu que les personnes écoutant ELIWAGAR ont perdu leurs valeurs ?
Premièrement, je ne pense certainement pas que les personnes qui écoutent EMIWAGAR ont perdu les valeurs, si ils ont été attiré par ma musique, c’est qu’il y a avait en eux quelque chose de commun à ce que j’exprime et qui leur parle…
Ensuite, comment la plupart des enfants de nos jours pourraient être éduqués, quand les deux parents ne sont jamais là, car ils doivent tous les deux travailler pour pouvoir gagner toujours plus d’argent, et les rares moments passés en famille sont le plus souvent passés devant la télévision… Alors comment des valeurs pourraient elle être transmises dans ses conditions ?
De plus, ils vivent dans un monde superficiel, complètement coupés de leur passé et de leur racines, sans cesse nourris par la télévision et les médias, sans cesse aveuglés car on leur cache leur vraie identité, on préfère leur en imposer une nouvelle, une qui n’est pas celle de leurs ancêtres… Ils vivent plus dans le monde virtuel que dans la réalité à tel point qu’ils ne font plus la différence…
De plus les tabous imposés par les chrétiens durant des siècles a rendu fous de nombreuses personnes… En voulant changer les pensées des gens, en voulant faire passer des choses naturelles pour malsaines, en privant les gens de suivre leur instincts naturels, ils ont simplement créé des gens désorientés, en eux l’appel de la nature et des instincts se fait de plus en plus fort, et cela amène aux extrêmes…
Mes valeurs sont le respect et la loyauté envers sa famille et ses proches… Par exemple, autrefois, jamais les anciens n’auraient été envoyés dans des maisons de retraite, leur sagesse était précieuse pour tous, et tous les saluaient… L’auto-discipline, le courage, la persévérance, l’amour du travail utile, l’honneur, la force, la fierté et la préservation des traditions… Les valeurs sont ce qui unit un peuple et permettent une vie en harmonie avec les siens, elles déterminent la grandeur d’un individu et la grandeur d’un groupe ainsi que leur identité propre…
Pourquoi je souhaite les retransmettre… Pour la même raison que tous ceux qui suivent le même combat que moi, car il ne faut jamais abandonner… Et simplement pour l’amour de mes terres, de mon peuple et de mes ancêtres qui eux-même se sont battus en des temps de ténèbres pour qu’aujourd’hui nous puissions vivre. Abandonner là où eux auraient laissé leur vies en combattant serait une grande marque de déshonneur et de non respect envers tous ceux qui nous ont précédé…
Le nom que j'ai lu sur l'enveloppe où tu avais glissé le CD n'est pas celui aux consonances islandaises que je lis sur le dos du livret... Et sur ton Myspace, tu indique être lorraine. De fait je me pose la question de savoir si tu es bien française ou islandaise eheh !? La nationalité fait-elle les racines ?
La nationalité actuelle ne fait pas les racines ! Par exemple, la Lorraine est maintenant région française, mais comme l’Alsace, nombreux de ses habitants ne sont pas celtes ou romains mais bien germaniques…
Mon vrai prénom n’est pas Runahild, mais Brenda. Brenda est un prénom d’origine germanique que je suis fière de porter, car il vient de « brendr » qui représentait les femmes guerrières, d’où le prénom ancien Brünnhild/Brynhildr. Je ne prétend pas être islandaise en particulier, mais nordique et germanique… Mon nom « Runahild Bjarkanweiss Tyrsdottir » définit qui je suis…
Qui étaient tes ancêtres ? N'est-ce pas chimérique de penser que l'on va pouvoir revivre un jour comme eux vivaient ? Ne faudrait-il pas, radicalement, tout abandonner, se priver de tout confort moderne, vivre en solitaire ou en communauté, loin de toute société, afin de revivre comme eux ? Et même : je suis certain qu'en Laponie profonde par exemple, il n'y a pas une semaine sans que ne passe sur la route un 4x4, dans le ciel un avion-cargo, dans les eaux un pétrolier... J'éprouve de le mélancolie, et cette idiote nostalgie en me disant que tout cela est bel et bien fini pour de bon. Du moins est-ce mon opinion à ce sujet, quel est le tien ? De quoi rêves-tu ?
Je pense que ceux qui auront lu cette interview jusqu’ici auront bien compris qui sont mes ancêtres ! Hehe… Chacun a sa propre vision du futur… Ce qu’il faut savoir c’est que la roue tourne toujours, et que notre monde est une succession de cycles, aucun n’est éternel, et c’est une constante variation entre lumière et ténèbres, tout comme les cycles du soleil, qui chaque année, croît et décline dans le ciel, alternant jours glorieux et périodes de sombres nuits… Mais il y a toujours l’aube qui attend sa victoire… Quand les trois hivers qui nous recouvrent laisseront paraître à l’horizon les premières lueurs d’un nouveau jour, alors une partie de ce monde s’effondrera et donnera naissance à un nouveau… Je ne sais pas si j’assisterais à ce changement, néanmoins, je vois dans la résurgence des anciennes croyances cette pâle lueur qui annonce l’arrivée de Sol… De plus en plus nombreux sont ceux qui souhaitent de nouveau créer des communautés et vivre en harmonie avec la nature et avec leur peuple tels nos ancêtres… Ce sont eux qui appellent la gloire de la roue solaire, par leur chants et par le feu païen qui brûle en eux, ils illuminent même la plus sombre des nuits !
Mon rêve, qui est simplement mon but, est de vivre dans une communauté, en autosuffisance et en autonomie, indépendante du monde moderne… Bien sûr il ne s’agit pas de renier tout ce qui vient du monde moderne, les panneaux solaires, les éoliennes, ou encore les roues hydrauliques sont d’excellent moyens naturels d’avoir de l’énergie par exemple…
J'ai vécu quelque chose ce week-end que je n'avais jamais ressenti auparavant. Ma femme et moi nous sommes promenés dans le jardin d'un monastère, et l'on y a ressenti, durant une heure, une vraie quiétude et l'on s'est vraiment senti coupé du monde, et cela nous a rendu vraiment songeur, nous a questionné... On s'est dit que l'on comprenait ces moines vivant loin de tous et de tout, et que dans cet endroit, ils avaient eux le temps de réfléchir, de penser, de vivre leur spiritualité pleinement... On s'est d'un coup demandé si ce n'était pas cela vivre, vraiment (bon, c'est vrai qu'avec un choix pareil comme au leur, faut faire une croix sur certains plaisirs bien agréables...). As-tu déjà vécu une expérience semblable ? As-tu déjà vécu un tel moment d'isolement, de recueillement ?
Oui, bien sûr, chaque fois que je me retrouve dans la nature… Cette expérience est très intéressante et m’amène à un point, car dans toute société, chaque individu a besoin de ce que j’appelle son « espace vital » un endroit où il peut se ressourcer et se retrouver lui-même face à lui-même, sans la pression constante du groupe qui l’entoure… Sans respecter cela, de nombreuses situations de conflit vont se créer eu sein d’un groupe… Mais comme tout dans la vie, tout est une question d’équilibre, il faut savoir prendre un moment d’isolement quand on en a besoin, mais pour autant, il ne faut pas vivre complètement isolé…
Et je me permet d’ajouter que les monastères ont été principalement construits sur d’anciens lieux païens sacrés, là où les énergies telluriques et cosmiques sont puissantes…
Tes études, ton travail sont-ils intimement liés à ta passion pour l'histoire et les croyances de tes ancêtres ?
J’apprends actuellement les bases de l’agriculture biologique et bio-dynamique dans le but de pouvoir cultiver et nourrir ma famille la plus possible avec des produits venant de notre propre terre, sains et 100% naturel, et dans le but surtout de ne pas dépendre du système actuel pour vivre !
Mais comme « païen » signifie « paysan », alors dans ce cas je peux en effet dire que mon travail est intimement lié à mes croyances ancestrales ! Haha
Tu es seule, vas-tu le rester, ou penses-tu un jour faire grossir tes rangs, voire passer sur scène ? Tu joues peut-être dans une formation Folk Metal, comme ARKONA, HANTOAMA, WARDRUNA, ASTAARTH ou ELUVEITIE ? Que penses-tu de ces formations justement ?
Je pense que je resterais toujours officiellement seule pour mon projet ELIWAGAR, maintenant peut-être que je ferais appel à des musiciens de session pour des albums futurs…. Et je souhaite définitivement faire des concerts, mais pour cela aussi il me faut des musiciens pour m’accompagner… J’ai déjà commencé à jouer pour des gens en direct lors d’un stage dans une ferme, et j’ai simplement adoré cette expérience…
Je ne joue pas pour l’instant dans un groupe de folk metal, j’ai déjà essayé avec les membres du groupe IRON WOODS, qui sont très bons musiciens, mais la distance a fait que ce n’était pas très pratique… J’ai quelques projets en tête, mais pour l’instant rien de fait, donc je n’en dirais pas plus à ce sujet. Sinon, j’aime beaucoup ARKONA et WARDRUNA, le message qu’ils font passer à travers leur art est très noble… WARDRUNA en particulier m’impressionne par leurs rythmes et leur invocations des runes… Ce n’est pas que de la musique pour écouter, mais c’est quelque chose à vivre et à ressentir !
Quand j'étais adolescent, j'écoutais Loreena McKennit, John Doan et bien d'autres artistes folk... J'ai tout abandonné, car je n'ai plus ressenti cet appel de mes racines (slaves en plus) pendant une décennie. Bref. Distingues-tu les musiciens folk locaux, undergrounds, des autres plus commerciaux ? C'est quand même mieux que toute cette merde balancée par les chaines de télévision et autres radios !
Ah, si tes origines sont slaves, peu être serais-tu intéressé de découvrir (si tu ne connais pas déjà) des groupes folk tel que Stary Olsa, Percival, Krynitza, Volkolak… et il y a aussi Nordawn qui fait du très bon folk metal… et il a l’excellent Sowilo, qui est à la fois dédié au paganisme germanique et slave !
Je m’intéresse aux artistes folks qui ont un vrai message à faire passer… et en général, c’est ceux qui sont underground qui sont les plus intéressants…
Quels sont les artistes, musiciens, poètes, écrivains qui t'inspirent ? Qu'est-ce qui forme le socle artistique d'ELIWAGAR ?
Ecrivains et poètes : Marie des Bois, Snorri Sturlusson, J.R.R. Tolkien
Artistes et Musiciens : Wodansson, Darken et Graveland, Varg Vikernes, Bathory, Andrea Nebel Haugen et Hagalaz’ Runedance (avant qu’elle ne renie ses racines et se désintéresse du paganisme nordique… ?? pour créer Nebelhexe), Falkenbach, Skyforger et leur album Sword Song… et bien d’autre dans cette ligné…
Que penses-tu de la dégringolade financière catastrophique de l'Islande ? Comment envisages-tu ton avenir à long terme ? Quelle est ton opinion sur l'avenir de notre pays, de l'Occident, du monde ? Vois-tu un avenir noir, blanc, ou en dégradé ? Penses-tu que les valeurs du passé auront encore une place dans cet univers chaotique où je pense que nous devrons réellement lutter pour survivre ?
Nous luttons déjà pour survivre… Je pense que c’est une bonne chose que ce système s’écroule peu à peu… Je pense que beaucoup des anciennes valeurs vont justement resurgir, maintenant que peu à peu les gens voient ce qui se passe et à quel point ils se font manipuler… Maintenant qu’ils voient dans quel monde ils ont vécu… Je vois un bon avenir à long terme, mais bien sûr chaotique à court terme… Du moins pour tous ceux qui lutteront pour garder ce système en place... Personnellement, je souhaite me détacher de tout ça, fonder ma famille et un village avec des gens que j’estime et qui partage mes valeurs et défendre cet endroit !
Ce qui s’est passé en Islande va probablement se répandre dans tout le monde, car tous les systèmes économiques sont en faillite désormais… Il serait bien simple de régler les problèmes de la « crise », mais cela n’arrangerait pas le système ! Si certains souhaitent s’informer sur comment le système monétaire nous manipule et nous vole depuis bien longtemps, regardez la vidéo sur internet intitulée « argent dette », très instructif ! (Cette vidéo m’a été conseillée par un ami, je l’en remercie d’ailleurs !)
Le lien : http://www.vimeo.com/1711304?pg=embed&sec=1711304
Qui ELIWAGAR soutient-il ? Quels sont les groupes francophones/français que tu admires le plus, et au contraire, que tu déteste ? En somme : qui nous recommanderais-tu ?
Les groupes français à soutenir sont TRIUMPH, SIGVORD, EÖNÄ principalement… Et ceux qui sont francophones (donc j’inclus le Québec) : LES BÂTARDS DU NORD, SOWILO, FJORD, BRUMES D'AUTOMNE... et je dois sûrement en oublier pas mal…
Ceux que je déteste sont trop nombreux pour être cités !
Es-tu investie dans l'underground – fanzines, organisation de concerts, label ? Ou dans d'autres groupes ?
Je me suis déjà investie pour certaines organisations par le passé, mais désormais la seule dont je fais encore partie c’est l’Heathen Circle. Sinon, j’ai déjà participé dans les groupes suivants : Iron Woods, Askival, Death Army et dernièrement Rising Winter.
Quels disques t'ont le plus marqué ces six derniers mois ?
Skyforger – Sword Song
Bathory – Hammerheart (même si je le connais depuis des années…)
In Acht Und Bann – Auf Runenpfaden Zwischen Den Welten
Chariovalda
Hagalaz’ Runedance – Volven
Hildr Valkyrie – Shield Brothers Of Valhalla
Et beaucoup d’autres… Et j’attend le CD de WARDRUNA qui se placera sûrement en place numéro 1 après l’avoir écouté !!
Que doit-on attendre d'ELIWAGAR pour la deuxième moitié de 2009, ou pour 2010 ?
J’ai commencé à travailler sur mon troisième album, qui peut-être sortira avant fin 2009… Sinon, je ne peux rien dire de plus, peut-être y aura-t-il enfin quelques concerts de prévu… Mais rien n’est certain…
Qu'as-tu écouté durant cette interview ?
Beaucoup de WARDRUNA et HAGALAZ' RUNEDANCE !! Ainsi que les oiseaux dehors…
Que faut-il retenir d'ELIWAGAR ? Qu'est-ce que tu ne feras jamais avec ELIWAGAR ?
Haha, ce que je ne ferais jamais : de la musique moderne, des photos non traditionnelles et sans nature, des contrats avec des labels ne partageant pas mes valeurs ou les idées que je défends, renier le paganisme et ma fierté pour devenir commerciale, créer de la musique que je n’aime pas personnellement juste dans le but d’avoir un CD à sortir… Et tout ce que les groupes en général font dès que l’argent commence à rentrer, et qu’ils préfèrent se vendre et perdre leur esprit premier….
Ce qu’il faut retenir d’ELIWAGAR : EMIWAGAR c’est de la vraie musique folk, traditionnelle, païenne et nordique qui défend l’héritage ancestral du nord et les anciennes valeurs et qui honore Mère Nature !!!
Peux-tu me donner trois adjectifs qui correspondent à la personnalité d'ELIWAGAR ?
Comme au dessus : païenne, naturelle, traditionnelle… et j’en rajoute un quatrième : rustique !
Je m'arrête là, sinon cette interview ferait des pages et des pages. Je dois te dire que je trouve And the ancestral pagan flame shall never fade vraiment bon, et je l'écoute en boucle sans sourciller ! J'ai passé (ainsi que ma femme eheh) un très bon moment à l'écouter... Bref, tu me réconcilie quelque peu avec ce genre musical. Je te remercie donc beaucoup Runahild pour cette interview, et j'espère que là-haut, tes dieux et tes ancêtres veillent sur toi en attendant ta venue ! En attendant, continue de nous abreuver de tels délices – je lève ma bière en ton honneur ! Les derniers mots sont pour ELIWAGAR ! Au plaisir d'un jour ou d'un soir, de se rencontrer et de discuter !
Ce fut un plaisir et un honneur d’avoir pu répondre à ton interview, dont les questions furent très intéressantes ! Je te remercie pour ton immense soutien envers ELIWAGAR et je tiens à remercier également tout ceux qui m’ont soutenu jusqu’à présent !
27 mai 2009
GRIMLORD - Inward Destruction
Qui se souvient de GRIMLORD ? Levez votre bière... Ok, vous n'êtes pas nombreux. Vous allez pouvoir combler votre retard désormais ! Voilà dix ans qu'est sortie la démo Through Hatred of Life chez Drakkar Productions. Et voici donc que soudain resurgit des ténèbres GRIMLORD, formation obscure et silencieuse avec son premier album – à cette heure où j'écris, sans label – intitulé Inward Destruction. Va falloir que les petits producteurs de l'underground se penche sur la chose maintenant. En attendant, la question de savoir si son Black Metal a changé est ainsi posée. Réponse ?
Through Hatred of Life s'avérait être une très bonne démo. GRIMLORD est une formation « à l'ancienne », puissamment influencée par les maîtres nordiques, adeptes du perfectionnisme. GRIMLORD est un groupe qui la joue rapide, avec une grosse dose mélodique et ténébreuse, soutenu par une exécution sans reproche. Et la démo avait un son plus que correct. Du Black Metal classique, mais efficace. GRIMLORD n'est pas du genre à pervertir la tradition du genre, mais plutôt à l'embraser pour qu'elle ne s'éteigne pas. Du Black Metal sombre et mélodique, voilà ce que proposait Through Hatred of Life.
Inward Destruction propose-t-il du neuf ? Eh bien, après une très belle intro brutalement rompue par le premier titre, GRIMLORD déboule avec un Black Metal où les acquis ne changent pas vraiment, sauf que le combo intègre un peu plus de Death à ses compos (Last Pieces of Sun le fait comprendre d'entrée). GRIMLORD joue ainsi toujours un Black Metal bien charpenté – ses compositions sont solides et structurées – où les mélodies sombres, portées par un vent soufflant fortement du passé, évoquent des paysages désolés et glaciaux... Une certaine idée du metal extrême qui n'est pas pour me déplaire. A l'écoute d'Inward Destruction, je me prend à revenir en arrière, il y a quinze ans, alors que le Black Metal commençait de s'imposer.
Ici, GRIMLORD se veut maléfique et vicieux et je crois que le choix du son y est aussi pour beaucoup. Car le plus surprenant dans ce disque, par rapport à la démo, c'est son rendu sonore. Quand je suis passé de la démo à l'album, j'ai tiqué, car bien que le son soit lui aussi correct, il est légèrement plus low-fi, moins riche que celui de la démo, me donnant l'impression d'écouter un vieil album de Black Metal d'antan, comme si j'écoutais au travers d'un voile poussiéreux. Et GRIMLORD va exiger de ses auditeurs de se replonger dans ces ambiances, cette atmosphère particulière développée lors de la création du Black Metal afin de saisir et de vivre par les tripes cet Inward Destruction... Si vous avez apprécié le split SOVEREIGN/EXCRUCIATE 666, vous devriez me comprendre et donc apprécier GRIMLORD...
Il n'y a pas grand chose à jeter, tant GRIMLORD sélectionne le meilleur de son travail avec goût : les violents Inward Destruction et Kalachnikova mettent les pendules à l'heure, le quelque peu mélancolique Path of Thorns suivit de l'épique Death Recollection font office d'hymnes, les brutaux Last Pieces of Sun, Dark Traditions (qui me fait penser à TSJUDER), le plus Thrashy et conquérant Last Journey et le sombre et dernier Gathered in Hell - huit titres à l'influence scandinave longs de 4:30 en moyenne (plus une intro) où le groupe met tout son talent à varier les parties tout en développant les atmosphères. Inward Destruction ne dure que trente-huit minutes, mais il est si dense et riche que j'ai l'impression qu'il en fait le double : il nécessitera vraiment que l'auditeur se concentre et plonge sans réfléchir dans cet univers bien trop souvent oublié de nos jours...
Inward Destruction est un donc un très bon disque pour qui aime le Black Metal classique, traditionnel, venant du Grand Nord, et je ne suis pas mécontent de pouvoir l'écouter avant tout le monde ! Il séduira les nostalgiques, ceux qui luttent pour que la flamme ancienne survive... Espérons qu'il trouve un label pour le produire désormais ! Soutenez GRIMLORD !
GRIMLORD - Aggressif, Mélodique, Unique
Une décennie qu'ils avaient disparu... Mais les voilà de retour ! GRIMLORD, vieille entité Black Metal de l'Hexagone, revient sur le devant de la scène avec un très bon voire excellent album de Black Metal de facture classique et scandinave, Inward Destruction. Ysam et Frostfall répondent à mes questions (mai 2009).
Bienvenue en Enfer GRIMLORD ! Vous ressortez des ombres avec un album fini, mais sans label producteur pour le moment, intitulé Inward Destruction. Comment voyez-vous les choses s'annoncer à son sujet ? Quelles sont vos attentes en matière de label ? Comment vous sentez-vous, avec cet enfant sous le bras eheh ?
Nous sommes très contents qu'Inward Destruction soit finalisé, après plusieurs années de gestation.
Désormais nous sommes à la recherche d'un label capable de distribuer l'album. Nous espérons qu'à l'instar de la démo, cet album sera bien accueilli par la scène Black Metal.
Votre démo Through Hatred of Life était parue chez Drakkar Productions en 1999... Vous vous souvenez du deal ? Est-ce que l'album va de nouveau sortir chez ce pionnier français ? Est-ce que cette démo va revoir le jour, sous la forme d'une réédition ou d'un bonus eheh ?
Cela fait déjà une décennie… J’espère que le prochain opus sortira avant 2019 ! Pour répondre à ta question, la démo était sortie sur le label Drakkar Productions du fait que Krys officiait comme batteur dans CELESTIA à cette période-là. En ce qui concerne le deal, Drakkar distribuait la démo sous forme de cassette. La démo avait été enregistré avec l'aide de Fureiss, qui jouait également dans CELESTIA.
Concernant Inward Destruction, il n'est pas du tout certain qu'il sorte sur Drakkar Productions.
Pour le moment une réédition de la démo n’est pas d’actualité, mais peut être que dans le futur...
GRIMLORD était également apparu sur la compilation de Drakkar, the Return of Darkness and Hate, avec le titre Cosmic Illusion... Vous vous en souvenez ? D'où venait ce titre ?
Ysam : Dans la foulée de la sortie de Through Hatred of Life nous avons participé à cette compil’. Nous avons donc enregistré Cosmic Illusion. Ce titre existait depuis 1997, mais pour l’occasion nous l’avions retravaillé pour remplacer les passages très lents par des riffs plus percutants et en cohérence avec l’esprit de la compilation.
Les paroles ont été écrites par Krys et j’ai composé la musique. Ce titre ne fait pas vraiment référence aux schémas classiques du Black Métal mais parle plutôt de la schizophrénie, du mal-être intérieur et de la recherche d’une nouvelle voie, l’illusion cosmique.
De ce fait nous avions choisi une production que nous voulions également « cosmique ».
Je dois bien avouer qu'avec le temps je ne choisirais plus aujourd'hui de réenregistrer un titre avec une telle production. Il pourrait être intéressant de l’enregistrer à nouveau et de l’inclure dans une hypothétique réédition de Through Hatred of Life...
GRIMLORD ne doit pas être très connu je pense, hormis des die-hards présents dans la « scène » depuis un bon paquet d'années ! Peut-on avoir un petit résumé de l'histoire de GRIMLORD et du pourquoi de sa décennie de silence ??? Egalement : le line-up d'aujourd'hui est-il encore le même ? Où êtes-vous basés ? Les motivations et envies sont-elles encore les mêmes qu'il y a dix ans ??
Il est vrai que GRIMLORD n'est pas très médiatisé. Néanmoins, nous sommes souvent étonnés de voir que bon nombre de puristes connaissent et apprécient le groupe même après 10 ans de silence. Krys et Ysam ont formés le groupe en 1997 et enregistrés « Through Hatred of Life » en duo. Krys s'occupaient alors de la batterie et des vocaux et Ysam se chargeaient des guitares/basses. Cette même année, la rencontre de Frostfall en tant que bassiste/vocaliste avec le reste du groupe permis de mieux structurer le line-up. Suite à cette rencontre nous avons effectués quelques concerts, ce qui n'étaient pas possible auparavant. Néanmoins il s'est tout de même écoulé 10 ans entre Inward Destruction et Through Hatred of Life. Les raisons en sont diverses : plusieurs déménagements des membres du groupes nous ont ralentis dans le processus de composition car il n'était alors plus possible de faire plus d'une répétition par mois. Ensuite notre objectif premier était de faire des concerts et non de composer un nouvel album. S'en est suivi une longue période où nos répétitions n'étaient pas productives, en partie lié à nos personnalités assez trempées générant des discussions houleuses et une insatisfaction musicale perpétuelle. Nous avons donc mis 6 ans pour nous mettre d’accord sur les titres à enregistrer pour Inward Destruction puisque nous l’avons réalisé en Septembre 2006. Ensuite s’est annoncée une réelle traversé du désert. Krys s’est désolidarisé du groupe alors que malgré nos divergences nous avions toujours été unis (cela peut paraître paradoxal, mais telles sont les choses). Il devait mixé l’album et donc nous avons dû récupérer les pistes avant toute chose. Ensuite nous avons décidé (Frost et Ysam) de reprendre le bébé et de prendre un nouveau départ. Nous restons motivés pour composer de nouveaux titres, faire quelques concerts. Nous recherchons donc un batteur pour remettre GRIMLORD sur les rails suite au départ de Krys.
Quand j'écoute l'ancien GRIMLORD, je le trouve franchement influencé par les Scandinaves... Qu'en pensez-vous ? Les Black Metal norvégien et suédois étaient-il plus parlant que celui des Légions Noires, par exemple ? Inward Destruction change-t-il la donne ? Quelle est donc votre vision du Black Metal ?
Le Black Metal norvégien reste la référence dans le domaine et il est donc bien logique que GRIMLORD y puise certaines de ses influences. Le style de GRIMLORD a évolué dans cet album du fait de cette décennie passée et de la maturité musicale que nous avons acquise.
Nous avons donc incorporé plusieurs nouveaux éléments tel que des parties plus Death Metal que nous n'aurions pas intégré a l'époque. Ceci dit GRIMLORD garde sa personnalité particulière et on ressent bien que le groupe n'a pas renié ses origines au travers des années.
Pour ce qui est de notre vision du Black Metal, c'est qu'elle doit rester assez underground. Il est difficile de conserver une identité musicale forte tout en étant en même temps fortement médiatisé. Le Black Métal a beaucoup évolué depuis 10 ans, pas toujours dans le bon sens. Pour preuve la plupart des groupes phares finissent soit par splitter ou dériver tellement dans leur style qu'on ne peut plus parler de Black Metal...
Je rebondis sur la question précédente : afin de se faire une idée du socle musical de GRIMLORD, quels sont les groupes qui vous servent de référence – je veux dire par là, des formations que vous placez très haut, comme un idéal, qui vous guident plutôt qu'ils vous influencent ?
Frostfall : en ce qui me concerne, ce sont clairement tout les groupes de Black Metal du début des années 90 qui ont défini le genre. A savoir des groupes comme Emperor, Gorgoroth, Satyricon, Immortal etc etc... Même si désormais pour la plupart ils ont splitté ou dérivé dans leur style (ce qui confirme la réponse à la question précédente...), il faut avouer qu'à l'époque ils ont défini un nouveau genre dans lequel l'agressivité extrême se liait à un côté mélodique tout à fait inédit pour l'époque.
L'aspect mélodique semble également indissociable de GRIMLORD. Qu'est-ce que cette forme musicale-là apporte comme « valeur ajoutée » au Black Metal de GRIMLORD ?
Nous ne voulions pas faire un Black Metal sans aucune originalité. L'aspect mélodique est donc un élément essentiel de GRIMLORD. Néanmoins nous avons toujours beaucoup travaillé sur nos compositions afin de donner un Black Metal qui sortent des sentiers battus.
Au final, GRIMLORD persévère dans sa première direction, j'ai l'impression : Inward Destruction est vraiment traditionnel dans son approche du Black Metal – avec quelques touches de Death de-ci, de-là – et GRIMLORD, du coup, semble bloqué dans les années 90 eheh. Quel est votre avis là-dessus ?
Il me semble que ce qui est important c'est de faire de la bonne musique, pas d'essayer de suivre les modes, comme je l'ai déjà souligné un peu plus haut, je considère que les années 2000 ont vu le Black Metal se dégrader plutôt que se renforcer.
Comment s'est composé Inward Destruction ? Combien de temps a-t-il fallu, des premières notes aux derniers réglages ? Comment GRIMLORD s'y prend-t-il pour écrire une piste ? Que recherchez-vous ?
Inward Destruction s'est composé dans la douleur. En effet comme chaque membre du groupe a une forte personnalité, il était toujours difficile de trouver un consensus dans nos compositions. Nous avons passé de nombreuses heures de discussions, dans lesquelles parfois il était possible de remettre en cause une partition terminée depuis longtemps...
Le processus de composition commence par une idée amené par Frostfall ou Ysam. Ensuite en la jouant en répétition, la suite vient plus ou moins naturellement. Finalement nous passons beaucoup de temps pour être pleinement satisfaits des arrangements. Ensuite, chacun choisit quelques titres pour y écrire des propres textes. C'est pourquoi il a fallu presque 3 ans pour finaliser l'album (l'album a été enregistré en 2006 et mixé seulement en 2008).
Une chose qui change par rapport à la démo, c'est la production mais ça aurait fait bizarre s'il en était autrement ! Néanmoins, celle-ci possède un aspect quelque peu étouffé... bref, « démo » ! Comment avez-vous travaillé le son ? Avec quel objectif/matériel ? Avez-vous galéré ?
Nous avons entièrement auto-produit l'album avec le matériel que nous possédions. Le but était de ne pas « subir » une production que nous n'aurions pas désiré, car nous n'étions pas entièrement satisfait de la production de « Through Hatred of Life ». Nous avons donc préféré prendre le risque de sonner plus démo que studio, tout en conservant notre authenticité. De ce fait nous avons rencontré quelques difficultés, mais nous sommes globalement satisfaits du résultat.
La cover est vraiment excellente ! Que vouliez-vous évoqué avec elle ? Qui s'est chargé de l'artwork ?
Merci pour cet avis. Nous sommes également très satisfaits de cette pochette. Nous voulions évoqué le concept de l' « Inward Destruction » (destruction centripète). C'est pourquoi nous pouvons voir sur cette pochette un puits sans fond autour duquel s'enroule des racines. Nous avons travaillé l'artwork encore une fois par nos propres moyens en concertation entre Frostfall et Ysam.
Et des textes ? Sont-ils dans le livret ? De quoi est-il question ? Y'a-t-il un fil qui guide les lyrics – un concept ?
A l'heure actuelle il n'est pas prévu d'inclure les textes dans le livret. Il n'y a pas vraiment de fil directeur entre chaque musique. Nous nous chargeons tour à tour d'écrire les paroles en fonction de l'inspiration que nous apporte la musique. Les paroles ont évolué par rapport à Through Hatred of Life et sont beaucoup plus sombres.
Y'a-t-il des auteurs, des écrivains, une philosophie que GRIMLORD apprécie particulièrement ? Egalement, suivez-vous des principes, des préceptes d'une spiritualité ou d'une religion comme le satanisme ou certaines formes de paganisme ?
Nous ne suivons aucune forme de précepte particulier qui ne sont là que pour aliéner notre propre capacité à la réflexion. Nous sommes notre propre guide et faisons ce que bon nous semble.
Où en est FROSTFALL avec son projet éponyme ?
Frostfall : Je n'ai plus le temps comme auparavant de bien m'occuper de FROSTFALL... C'est pourquoi les musiques sortent désormais au compte goutte. Néanmoins le projet n'est pas abandonné et de nouvelles musiques sortent régulièrement. Le concept de la prochaine démo à la base était de remplacer une partie des claviers utilisés auparavant par davantage de pistes de guitares. Néanmoins il y aura sans doute encore de nombreuses ambiances et de courtes intro / outro.
Y'a-t-il des formations françaises de l'underground ou réputées que soutient GRIMLORD ?
Frostfall : J'aime particulièrement la scène underground française/francophone qui révèle quelques pépites et qui a toujours su avoir sa propre personnalité. Tels OTARGOS ou NEHËMAH...
La horde va-t-elle défendre son album sur scène ? Est-ce la place d'un groupe de Black Metal ?
A partir du moment où nous disposerons d'un nouveau batteur, nous serons en mesure de défendre l'album sur scène à chaque fois que l'occasion se présentera.
Par ailleurs, je ne vois pas pourquoi un groupe de Black Metal ne pourrait pas monter sur scène... Certaines personnes du milieu ne désirent pas le faire ce qui est tout à fait respectable, mais chacun est libre de partager sa musique comme bon lui semble.
Ca vous dérangera si vous retrouvez dans peu de temps Inward Destruction en libre téléchargement sur le net ? Je ne vais pas le faire, c'est loin d'être mon genre d'aller faire pareille chose avec le travail des autres mais je suis certain qu'un de ces jours, le disque y sera... Quel est votre avis là-dessus ?
De notre point de vu personnel, ça ne nous dérange pas plus que cela car notre objectif n'a jamais été financier. Maintenant, à partir du moment où l'album sera distribué, il serait difficile de ne pas soutenir le label afin que celui-ci puisse avoir les ressources nécessaires pour continuer à promouvoir la scène. Surtout qu'ici il ne s'agit pas de gros labels sujets à polémiques, mais de passionnés qui sont les fondations indispensables du Black Metal.
Que faut-il retenir de GRIMLORD et qu'est-ce que ne fera jamais la horde ?
Comme nous l'avons évoqué précédemment, nous fonctionnons par instinct. Maintenant nous ne trahirons jamais le style musical du groupe. Cela ne nous dérange pas d'expérimenter divers horizons musicaux (dans certaines limites...) à partir du moment où nous officions sous un autre nom. Trop souvent des groupes n'ont pas le courage de changer le nom de leur groupe alors que leur musique n'a plus aucun rapport avec les bases qu'ils avaient posés (je pense que tu peux trouver pas mal d'exemples).
Sempiternelle et rituelle question de La Voix des Ombres : quels sont les trois adjectifs qui définissent le mieux la personnalité musicale de GRIMLORD ?
Agressive, Mélodique et unique.
Qu'est-ce qui est passé dans la platine pendant cette interview ?
Juste le silence...
Inward Destruction plaira certainement aux amateurs de Black Metal à l'ancienne, notamment Suédois, avec une pointe de Death et qui transpire une époque passée ! Il leur faudra aussi plusieurs écoutes avant de bien le comprendre. Bref, je vous souhaite le meilleur pour sa sortie ! Les derniers mots sont pour GRIMLORD !
Merci à toi pour cette interview et merci à tout ceux qui supportent la scène underground.
Je rappelle aussi que nous sommes a la recherche d'un nouveau batteur alors si le style de GRIMLORD vous inspire vous pouvez toujours nous contacter...
25 mai 2009
AND SUMMER DIES - The Chaotic Chronicle
Je préfèrerais toujours qu'un groupe me dise qu'il n'invente pas la poudre plutôt qu'un autre qui ne veut rien savoir et est persuadé de posséder sinon de l'originalité, au moins de la personnalité... Aujourd'hui il est si difficile d'innover (hormis en bâtardisant le metal, en mélangeant les genres, c'est tout ce qui reste) qu'il est vraiment compliqué de se dire qu'on trace de nouvelles routes dans la forêt vierge... Et pour la personnalité, c'est bien simple : il faut déjà en avoir une bien trempée pour qu'elle transpire dans sa musique ou dans toute oeuvre d'art. Il faut savoir prendre des risques, faire voler en éclats ses propres limites pour oser prétendre faire une musique personnelle... de personnalité. Bref, AND SUMMER DIES assume entièrement de ne rien changer à la face du metal et on ne pourra pas leur en vouloir de jouer carte sur table.
Vous vous rappelez les premiers PARADISE LOST et cette petite vague de Black/Death mélodique venue de Suède dans la première moitié des 90 ? Et le Black mélodique anglais est un sous-genre qui vous séduit ? Bien ! Vous leur trouverez des suivants dans ces inconnus d'AND SUMMER DIES avec cet album à la teinte étonnamment si peu française, un L.P téléchargeable sur leur myspace : The Chaotic Chronicle. Musicalement, l'album s'écoute facilement car tout est superbement huilé. Les mélodies mélancoliques développent un univers sombre et presque gothique et c'est ce qui fait le charme de ce disque, soutenues par une batterie énergique et portées par un chanteur à sa place et bien bon. La pointe orientaliste est ici très légère et ne pourra pas vraiment servir de plus-value. C'est sûr que le quintet d'AND SUMMER DIES va galérer à trouver preneur en proposant du réchauffé. Mais il y aura toujours des adeptes pour ce genre de metal et franchement, je trouve ce disque bon : il connaitra à mon avis un succès d'estime, et c'est déjà mieux qu'un oubli !
Faisons le tour du propriétaire : six titres solidement charpentés avec une excellente production faite maison. The Chaotic Chronicle forme un ensemble compact et très cohérent – duquel il est ardu d'extirper un titre plus qu'un autre – d'une durée de quarante-deux minutes. Déjà, The Chaotic Chronicle a tout d'un grand, et ce n'est pas tout. Car je dois souligner que les gaillards maitrisent vraiment leur sujet, le genre dans lequel ils évoluent et dont ils connaissent les ficelles : ils sont perfectionnistes et cela s'entend, sans nul doute possible sur ce point. Techniquement, AND SUMMER DIES assure un max dans toutes les parties, des instruments à la production, de l'art de structurer ses morceaux jusqu'à celui de l'artwork (et Fred au micro est vraiment très bon). De fait, je n'ai pas vraiment de reproche à formuler envers The Chaotic Chronicle - sauf peut-être qu'il lui manque un hymne se détachant du bloc.
J'exprimerais seulement le regret que tout ce talent au service d'un genre éculé ne trouvera peut-être pas sa place dans le catalogue d'un label, entre un Black Metal conquérant et prenant une place titanesque sur le marché du metal extrême, et les actuels revival Thrash et Death. Peut-être faudrait-il à AND SUMMER DIES un label anglais ou nordique misant sur le... Revival du genre ? Faut voir jusqu'où ces Vendéens porteront leur disque. En tous cas, AND SUMMER DIES s'impose avec un The Chaotic Chronicle fabuleux, même si loin de toute originalité. Bonne chance à eux.
AND SUMMER DIES - Plaisir, Profondeur, Partage...
« Que faut-il retenir d'AND SUMMER DIES ? Notre nom, vous devriez en entendre de nouveau parler très prochainement ». Est-ce annonciateur ? On dirait bien ! Car AND SUMMER DIES possède un bon paquet de qualités qui font de ce quintet une valeur sûr en matière de Death/Black mélodique aux teintes gothiques... The Chaotic Chronicle, leur album, vaut vraiment le détour pour qui aime les productions de la première moitié des 90's. Jérôme et Frédéric répondent à mes questions (mai 2009).
Bienvenue en Enfer AND SUMMER DIES ! Vous venez de sortir votre deuxième démo, The Chaotic Chronicle où je vous découvre donc ! Enfin, c'est pas vraiment une démo, mais un album non ? Six titres, quarante-deux minutes... D'ailleurs, qu'en dit-on jusque ici ? Vous avez déjà des chroniques à son sujet ?
Jérôme : Salut Guudrath, je t'accorde en effet que 42 minutes, c'est plus un format album, l'objectif initial était d'enregistrer une trace de notre travail dans l'optique d'un enregistrement studio. The Chaotic Chronicle n'était donc pas destiné au départ à être chroniqué ni commercialisé. A ce jour, une dizaine de chroniques sont parues ou à paraître dans les principaux webzines de métal français, tels que Metal Impact, Metalorgie ou Violent Solution. L'accueil de notre travail s'avère très enthousiaste.
Vous mélangez les genres : Death Mélodique, un fond de Black... vous piochez à la fois chez les Anglais et à la fois chez les Suédois – quelles sont donc les groupes qui ont aidé AND SUMMER DIES à forger son identité ? Quels sont les disques qui ont contribué à son édification – des albums dont vous vous dites « faut au moins qu'on parvienne à cette hauteur-là ! » ?
J. : Nos influences sont très diverses et ne se limitent pas à la scène métal. On peut tout de même citer parmis nos influences communes des formations telles que : Dimmu Borgir, Satyricon, Enslaved, Vintersorg, Borknagar ou Death. Un album comme « Terria » de Devin Townsend est le genre d'ovni qui nous rappelle que la route est encore longue mais qui donne envie de travailler encore plus dur.
Je vous avoue que j'ai l'impression de faire un bond dix ans en arrière ! Vous n'avez pas peur qu'on se désintéresse de vous, ou bien que l'on vous range dans les « déjà entendus » ? Comment défendez-vous The Chaotic Chronicle ? A votre avis, à qui plaira-t-il ?
J. : La majeure partie des chefs d'oeuvre du métal ont été composés lors de la dernière décennie et il est donc normal que l'on retrouve des influences évidentes dans notre musique.
Cependant, notre dernier opus est loin de sonner comme un bon vieux Sepultura et tant bien même qu'il y aurait-il de mal à cela ? Pour le reste, nous ne cherchons pas à proposer un produit marketing dont les catalogues et autres webzines sont aujourd'hui saturés, juste une musique émotionnellement forte et personnelle. « The Chaotic Chronicle » n'a pas pour ambition de révolutionner quoi que ce soit, c'est avant tout la concrétisation d'une aventure humaine. Il plaira sans doute à tous ceux qui n'ont pas de barrières, qui recherche autre chose que de la musique formatée.
Quelles sont les différences notables entre The Chaotic Chronicle et le précédent effort, Eternal Soul, sorti en 2004 ?
J. : Cinq longues années sont passées depuis Eternal Soul et de nouveaux éléments sont venus enrichir notre musique tels que l'utilisation d'orchestrations et de solii, l'incorporation de blast beats… en raison notamment d'un changement de line-up, chaque membre apportant sa pierre à l'édifice.
Vous avez mis The Chaotic Chronicle en libre téléchargement – pour quelle raison ? N'est-ce pas avoir une faible opinion de son travail ? Vous n'avez pas fait ce disque par-dessus la jambe je crois ?
J. : Nous avons fait le choix de mettre notre opus en téléchargement libre afin de pouvoir le rendre accessible à tous. Je pense que la musique comme l'Art se doit d'être universel. Nous sommes très fiers de notre travail et de pouvoir être écoutés aux quatre coins du globe.
Vous cherchez un label pour vous produire ? Quel type ? Quelles sont vos attentes ? Avez-vous déjà des propositions ?
J. : AND SUMMER DIES travaille avec deux net-labels pour la France, Ekleipsi et Wildness Records, qui assurent notre promotion à travers différentes plate-formes musicales du web. Nous avons aussi des propositions de labels étrangers en discussion.
Je vois que Frédéric Modine a également un projet solo de Death Metal, NOCTURN DEAMBULATION, et je lis également qu'il est à l'origine de toute la musique d'AND SUMMER DIES ! Faut-il en conclure que ce dernier est un side-project ?
J. : Je ne sais pas d’où proviennent ces informations mais non, je ne suis pas l’auteur de la totalité de cet opus et loin de là ! J’ai participé à la réalisation de celui-ci en écrivant les lignes du chant ainsi que de l’orchestration mais concernant les guitares, la basse et la batterie c’est simplement l’œuvre de mes camarades.
Présentez-nous AND SUMMER DIES : quand et où le groupe a-t-il vu le jour ? Qui trouve-t-on dans le line-up ? Quelles sont vos motivations et objectifs ? Pourquoi un tel nom de groupe ?
Frédéric : Le groupe à vu le jour courant de l'année 2003 en Vendée suite à la réunion de deux projets.
Le line-up actuel est composé de moi-même, Frédéric Modine (chant et orchestration), Nasrollah Hitmi (Guitare), David Blusseau (Guitare), Jérôme Poissonnet (basse) et Romain Blusseau (batterie)
Notre motivation est de créer ensemble un univers musical qui nous est propre, inspiré de chacun de nous. Le nom du groupe a été trouvé à l’aide des internautes. En effet, la difficulté de trouver un nom se pose pour la plupart des projets et nous n’y avons pas échappé. Le line-up de l’époque a donc eu l’idée de lancer un concours sur le forum de Vs, le but étant de trouver un nom au groupe en concordance avec sa musique. Ainsi après une cinquantaine de réponses, le groupe a retenu celui d' AND SUMMER DIES .
Le clavier n'est pas crédité – qui s'en charge ??? Et pourquoi n'est-il pas crédité alors qu'il tient une place prépondérante dans The Chaotic Chronicle ???
F. :
J’ai utilisé le terme orchestration pour regrouper l’ensemble
des instruments de registre classique et qui sont utilisés de part
et d’autre de nos compositions. Des instruments bien évidement
joué à l’aide d’un clavier mais ce terme est à mon gout trop
simpliste et n’est pas représentatif de la place occupée par cet
instrument ou devrais-je dire ce multi-instruments.
C’est donc
moi qui compose et qui ait enregistré l’orchestration sur notre
nouvelle démo mais je n’assurerai pas le clavier sur scène.
Je
préfère me focaliser sur le chant qui demande déjà une grande
concentration.
Nous allons prochainement, pour supprimer le
playback orchestral, intégrer un claviériste scénique.
Etes-vous perfectionnistes ? Et élitistes ? Que pensez-vous de l'underground ?
J. : A l'évidence, il nous tient à coeur de bien faire les choses, on peut donc dire en effet que nous sommes perfectionnistes mais nous ne sommes pas élitistes, du moins, ce n'est pas le but recherché. A chacun sa notion de l'underground, mais il est vrai que nous nous inscrivons dans cette démarche artistique tant nous tenons à rester maître de notre musique et de nos choix.
Avec un titre pareil, je suis presque sûr que cet album tourne autour d'une histoire ahah, ou d'un « concept » - quel est-il ? Que racontent ces chroniques chaotiques ? Il y a quelque chose de foncièrement « dépressivo-romantico-gothique » dans AND SUMMER DIES... Je me trompe ?
F. : Ce concept conte les méandres de la grande doctrine humaine sous ces différents aspects : religieux, social et politique. Le déroulement de cette démo inspire à un retour en arrière avec des ambiances médiévales mais ce n’est qu’un simple support, le fond n’est en faite pas un sujet dépassé. Il est en effet le cœur du problème depuis très longtemps voir depuis le début mais cela reste, et à mon humble avis, restera un problème qui perdura éternellement. Sauf si bien-sûr nous arrivons à changer la nature de l’homme !
Il y a des influences orientales dans The Chaotic Chronicle – d'où viennent-elles ?
J. : Les influences orientales viennent en partie de l'héritage culturel de Nasro, notre guitariste marocain, qui apporte sa patte, de toute évidence sur bon nombre de solos.
Quelle est votre conception du Chaos ?
F. : Le chaos est selon moi un mot imbibé de noirceur inspirant donc le désordre et une profonde souffrance.
Comment s'est construit The Chaotic Chronicle ? Qui est le compositeur attitré – s'il existe ?! Combien de temps cela vous a-t-il pris pour le mettre en forme ?
J. : Le travail de composition au sein d'AND SUMMER DIES est généralement un effort collectif et ce dernier opus n'échappe pas à la règle. Cependant, notre musique est très largement construite à partir des riffs guitares pensés par David, qui est jusque là, le compositeur majeur du groupe. La naissance de The Chaotic Chronicle a nécessité une période de gestation d'un peu plus de deux ans.
Vous êtes passés en studio pour l'enregistrement, ou c'est du fait-maison ? En tous cas, le son est plus que correct pour un tel format ! Comment s'est passée cette phase ?
J. : C'est de l'autoproduction underground pure et dure, des premières prises de son au mastering final en passant aussi par l'artwork. Elle a été réalisée dans un délai relativement bref, même si la batterie nous a donné du fil à retordre. Nous sommes débutants dans ce type d'exercice et c'est vrai qu'au final, il n'y a pas à rougir du résultat. Les prises de son ont été effectuées sur nos jours de repos chez David à l'aide du logiciel Cubase. Frédéric et Nasro ont enregistré leurs parties à distance, le tout étant mis en commun pour le travail de mixage et de mastering par la suite.
L'artwork est fait de photos d'une église ou d'une cathédrale – où les avez-vous prises ? Quelle est votre rapport à la croyance, et que pensez-vous des religions et de leurs croyants ?
J. : L'artwork a été conçu conjointement par Frédéric et moi-même. Le visuel est une photo modifiée de Notre-Dame de Paris. Nous respectons les croyances de chacun, ce qui nous intéresse dans le sujet est le rapport étroit entre religion et pouvoir. Le poids qu'elle a pu avoir sur la destiné de millions de personnes au cours de l'histoire humaine, ses dérives, ses côtés obscures et ambigus.
Y'a-t-il des écrivains qui ont également contribué à nourrir l'esprit d'AND SUMMER DIES ?
F. : Aucun écrit ne m’a vraiment influencé. Là encore j’ai plutôt été influencé par le langage musical. J’ai simplement retranscrit ce que nos compositions m’ont fait ressentir et j’ai essayé de relier celles-ci en écrivant des paroles englobant un thème ciblé afin que le tout soit harmonisé conceptuellement.
Aujourd'hui, en être-vous satisfaits, ou bien vous aimeriez en changer certains points ? Lesquels ?
J. : Nous sommes très satisfaits de ce que nous avons réalisé de nos mains cependant, le point principal à améliorer est de toute évidence la production. Ce devrait plus être un problème sur notre prochain album.
Quelles formations de votre région soutient AND SUMMER DIES ? Vous avez entendu parler de WEDDING IN HADES, interviewé ici-même ?
J. : Nous avons des contacts avec plusieurs groupes de notre région et d'ailleurs, nous allons partager la scène avec des formations aussi variés que Drain Tribe, Sephiroth, Decline Of Sanity ou E-Nora. Wedding In Hades fait parti de nos amis sur myspace mais j'avoue ne pas m'être penché sur leur musique, ce que je ferais dès que possible.
Que voyiez-vous à l'horizon ? Des concerts ? Un autre album eheh ?
J. : Des concerts en priorité avec notamment deux rendez-vous importants au Ferrailleur à Nantes, en compagnie de Drain Tribe en août puis en première partie d'E-Nora en novembre. Puis, un nouvel album rapidement, c'est certain. Un contrat avec un label métal national pourquoi pas.
Si l'on veut entrer en contact avec vous... Où vous écrit-on ? Et pour avoir une copie en plastique et papier de The Chaotic Chronicle ?
F. : Rien de plus simple, vous pouvez nous contacter via la messagerie du groupe andsummerdies@orange.fr, sur notre myspace ou par le biais de nos net labels, pour toutes demande de cds, booking, distribution …
Trois adjectifs pour définir la personnalité d'AND SUMMER DIES ?
F. : AND SUMMER DIES c’est avant tout un groupe jouant pour le PLAISIR, puisant sa créativité en PROFONDEUR afin de faire PARTAGER sa musique à tous !
Que faut-il retenir d'AND SUMMER DIES ?
J. : Notre nom, vous devriez en entendre de nouveau parler très prochainement
Qu'est-ce que ne fera jamais AND SUMMER DIES ?
J. : Vendre son âme au diable !!!
The Chaotic Chronicle n'est pas mon pain quotidien, mais ce petit retour en arrière me rend nostalgique eheh ! De plus, vous assurez grave techniquement et vous avez une approche professionnelle que l'on ne pourra pas vous reprocher ! Je vous souhaite bonne route, the Chaotic Chronicle est loin d'être mauvais ! Les derniers mots sont pour AND SUMMER DIES !
AND SUMMER DIES : Nous comptons sur votre soutiens à tous en live.
12 mai 2009
News
Hailz tout le monde.
En ce moment, c'est le silence radio - un mois de mai bien calme comparé aux précédents.
Bah oui, ma santé décline un peu là, et puis je cours toujours après le temps.
Egalement, le doute m'envahit en ce moment, j'aspire à d'autres choses et La Voix des Ombres je l'ai subitement remisée quelque peu...
Je crois que le rythme va donc ralentir, jusqu'à ce que cette passion ne soit plus... un fardeau.
A bientot.
06 mai 2009
PENSEES NOCTURNES - Vacuum
La ville n'est jamais calme. On espérerait qu'à la nuit tombée, les rues soient désertées – que le flot des gens et des voitures, que les innombrables sons et cette pollution innommable s'arrêtent pour de bon. Mais en réalité, non : la vie humaine ne s'arrête pas simplement parce que la terre passe du jour à la nuit... Et le béton, les sons, les gens – surtout ceux qui vivent la nuit, bêtement – sont encore et toujours là... La « campagne » offre elle déjà plus de calme. Mais même elle pas le calme plat... Comment aimer la ville ? Ces murs de bétons, ces rubans de bitume et toute cette agitation ? Comment goûter à cette lieux inhumains ?
A priori, me connaissant, c'était loin d'être gagné pour que j'apprécie ce disque de Black Metal aux tendances dépressives. J'avais peur du « symphonique » qui se marie bien souvent très mal avec le Black Metal et le dénature profondément... Mais ici... Vaerohn fait bien les choses et comme il le dit, il n'utilise ses instruments classique que pour leur donner une forme de « musique classique » - on n'est loin du génie d'un Mozart ou d'un Debussy, mais quand même : le bougre s'en sort super bien. Il connait la musique et c'est pour ça que c'est si bien réussit. Si bien réussit ? Oui, il y aura toujours deux ou trois péquenots pour dire que « ceci n'est pas assez » ou « ceci est trop » ou que sais-je encore... Il y aura toujours des pleurnichards et des gens pour se plaindre, alors qu'ils ne savent pas faire le quart de ce qu'ils écoutent. Là où je veux en venir, c'est que Vaerohn dans ses PENSEES NOCTURNES a trouvé le mélange idéal des deux genres : le Black Metal est par essence simple musicalement et riche en émotions. Vaerohn poursuit de même avec ses instruments classiques. Techniquement, Vaerohn maîtrise et pas besoin d'en faire des tonnes, car l'émotion et les sentiments développés sont puissants.
A vrai dire, PENSEES NOCTURNES ne fait pas dans la musique classique, il use des outils classiques pour recréer des atmosphères mélancoliques dignes d'un XIXème siècle. Ses interventions me font plutôt penser à des films gothiques, comme Entretien avec un Vampire, et l'artwork – magnifique – va également dans ce sens selon moi. Bref, Vaerohn s'en sort vraiment bien, car tout cela s'imbrique à la perfection... Les alternances Classique/Black Metal se font naturellement, et l'homme passe d'un instrument à l'autre avec intelligence, avec sensibilité : il s'en sort aussi bien avec les uns qu'avec les autres. Tout en gardant une grande cohérence et aidé par une production elle aussi... magnifique.
Dans les constructions, Vacuum propose un Black Metal charpenté et efficace. On ressent la rigueur de la pensée du géniteur tout en apportant une sincérité profonde et une approche clinique du son. Cela rappèlera pas mal de productions québécoises, spécialistes du style. Les six pistes (une heure de musique, vous en aurez pour votre argent) forment un bloc solide, et ça n'aurait fait qu'une piste que cela n'aurait pas changé grand chose à l'affaire. Seul le Coups de Blues fait un peu tâche. Son surprenant passage de Blues/Jazz, sur fond d'orage est inattendu et bien qu'il soit agréable, il me semble inapproprié dans ce Vacuum. Mais bon, j'en rajoute pour faire un peu chier le monde car en vérité, j'ai rien à lui reprocher à ce disque...
Enfin, niveau émotion, le contraste est pour moi est évident : l'appel aux instruments classiques ne renvoient absolument pas aux machines industriels de la vie urbaine/industrielle contemporaine... il y a erreur de discours de la part de Vaerohn, qui aurait mieux s'il voulait vraiment évoquer la folie d'une cité bétonnée sans jour ni nuit, tailladée par la vitesse et étouffée par la pollution. Je me sens nettement plus immergé dans le romantisme décadent d'un Paris ou d'une Londres d'il y a deux siècles que dans celle-ci à notre époque – pour ressentir cela, j'écouterais plutôt DIAPSIQUIR...
En somme, Vaerohn nous dévoile au travers de ses PENSEES NOCTURNES un opus magistral. Je ne suis pas sûr qu'il renouvelle le genre, mais au moins, il l'aère sensiblement avec son Vacuum. Ce qui est certain par contre, c'est que c'est une réussite du côté de l'artiste, mais aussi pour les Les Acteurs de l'Ombre côté productions- reste aux lecteurs à bien vouloir plonger dans cet univers de désespoir. Les PENSEES NOCTURNES de Vaerohn sont délicieuses, chargées de poussières et de cendres. Et vous... quelles sont vos pensées nocturnes ?
PENSEES NOCTURNES - Affranchi, Désabusé & Vain...
C'est un pari réussi à mon avis. Celui d'un groupe tout récent et l'oeuvre d'un homme, sortant un magnifique premier album, Vacuum. Et celui d'un label fraichement débarqué bénéficiant d'une longue expérience dans le milieu du metal extrême : Les Acteurs de l'Ombre Productions, qui sortent de l'ombre pour produire ces PENSEES NOCTURNES, dont l'artiste aux commandes, Vaerohn, a répondu avec un sérieux exemplaires à mes questions – attention, vous allez avoir de la lecture ! Merci à ces personnes. (mai 2009).
Bienvenue Vaerohn et à tes PENSEES NOCTURNES ! Ton album Vacuum vient de sortir ce 3 avril 2009 – je crois que tu as déjà des réactions, des chroniques en tous genres : alors qu'en dit-on justement ? Tes attentes sont-elles satisfaites, ou bien es-tu déçu des réactions ?
On me pose régulièrement la question ! En novice de ce genre d’expérience, je pensais dans un premier temps pouvoir bénéficier des critiques pour avancer, ou du moins prendre plus facilement du recul car il est toujours peu évident de qualifier son propre travail. Objectifs, nos proches avec toute la bonne volonté du monde ne le sont jamais totalement et j’attendais donc ces chroniques avec une certaine impatience. Malheureusement force est de constater que les avis sont si divergents et contradictoires que je me suis résigné à ne pas trop me perdre dans ce brouillard de mots, que les dires soient ou non élogieux. Pour te donner une idée, certains ont même rapproché cet opus de SPEKTR… Je crois que la comparaison est loin d’être valorisante, et pour les deux parties ! L’essentiel est de savoir où l’on met les pieds et je n’ai à ce jour aucun souci pour cela. Qu’importe ce que peuvent baver certaine plumes complaisantes.
Vacuum est un terme latin pour désigner le vide – d'où le terme de vacuité. C'est aussi une pompe (« aspirateur » en anglais) à érection huhu (politico-correctement dit : un érecteur à dépression). J'imagine que tu as donné le titre de cet album en fonction de la première acception : Vacuum est-il un album conceptuel ? Pourquoi t'attacher au Vide ? Explique nous tes relations intellectuelles et spirituelles avec ce concept et si possible, la relation du Vide avec la Ville...
En effet rien de bien sexuel dans PENSEES NOCTURNES. « Vacuum » met en exergue l’inanité des aspirations des hommes. Religions, causes humanitaires ou autres, idéaux philosophes, combats politiques : de pratiques moyens de mettre un voile sur ce vide patent et d’animer un espoir ineffable en tentant de justifier notre futile existence. Nous faisons passer le temps. Comme si la vie se résumait en l’ensemble des illusions qui permettent de ne pas penser à la vie, à notre condition. Qui pourrait se targuer d’être maître de sa vie et de pouvoir attribuer une signification existentielle à chacun de ses faits et gestes ? « Vacuum » dépeint donc paradoxalement une vision nihiliste de la vie qui voit en la musique ou tout autre générateur de fantasme une fin en soi, la seule alternative. « La vie veut l’illusion » et quel meilleur moyen pour y parvenir qu’une harmonie envoûtante ?
Quant à la ville, comment ne pas voir la mort et la vanité dans ces amas de béton, l’expression même de l’inclination des hommes à se laisser guider par fantasme plus que par logique. Mais nous en reparlerons je crois.
Y'a-t-il eu des démos avant Vacuum ? Quelle est ta piste préférée ?
« Vacuum » est la première production de PENSEES NOCTURNES, c’est aussi ma première création. J’étais assez satisfait du son (pour un premier essai) et Les Acteurs de l’Ombre Productions ont accepté de prendre le risque de lancer un groupe inconnu. D’où le fait qu’il n’y ait pas eu de démo avant cet album.
Quant à ma piste préférée, je ne crois sincèrement pas qu’il y en ait une. Chacune a sa personnalité et reflète quelque chose de propre mais tant musicalement qu’émotionnellement je serais incapable de les classer ! Tout dépend l’état d’esprit dans lequel je suis, de ce que je cherchais au moment présent.
Combien de temps cela t'a-t-il pris pour terminer Vacuum ? Je veux dire, des premières notes jusqu'à ce que tu démarche les labels ? L'as-tu trouvé rapidement ? Es-tu satisfait du deal et de l'investissement des Acteurs de l'Ombre ?
J’ai commencé à travailler sur cet album en août dernier et j’ai fini de le mixer au début de l’année. Gerald, ancien président de l’association, m’avait tenu informé de son intention de monter un label depuis quelques temps. Ayant de suite accroché à « Vacuum » la collaboration a été assez naturelle. Même si le concept tournait depuis un moment dans ma tête la production de cet album a finalement été assez rapide.
Seulement un mois après la sortie, et quand bien même « Vacuum » est leur première expérience, dire que je suis satisfait de l’investissement que les Acteurs de l’Ombre ont fourni est loin de refléter la réalité. Je me rends finalement compte que l’argent ne fait pas tout et que l’on peut faire bouger les choses avec la motivation nécessaire. Pour un groupe partant de rien je pense que PENSEES NOCTURNES a obtenu bien plus qu’en signant sur n’importe quel label daignant l’accepter ce qui était loin d’être chose facile à la vue du risque à prendre.
Tu as signé chez les Acteurs de l'Ombre, un webzine à l'origine très connu pour ses concerts et festivals dans la capitale, ainsi que son site (qui a planté on dirait bien). Vacuum est désormais leur première sortie en tant que « producteur » : en es-tu fier ? Pourquoi eux, et pas un label qui a « pignon sur rue » ? Ils parient gros sur toi, avec mille copies d'un coup ! Pas trop de pression ?
Avant de répondre, je tiens à préciser que le site des Acteurs de l’Ombre a été totalement reconstruit et j’invite donc tous les lecteurs à y faire un tour.
C’est une fierté mais aussi un grand privilège pour un groupe inconnu tel que PENSEES NOCTURNES. L’association est réputée pour sa motivation et son sérieux tant au niveau du public que des groupes, même si certains rigolos pensent qu’il est plus valorisant de passer son temps à écrire des mails d’insulte digne d’un adolescent pré-pubère le bas-ventre tout émoustillé, que de faire bouger les choses. C’était donc un choix assez naturel. Partant de « rien » on ne peut pas parler d’un risque immodéré mais comme dit précédemment c’est avec un peu de recul une véritable chance.
Ils ont en effet pris un pari assez osé en lançant un groupe inconnu, qui ne fait pas de concert, évoluant dans un style peu banal et je te l’accorde aussi mille copies est un nombre important, surtout par les circonstances que l’on connait. Mais il faut garder en tête que Les Acteurs de l’Ombre étant une association l’objectif n’est pas d’entasser les masses d’argent mais bien d’œuvrer pour quelque chose en laquelle ils croient. « Vacuum » a été le coup de cœur qui les a incité à se lancer dans l’aventure. Comme il m’arrive assez souvent de le préciser, ce qu’adviendra « Vacuum » ne me fait ni chaud ni froid, mais il est clair que je souhaite de tout cœur que la sortie soit rentabilisée.
Je n'ai connu PENSEES NOCTURNES que peu de mois avant la sortie de Vacuum : peux-tu donc nous présenter ce « groupe » dont tu es le seul maître ? As-tu joué dans d'autres formations ? Pourquoi as-tu fondé PENSEES NOCTURNES ? Pourquoi es-tu seul ? Quelles sont tes motivations, tes objectifs ?
La difficulté d’entrer en véritable symbiose au sein d’un groupe au point d’être totalement satisfait de tous les choix effectués m’a poussé à fonder ce projet solo. Œuvrer à plusieurs est une démarche évidement plus créative mais implique d’accepter les concessions, peu évident dans le domaine artistique. PENSEES NOCTURNES me permet de laisser libre cours à mon imagination, sans avoir à prendre en compte d’autre facteur que mes divagations. Y prennent donc place les genres avec lesquels j’ai des affinités, l’objectif étant de coller au mieux à mes aspirations. Malgré son efficacité indiscutable le Black Metal tourne autour d’un spectre d’émotion très restreint et diversifier les sonorités permet de coller au mieux à l’esprit. Le fait d’être seul entraine une liberté indéniable, au niveau de la composition mais surtout dans le choix des instruments ! Un groupe de Pagan possédant une flûte, un accordéon ou je ne sais quel autre pipeau ancestral a en quelque sorte l’obligation de le faire participer à tous ces morceaux. Je peux quant à moi si je le désire inclure un unique coup de triangle (pour jouer avec les clichés) sur tout l’album sans avoir à me préoccuper que le musicien risque de se tourner le triangle le reste du temps. Le fait d’évoluer seul a clairement pour dessein de se libérer au maximum des considérations matérielles et des us et coutumes du genre afin de créer une musique parfaitement représentative de mes idées. J’ai déjà eu l’occasion d’évoluer dans divers formations (Blues, Death, Black) et j’officie actuellement dans VALHÔLL avec qui nous avons fait la première partie du Cernunnos Pagan Fest en décembre 2008.
P.N. ce n'est pas PESTE NOIRE ! Pourquoi donc as-tu nommé ce projet PENSEES NOCTURNES ? Ta musique est-elle le fruit de tes réflexions, de tes divagations ?
Le clin d’œil à PESTE NOIRE importunera plus Famine que moi (même si j’éviterais je me prononcer sur « Ballade Cuntre Lo Anemi Francor ») ! Je voulais avec PENSEES NOCTURNES reproduire ce que l’on peut ressentir le soir à l’écoute d’une musique si profonde et prenante que la linéarité du temps perd toute signification. Les ambitions stériles qui nous conduisent la journée s’étant assoupies, la nuit est un moment privilégié avec soi-même. C’est une heure d’interrogation où l’absurde règne et annihile tout semblant de réponse boiteuse. Ce nom est aussi un hommage à Chopin, génie romantique dont les pièces pour piano peuvent faire voyager très loin… PENSEES NOCTURNES est en effet un chemin pour se perdre, un chemin sinueux ouvert par l’imagination sans contrainte convenue.
Dans quel état général as-tu composé ce disque ?
Comme tu peux t’en douter cet album n’est pas le fruit seul de quelques heures de travail… J’y ai passé un temps considérable et l’état d’esprit dans lequel je pouvais me trouver est difficilement résumable en quelques mots. Crainte, excitation, haine, peur, satisfaction, émerveillement, mépris, mélancolie... J’ai néanmoins la plupart du temps composé seul le soir.
Comment élabores-tu un titre de PENSEES NOCTURNES ? De quoi démarres-tu ? Quand t'arrêtes-tu ? T'arrive-t-il de te relever la nuit pour le modifier ou de le faire bien après ?
Je pars généralement d’une idée : une sonorité, une mélodie, une harmonie, une atmosphère, et je construis petit à petit, en ayant une vue précise de ce que je veux obtenir mais sans savoir comment j’y parviendrais. Le processus de composition est alors un vrai labyrinthe, avec son lot d’allers-retours, ses égarements, ses temps de pause aussi. Je procède comme je l’ai toujours fait pour la musique, par tâtonnement et essais plus ou moins fructueux. Il m’arrive de travailler des heures sur une structure pour finalement revenir quelques jours après et tout recommencer. La technique ou l’excitation ne peuvent en aucun cas être le fondement du choix final et il ne faut pas hésiter à prendre du recul en revenant plus tard pour vérifier que l’on ne s’est pas trop laissé abuser. La complexité d’une orchestration ou d’une structure n’est pas garant de son efficacité.
C’est un processus à la fois contrariant car il n’est jamais agréable de s’échiner pour rien et permissif dans le sens ou rien n’entrave la créativité : on essaie et on juge ensuite. En ce sens, souhaitant toujours ajouter ou tenter autre chose j’ai généralement du mal à conclure.
Quant aux modifications elles sont incessantes. Malgré le fait qu’il est nécessaire de s’arrêter de temps à autre pour prendre du recul, je ne peux m’empêcher de revenir constamment pour changer des détails (à tout moment de la journée ou de la nuit).
Outre la batterie, pour laquelle je me pose aussi la question, quels sont les instruments classiques qui entrent dans la composition de Vacuum ? Qui interprète les partitions – et qui les a écrites ? As-tu une formation musicale de conservatoire ? Quel était le but à atteindre avec ces parties classiques ?
Ne pas se réduire au Black Metal permet d’atteindre un spectre d’émotion plus large : un des atouts de la « Musique Classique » est d’ajouter un peu plus de dynamique afin de couper cette linéarité. Quelle sensation préfères-tu lorsque tu conduis : accélérer de 0 à 100 km en quelques secondes ou bien rester à 130 km durant des dizaines de minutes ? L’esprit s’habitue à la violence et au volume élevé et c’est la raison pour laquelle ces passages se retrouvent plus sous la forme de paroxysme dans la « Musique Classique ». Il est assez frustrant de se dire que l’on ne peut faire durer ces moments de plaisir intense durant des heures mais à bien y réfléchir tout suit une règle semblable…
J’ai l’opportunité d’être encadré par un grand nombre de musiciens ce qui me donne accès à pas mal de matériel et d’instruments. Excepté l’improvisation au piano sur « Dés-espoir », j’ai tout composé et j’ai joué des instruments que je maîtrise, les autres étant de la simulation. Je tenais à ce que ce « Vacuum » soit la représentation précise de ce que je souhaitais exprimer. Je n’exclue pas pour la suite de faire appel à d’autres musiciens maîtrisant mieux que moi leurs instruments mais je suis assez satisfait du résultat.
Excepté quelques années de piano assez vite oubliées je n’ai jamais suivi de formation particulière, tant pour la composition que pour l’interprétation et le travail du son. J’ai toujours avancé par tâtonnement et c’est sûrement ce qui apporte une telle personnalité à PENSEES NOCTURNES malgré peut-être une certaine naïveté.
Les textes ont leur importance dans ces PENSEES NOCTURNES ! Parle-nous de ceux-ci s'il-te-plait ! Que racontent-ils ? Et de qui sont-ils, puisque l'on dirait bien qu'ils sont l'oeuvre de plusieurs personnes ? Enfin, pourquoi n'y a-t-il pas ceux de Flore ?
Chaque morceau a sa personnalité. Les thèmes tournent autour de la solitude, de la haine de soi et du monde, de la nature… Je souhaitais des paroles à l’image de la musique. Un morceau évolue en fonction d’un grand nombre de facteurs : état d’esprit et passé de l’auditeur, nombre d’écoutes, environnement, support audio, écoute collective ou solitaire… Il est indispensable de laisser une marge de manœuvre pour que chacun puisse aborder les morceaux à sa manière. Fixer un concept avec des paroles trop précises entrave cruellement cela et c’est ce que j’ai tenté d’éviter. J’ai donc préféré des textes poétiques et rêveurs. On peut aborder le fond conceptuel de PENSEES NOCTURNES en interview par exemple, mais laisser une certaine souplesse à l’auditeur est primordial. En plus d’avoir écrit quelques textes j’ai souhaité rendre hommage à deux noms oubliés de la Poésie Française : Albert Giraud et Maurice Rollinat. Nous avons convenu avec le label que les paroles de Flore n’étaient pas suffisamment politiquement correctes pour être partagées.
L'enregistrement démontre une qualité sonore franchement excellente et adaptée au mélange des genres : où as-tu mis en boite Vacuum ? As-tu fait cela chez toi avec ton propre matériel ? Combien de temps cela t'a-t-il pris ? Es-tu satisfait au surplus ?
« Vacuum » a été enregistré et mixé par mes propres moyens car je souhaitais tenir les rênes sur tous les plans pour matérialiser le plus précisément possible mes aspirations. Le mastering a néanmoins été effectué au BST Studio car c’est un processus trop subtil pour être laissé à n’importe qui. Pour reprendre la question sur la composition, celle-ci est fortement liée à l’enregistrement car lorsqu’une idée me vient je ne m’en tiens pas seulement au papier mais la concrétise directement afin de pouvoir trancher consciemment. J’ai du mal à concevoir que l’on puisse entrer en studio sans avoir une idée de ce à quoi les morceaux ressembleront. L’imagination n’est pas garante de qualité, seulement de créativité. Connaissant mon mode de fonctionnement tu concevras qu’il ne m’est pas évident de te répondre sur le temps qu’il m’a fallu pour enregistrer.
En ce qui concerne le matériel j’ai la chance d’être entouré d’un nombre de musiciens suffisamment important pour avoir ce qu’il faut à ma disposition. C’est un premier essai et il y a quand même des choses que j’aurais aimé améliorer quand bien même tu trouves le son bon. Les guitares auraient mérité d’être plus travaillées par exemple mais encore faut-il avoir les moyens de se le permettre… Je suis dans l’ensemble assez satisfait du résultat.
Tu es passé par deux grands « noms » du Black français et parisiens, BST pour le mastering de Vacuum et XXX pour l'artwork : es-tu satisfaits du travail accompli par ces deux messieurs ? Je dirais qu'on a pas à se plaindre: le son est nickel, et l'artwork magnifique. Quel était ton niveau d'exigence ?
Pour le mastering, BST a pris le temps de savoir ce que je voulais pour faire quelque chose d’adapté à PENSEES NOCTURNES. Il ne fallait pas compresser le son à mort comme si l’on avait affaire à du Brutal Black. Malgré le fait que ce n’est pas vraiment le type de musique auquel il nous a habitué il a su travaillé le son comme il le fallait (pour rattraper un peu le mixage eh eh).
Quant à l’artwork, la cover est l’œuvre d’Asphyre.S et le lay-out le fait d’Alexxx, tous deux travaillant pour 3-Crosses. Ils ont réussi à coller une identité visuelle sur un projet pour lequel cela n’était pas évident, d’autant que les consignes étaient assez ouvertes pour leur laisser assez de liberté. Je suis vraiment satisfait de l’atmosphère qui se dégage de ces visuels, ils apportent une réelle personnalité à l’album. Et c’est sans mentionner le professionnalisme et la rapidité de leur travail. Bref rien à dire comme tu sembles le confirmer.
Vaerohn, tu maries Black Metal et musique classique, et tu compose celle-ci... Avec l'univers visuel développé dans l'artwork, tout cela donne un ton baroque quelque peu délicieux, qui bizarrement, me rappelle le film Entretien avec un Vampire ! Parle-nous tout d'abord de la relation que tu instaure entre le Black Metal et la musique classique ? En quelle proportion écoutes-tu celle-ci ? Quelles sont tes oeuvres favorites, tes époques de prédilection ?
Même si cela permet somme toute à tout un chacun de se faire une brève idée du projet, PENSEES NOCTURNES n’a pas la prétention de faire de la « Musique Classique » (étrange d’ailleurs le fait de réserver les majuscules au Black Metal). L’utilisation d’instruments dits classiques ne suffit pas à justifier une telle assimilation que beaucoup font trop vite à mon goût. Non pas que la comparaison ne soit pas élogieuse mais la simplicité des structures n’est pas aussi prestigieuse que certains voudraient le croire.
Assez paradoxalement je pense que le Black Metal et la Musique Classique s’opposent par essence. Le Black Metal tire son efficacité de la simplicité de ses structures (pour parler de généralités évidemment) et des distorsions très grasses des guitares, effet qui couvre une large bande spectrale et permet difficilement de faire ressortir d’autres instruments dans le mix. Plongés dans une distorsion crade, ceux-ci sont stérilisés et réduits à une simple mélodie.
Mais en outre que dire du tempo millimétré du Black Metal opposé aux variabilités incessantes de la Musique Classique, du volume constant après compressage abusif contre les nuances et les dynamiques si prenantes, des interprétations approximatives face à une rigoureuse précision etc. La philosophie est vraiment différente ! Néanmoins le fait de varier les ambiances permet d’obtenir un large spectre d’émotions et de degrés en mettant en avant les passages plus prenants comme dit précédemment.
J’écoute énormément de Musique Classique avec une préférence pour les périodes romantiques, postromantiques (surtout l’école russe) et contemporaines avec des compositeurs tels que Malher (Symphonie n°5), Tchaïkovski (la Pathétique), Chopin (Nocturnes, concerto n°1 pour piano), Dvorak (Symphonie du Nouveau Monde, Requiem, concerto pour violoncelle n°2), Moussorgski (Une Nuit Sur Le Mont Chauve), Chostakovitch ( Symphonie n°4 et n°11), Schonberg (Pierrot Lunaire), Dutilleux, Prokofiev (Roméo et Juliette, symphonie n°2), Grieg (Peer Gynt, Marche Funèbre en Mémoire de Rikard Nordraak), Berlioz (Symphonie Fantastique, Symphonie Funèbre et Triomphale).
Et en matière de Black Metal ? Comment conçois-tu celui-ci ? Tu es foncièrement ancré dans le Black Metal dit dépressif... Tu n'as pas opté pour du BALROG !
Comment conçois-je le Black Metal ? Mais peut être faudrait-il dans un premier temps s’attacher à spécifier ce que l’on entend par Black Metal ! L’abordons-nous uniquement sous l’aspect musical ou prenons-nous en compte les à-côtés sociétaux et conceptuels ? Dans les deux cas, est-il possible de clairement le délimiter, ou au moins le définir ? Sa complexité et sa diversité font que peu auraient la prétention de s’atteler à la tâche, sinon des sociologues présomptueux peu soucieux de réduire des individualités à des généralités, ou des puristes mégalomanes ayant la prétention de détenir la vérité ou du moins la signification d’un genre qui au final n’en est plus un. Le terme Black Metal est vide de sens aujourd’hui tant les sous-catégories sont multiples. Quelle ressemblance établir entre le Pagan et le Black Metal dit « True » ou encore l’industriel ? Le type de composition, les instruments, les émotions mises en jeu, les concepts, tout les sépare.
Ta question n’aborde donc pas tant ma définition du Black Metal que les « sous-genres » avec lesquels j’ai une affinité. Ma vision du Black Metal s’apparente à celle de la musique dans sa généralité : j’évite à tout prix de classer les groupes et les albums dans des catégories quelconques, conduite pratique mais tellement réductrice ! Je pars du principe que tout peut être bon et dès lors, toutes les facettes du genre m’intéressent : aussi bien la haine que la douceur, le malsain, la mélancolie, la beauté, la laideur, la complexité, la simplicité… Le fait d’avoir plus développé un point particulier n’est clairement pas le témoin d’un regard implicite négatif sur les autres.
Il y en a eu d'autres des hordes mêlant musique classique et Black Metal (le premier qui me vient à l'esprit : HOLLENTHON, mais c'est du Death huhu) : quels sont tes disques de Black Metal dont tu ne peux te séparer ? Aide-nous à nous faire une idée de la généalogie de PENSEES NOCTURNES afin de savoir comment celui-ci est né...
Mon ambition de coupler « Musique Classique » et Black Metal n’est pas le résultat d’un quelconque mimétisme mais l’expression d’une inclination assez naturelle. Pour essayer de te donner une idée de ce parcours, je me suis cocassement intéressé à la Musique Classique après avoir découvert « Redemption Process » d’ANOREXIA NERVOSA. Je ne suis pas crédule et il est évident que PENSEES NOCTURNES s’imprègne d’une manière ou d’une autre de ce qu’il m’arrive d’écouter mais je ne saurais honnêtement te dire quels opus s’avèrent les plus influents. En Black Metal Symphonique je citerais « Soulblight » et « Witchcraft » d’OBTAINED ENSLAVMENT. « Drudenhaus » et « Redemption Process » d’ANOREXIA NERVOSA, « Anthems to the welkin at dusk» d’EMPEROR, « Carriers Of Dust » de MIRRORTHRONE. Pour prendre le genre dans son ensemble : “Il était une forêt » de GRIS, « La Sanie des siècles - Panégyrique de la dégénérescence » de PESTE NOIRE, « Kénôse » de DEATHSPELL OMEGA, « Under The Sign Of Hell » de GORGOROTH, « Orthodoxyn » d’ARKHON INFAUSTUS. Il y en a beaucoup d’autres évidemment mais ce sont les cinq albums que je pense avoir le plus écouté jusqu’à aujourd’hui.
Quel genre de musique détestes-tu ?
La liste de ce que je déteste est vraiment imposante mais je l’établis avec un esprit critique peu soucieux des étiquettes stylistiques. Je préfère le cas par cas à l’évincement hâtif d’artistes pour la seule et unique raison qu’ils sont catalogués dans telle ou telle catégorie. Il me serait donc difficile de te répondre sinon à l’aide d’une liste détaillée. Les styles que j’apprécie sont très variés (je me suis même surpris à écouter du Bob Marley récemment) mais les émotions aussi, elles sont mêmes « contradictoires ». Il m’arrive régulièrement d’écouter la « Pastorale » de Beethoven ou la « Grande » de Schubert qui ne sont pas d’une mélancolie manifeste. C’est le propre de l’esprit que de vagabonder d’émotion en émotion et se réduire à un type de sentiment ou de degré ne peut déboucher que sur l’ennui et la linéarité et même l’absurde. Je peux aussi bien apprécier ce qui est simpliste que ce qui est complexe, la puissance ou la douceur, le profond ou le léger. Seule la musique m’importe (j’adore Carmen par exemple malgré les traditions dont il est question…), aussi je peux quand même t’avouer avoir une aversion assez acerbe pour tout ce qui est son électronique ou synthétique.
Vaerohn, te considères-tu comme élitiste ? Et underground ?
L’élitisme implique une notion de supériorité et dès lors de comparaison. Je ne me considère donc pas comme élitiste mais plus comme un individu à part, individu qui n’a pour ligne de conduite que de suivre ses aspirations au moment présent, sans se soucier de ce qui peut se passe autour de lui. Aucun instinct grégaire, aucune cause à défendre, aucune envie de surpasser qui que ce soit. On est donc bien loin de Nietzsche. J’en suis arrivé à un point où aucune cause profonde, aucune haine ne saurait m’aveugler suffisamment pour m’assurer une vie tranquille et fondée.
L’underground suppose un respect aveugle de règles, aussi implicites soient-elles, ce qui par essence tend à me faire fuir. Une musique que je considère comme de mauvaise qualité n’en devient pas plus intéressante parce qu’elle n’est pas partagée ! Et à l’inverse, ce ne sont pas la télé ou la grande médiatisation en général qui définissent ce que je ne déteste (même si le résultat est tout comme au final). Mais au préalable peut être faudrait-il aussi définir ce que tu entends par underground… Une chose est sûre, je m’en tiens dans la mesure du possible à ce que mes oreilles interprètent. Malgré cela il est évident que je n’oriente pas mes achats uniquement en fonction du mérite d’un groupe mais aussi de sa notoriété.
Je m’investis aussi pas mal dans la scène (organisation de concerts, webzine,…), il y a ceux qui parlent et ceux qui font, mais je m’en tiens toujours à ce qui me paraît le plus logique.
Es-tu guidé par une spiritualité particulière, un courant philosophique, une littérature ciblée ? Comment te définis-tu ?
J’ai beaucoup lu. Mais de ces lectures n’est ressortie qu’une certitude. Celle qu’aucun philosophe, aucun scientifique, aucun homme aussi génial soit-il n’a jamais trouvé la vérité, la solution, le sens. Lire peut probablement occuper, illusionner, permettre de s’instruire, de s’émouvoir, de faire voyager et même de changer une vie mais ne donnera jamais d’explication concrète de notre existence, la fin de ce film prenant mais si absurde. Je me suis tantôt retrouvé dans Le Monde comme Volonté et comme représentation, dans Le Gai Savoir ou même dans L’inconvénient d’être né. Mais une chose est sûre, toute lecture n’est pour moi qu’une simple source d’information aujourd’hui. A ce titre je trouve l’œuvre de Michel Onfray très intéressante. Je n’ai jamais réussi à me retrouver parfaitement dans un idéal ou une philosophie quelconque.
Vaerohn tes vocaux sont hurlés et tu fais passé une sacrée souffrance dans ceux-ci. Tu ne prends pas cette partie-là à la légère, et je trouve cela vraiment plaisant, car je considère que c'est un instrument à part entière. Qu'as-tu à dire à ce sujet ?
J’irais plus loin que toi car elle n’use d’aucun intermédiaire et est en rapport direct avec le musicien. Contrairement aux guitares saturées qui sont plates et sans dynamiques, la voix (similairement aux instruments dits « classiques » ou acoustiques) fait passer réellement une émotion indépendamment de la mélodie (j’entends les métalleux ricaner). C’est évidemment une part indispensable de PENSEES NOCTURNES et j’ai dans la mesure du possible tenté de ne pas trop la travailler. Un peu de reverb pour entrer dans le mix. C’est un point sur lequel il ne faut pas tricher pour rester crédible. Je suis conscient que ce chant peut repousser mais c’est exactement la vision que j’en avais et je suis assez satisfait du résultat.
La ville est également très présente dans l'artwork : quel sens lui accordes-tu ? Ta musique parle-t-elle d'elle ? Tu vis dans une mégapole urbaine que je trouve absolument ignoble de plus, Paris et sa région tentaculaire... Aimes-tu la ville, es-tu plus un citadin, un urbain qu'un rural, ou es-tu rurbain ?
Au risque de passer pour un Rousseau en herbe et d’ennuyer les lecteurs avec de futiles détails j’ai eu le privilège de passer mon enfance dans un cadre rural. Comme tu le soulignes je suis arrivé à Paris il y a peu et ces paysages de béton, témoins de la propension stérile des hommes à créer la mort, m’effraient. Ce cadre urbain dépeuplé est le témoignage du fait que le Black Metal peut être la représentation d’une vie moderne, de ce malaise contemporain qui prend forme au milieu des tableaux sordides de bitume. La ville, archétype même de ces pulsions humaines de mort que l’on nomme progrès et aboutissement, agglomérat d’individualités égoïstes et hébétés dans leur routine absurde. Je ne me suis jamais senti aussi seul qu’au milieu de cette masse et c’est quelque chose que j’avais besoin de faire ressortir. Tu l’auras compris, pour moi rien ne vaut la quiétude et la beauté de la « nature ».
« Dés-espoir » est le résultat d’une réflexion que nous avons mené avec Baalberith (fondateur de Postchrist) sur les paradoxes de la solitude. Je ne suis pas panthéiste mais on ne se sent finalement pas toujours aussi seul que l’on pourrait le croire au milieu de verdure en comparaison avec les indicibles trajets en RER.
Quelle est ta définition de l'Enfer ? Quel est le tien ? Que penses-tu de l'humanité et dans laquelle nous plongeons tous ?
La notion d’Enfer suppose une vision manichéenne du monde que je ne peux accepter. Rien n’est bien, rien n’est mal. Une image témoin de notre faiblesse à réduire le monde à des concepts fantasmatiques. Personne n’y échappe, l’Histoire de la Science en est la manifestation parfaite quand bien même la complexité mathématique tente tant bien que mal de masquer ces aberrations. L’Homme a toujours tenté d’attribuer un sens à ce qui l’entourait malgré le fait que ses capacités intellectuelles (et même calculatoire aujourd’hui avec les ordinateurs aussi puissants soient-ils) l’obligent à établir des hypothèses réductrices pour arriver à un résultat. Peut-on se contenter d’une vue peut être parfaite et logique de l’esprit mais fausse pour représenter le monde ? Je pense quant à moi qu’il ne sert simplement à rien de réfléchir, que l’on ne pourra jamais trouver la solution, le sens. D’où le fait que je ne répondrais pas à ta question car elle s’inscrit dans un système de pensée que je n’approuve pas. Quant à l’humanité dans son ensemble je pense avoir déjà assez abordé son inclination à se laisser perdre dans l’excitation et l’illusion plutôt que faire preuve de raison et de logique.
PENSEES NOCTURNES va-t-il se produire sur scène, ou l'a-t-il déjà fait ?
Je n’ai pour le moment pas l’intention de tenter de retranscrire ces ambiances en concert. Outre l’aspect matériel je ne suis pas convaincu que ce genre de mélancolie puisse être aisément partagé contrairement au Blues par exemple. Il me semble plus important de développer la discographie du groupe, sans me préoccuper d’une éventuelle retranscription sur scène, plutôt que réfléchir à la formation d’un line-up par souci promotionnel ou de mimétisme.
Quels sont les derniers disques en metal qui t'ont botté l'arrière-train ? Quelles sorties prochaines attends-tu ?
En matière de Metal j’ai plus été déçu que conquis dernièrement (FUNERAL MIST, PESTE NOIRE). J’ai beau me remuer les méninges je suis incapable de me souvenir d’une sortie qui m’a claqué récemment. J’attends avec une certaine impatience les prochains SECRET OF THE MOON et HYADNINGAR, assez curieux de voir à quoi vont ressembler le prochain DRUDKH et le GLORIOR BELLI aussi.
Quelle est la suite des évènements – sur quoi planches-tu désormais, hormis répondre à ces satanées interviews ?
Serais-tu victime d’une certaine forme de sadisme ? J’ai en effet beaucoup de mal à trouver du temps parmi ces interviews mais je m’attache autant que possible à mettre en forme le successeur de « Vacuum ». Les textes sont écrits et le concept est là, il ne reste plus qu’à matérialiser ces pensées. Je peux d’ores et déjà te dire que sera quelque chose de plus complexe, de plus malsain et de moins attendu.
J’ai de plus quelques projets de BO en parallèle qui risquent de me prendre pas mal de temps… Rien de bien planifié en somme.
Qu'as-tu écouté pendant cette interview ?
Voilà une question heureuse ! Il m’est régulièrement demandé de résumer mes influences ou mes goûts mais l’aversion que j’ai pour les étiquettes et le cataloguage intempestif des groupes me pousse à répondre hâtivement. Sans prendre le temps de ranger : « Quintessence » et « Royaume de Glace » de SOMBRES FORÊTS, l’album éponyme de LANTLÔS, « Time Brings About A Change » de FLOYD DIXON, le split DEATHSPELL OMEGA/S.V.E.S.T., « Golevka » de THE EVPATORIA REPORT et « Elegies to Lesson Learnt » d’iLiKETRAiNS. Cela fait beaucoup de temps passé derrière un écran…
Que doit-on retenir de PENSEES NOCTURNES ?
Tout est à inventer. Suivre le berger est à la portée de tous mais faire fonctionner son cerveau l’est aussi. Prendre conscience que l’on est en rien obligé de tout accepter est indispensable pour tracer son propre chemin.
Qu'est-ce que ne fera jamais PENSEES NOCTURNES ?
Revomir éternellement les mêmes sonorités, les mêmes riffs, les mêmes idées. S’en tenir à une doctrine ou une ligne de conduite réductrice. Prendre en compte les avis extérieurs.
Question rituelle, entre autres : Vaerohn, peux-tu me donner trois adjectifs qui définissent le mieux la personnalité de PENSEES NOCTURNES ?
Affranchi, désabusé, vain.
Vaerohn, cette longue interview s'arrête là. Vacuum est un très bon disque que je vais dépouiller afin d'en faire ressortir le nectar... et le vinaigre eheh ! Je te souhaite le meilleur pour l'avenir, et que Vacuum soit remarqué à sa juste valeur ! Les derniers mots sont pour PENSEES NOCTURNES !
Sans vouloir en aucune manière te soudoyer car visiblement tu n’as pas encore chroniquer l’album, cet entretien est de loin le plus intéressant et le plus long que l’on m’ait proposé pour le moment ! N’hésite pas à travailler le vinaigre, qui sait peut-être lirais-je ta critique un jour… Je te souhaite le meilleur, il est rare de rencontrer des personnages aussi sérieux et passionnés.
03 mai 2009
HELSLAKT - D'une Mélomanie Perverse au Leitmotiv d'Helslakt


De temps en temps, de petites perles apparaissent par-ci par-là. Les disques passent et se ressemblent, quand, sans prévenir, se glisse dans le flot un album qui arrache tout. Du moins, de mon point de vue. C'est encore une fois des tréfonds de l'underground, ici Suisse, que surgit de ces ténèbres la galette en question... C'est plutôt une cassette en fait, mais c'est un LP et il se nomme « D'une mélomanie perverse au leitmotiv d'Helslakt ». Le groupe a pour nom... HELSLAKT. Le quintet est bien jeune (mais « la valeur n'attend pas l'âge »), autant vous le dire et les influences sont perceptibles – MAYHEM, ONDSKAPT, DARKTHRONE pour ne citer qu'eux – et l'album fait penser aux déchainements émis il n'y a pas longtemps par un certain québécois du nom d'ETHER...
Bref, j'ai été plus qu'agréablement surpris par cette jeune formation au potentiel plus qu'énorme, maître des ambiances maléfiques et dégoulinant de folie – la performance vocale de Dargan Nar Hassen est vraiment impressionnante. Le gars y met toute ses tripes et bien des hurleurs devraient le prendre pour exemple. Chaque disque de Black Metal devrait toujours avoir un mec possédé au micro qui hurlerait jusqu'à s'en décrocher la mâchoire... Bref. Je reviens aux ambiances : les riffs sont tortueux, les atmosphères délétères et mortifères... L'opus m'a aussi rappelé les mythiques De Mysteriis Dom Sathanas et A Blaze in the Northern Sky et les riffs perverses, sinueux et envoutants m'ont eux, rappelé au bon souvenirs des oeuvres sataniques des suédois d'ONDSKAPT... Franchement, j'ai été scotché. Et il sera difficile de jeter la pierre à HELSLAKT : si les influences se font parfois prégnantes, HELSLAKT les a toutefois fort bien digéré, en ce sens qu'il se les ai approprié et que son identité est déjà bien définie... Argh ! « D'une mélomanie perverse au leitmotiv d'Helslakt » est vraiment un excellent opus – une sacrée claque de Black Metal.
Techniquement, les compositions sont travaillées, variées, alternant les plans pesants et rapides, les parties malsaines et les autres furieuses... On ne se lasse jamais, l'oreille est tout le temps interpelée. Le tout forme un tout homogène, cohérent sans être massif : bref, c'est un vrai régal. Les sept pistes prennent leur temps pour conter leurs chants de mort – elles s'écoutent ainsi avec délice – et la tapisserie sonore n'a pas lieu d'être dans cette Mélomanie perverse... Quant aux musiciens, ceux-ci maitrisent amplement leurs instruments : vous ne serez pas floués. Qui de la production ? Elle est franchement monstrueuse : c'est du studio super professionnel à ce niveau-là ! Le son clair et ample surprend au début pour un tel Black Metal mais en fait, les deux s'accordent parfaitement. Rien n'est en retrait, même si la voix et la batterie très live passent une peu au-dessus des cordes... Sauf pour la dernière track car le son change carrément. Du Berceau au Suicide est elle très épaisse, à fond dans les basses qui vibrent telles les Mouches de Satan... Bourdonnantes et maléfiques, les guitares décapent les neurones à coup de mélancolie putrescente et d'une haine plus que tangible... Ce titre est absolument énorme et il m'est difficile de vous décrire l'effet qu'il me fait – cette sensation d'être plongé dans un marasme inhumain, dans un marais d'horreurs, dans un univers si personnel, si dingue, si occulte qu'il m'en sera difficile d'en sortir vivant... Vraiment exceptionnel. Avec cette piste, HELSLAKT achève un album superbe.
Si les influences ne se ressentaient pas autant, je n'hésiterais pas à dire « D'une mélomanie perverse au leitmotiv d'Helslakt » qu'il est un véritable chef-d'oeuvre. En somme, ces trois-quarts d'heure de folie poisseuse massacrent sérieusement et il va vous falloir vite-fait bien-fait commander cette tape chez le fournisseur officiel du groupe : Cantus de Leprae. Aller hop : je le remets...
HELSLAKT - Anormal, Amorphe, Amoral...
HELSLAKT... Ca fait un moment que je voyais ce nom apparaître de-ci de-là. Et voilà qu'enfin, l'occasion se présente de poser quelques questions à la formation suisse, auteur d'un magnifique album paru chez l'inconnu Cantus de Leprae : D'une Mélomanie Perverse au Leitmotiv d'Helslakt... Voici donc que l'un des leurs prend la parole. (mai 2009)
Bienvenue en Enfer HELSLAKT ! Vous êtes les deuxièmes Suisses à apparaître (après les cinglés de MALVOISIE) dans les pages de La Voix des Ombres et je vous en remercie ! Le label plus qu'underground Cantus de Leprae a sorti votre premier album en tape en octobre 2008, ça fait donc un paquet de mois ! Quel est l'avis général à son sujet ? Je n'ai pas lu une seule chronique sur celui-ci.
Salut Guudrath ! L’interview s’est déroulée en deux temps. Nous nous sommes réunis les cinq et avons tenté de répondre ensemble aux questions posées. Après une demi-heure, la discussion a dérivé en un débat pseudo-philosophique, puis en une orgie dont je vais m’abstenir de rapporter ici les faits. Le rapport de cette soirée est peu lisible, je vais cependant prendre les commandes de l’interview et essayer d’être fidèle à ce que chacun a voulu exprimer.
HELSLAKT est composé de Wager Krild et de Snoerte Skoggath aux guitares, de Drevsroth Ninhvarth à la basse, de Dargan Nar Hassen au Chant et de Nitverk Skoggath derrière les fûts.
Pour ce qui est de l’album, les retours sont jusqu’ici positifs, mais relativement peu exhaustifs. En général, c’est la face « B » qui est préférée à la « A », personnellement, je la trouve moins originale.
Je pense que tu es la première personne à chroniquer notre opus.
Comment s'est conclu l'accord de production avec Cantus de Leprae ? Etes-vous satisfaits par son travail ?
Je ne tiens pas à parler de Cantus de Leprae dans le cadre de cette interview. Nous travaillons d’une manière spéciale ensemble, et je suis satisfait comme ça.
Le moins que je puisse dire, c'est que j'ai été très agréablement surpris par ce full-length ! Les vocaux hurlés du fond des tripes sont savoureux, intenses et impressionnants, les riffs sont torturés et inspirés, la production est terrible et il se développe tout au long de l'écoute des ambiances vraiment malsaines, tout cela avec une sincérité et une liberté évidentes – bref, HELSLAKT m'a tapé dans l'oreille ! Quel était l'objectif de HELSLAKT avec ce premier album ? Qu'est-ce que vous vouliez provoquer chez l'auditeur avec « D'une mélomanie perverse au leitmotiv d'HELSLAKT » ?
A l’heure actuelle, je n’ai pas réellement d’objectif quand je crée HELSLAKT. J’écris un morceau, s’il me convient, je le propose aux autres, puis c’est le son de l’orchestre qui décide si nous le gardons ou pas. Bon nombre d’ambiances se créent uniquement en répétition, et d’autres, uniquement pendant l’enregistrement. Nous aimons laisser notre musique nous surprendre. Tout les titres du prochain album sont prêts, pourtant je n’ai aucune idée d’à quoi celui-ci va ressembler. En ce sens, (et en ce sens uniquement), nous ne cherchons pas à provoquer quoi que ce soit chez l’auditeur, chacun ingurgite notre musique comme il l’entend.
« D'une mélomanie perverse au leitmotiv d'HELSLAKT », c'est un genre de titre d'album qu'on lit très rarement ! Un titre qui pose question. La mélomanie est l'écoute passionnelle de la musique, mais elle semble perverse chez HELSLAKT et justement, cette perversion va encore plus loin puisqu'elle semble définir un schéma répétitif... ? Enfin, à l'heure où je rédige ces questions, mon cerveau est encore embrumé... Le plus simple est de demander à HELSLAKT ce qu'il entend par un tel titre ! Comment est vécue la musique et surtout le Black Metal dans HELSLAKT ? Quel est votre point de vue sur ce dernier ? Que peux-tu nous dire du titre de l'album ?
Avec HELSLAKT, j’aime quand ça suinte le vice, le défaut, l’erreur, mais également, (et c’est là que les tripes se resserrent au son égayé des cordes vocales de notre cher Nar Hassen), toutes formes de corruption, de décadence, de débauche… C’est cette envie, ce besoin de saleté auditive que l’on retrouve dans « Mélomanie perverse ». Notre leitmotiv : la suppression de la race « hurbaine » ou de l’homme « ultramoderne » : imberbe, malade, arpentant les villes et ne supportant rien qui ne soit artificiel. Je me sens tout à fait ciblé, car si ce n’était le cas, HELSLAKT n’existerait pas.
Le Black Metal pour moi ? Une sorte de vieux rêve que tout le monde essaye désespérément d’atteindre (bientôt nous comprendront que le Black Metal ne se recherche pas, mais qu’on l’atteint de manière naturelle ou qu’on ne l’atteint pas). Le Black Metal n’est plus qu’une pathétique peinture sur laquelle chacun veut se croire plus « true » que l’autre, dans un essor marketing nauséeux et un flot de titres plus ridicules de jours en jours. Bref, un monde auquel je ne désire pas être associé.
Fallait y venir, car HELSLAKT est profondément inconnu ! Qui le compose ? En quelle année la horde a-t-elle vu le jour ? D'où vient ce nom d'HELSLAKT ? Quelle est la moyenne d'âge ?
Sur « DUMPALDH » nous étions trois à composer : Snoerte, Wager et moi. Ils me proposaient certains riffs, je les assemblais aux miens et finalisais toutes les chansons. A l’heure actuelle, je suis l’unique compositeur, donc les nouveaux titres (certains devraient bientôt paraître sur une « rehearsal tape ») reflètent plus particulièrement mes penchants musicaux que ceux de mes compagnons.
Nous étions très jeunes lors de l’enregistrement, (Dargan et Snoerte n’avaient que quinze ans), Je suis le plus âgé, et je suis né en 1990. Malgré le fait que ça nous décrédibilise généralement, je ne pense pas qu’il faille s’arrêter à notre âge. Au contraire, ça donne à notre musique une force « jeune », insouciante, impulsive.
HELSLAKT signifie « massacre », c’est-à-dire l’annihilation de toute forme de conformisme et de purisme, dans le sens ou ceux-ci canalisent et policent les pulsions artistiques (ce qui en soi est tout ce qu’il y a de moins pur), au profit d’une « musique » prévisible, sans relief, impure. HELSLAKT est un élan contre la pensée « hurbaine » : c’est une espèce de grande danse dévastatrice, un fléau pour l’humanité, mais pas de la même façon qu’une maladie, (il n’y a aucune annihilation physique de l’humain à travers la musique). Nous tentons de montrer à l’auditeur l’abjection humaine de manière violente et crue ; ça le place dans une position d’instabilité dérangeante. Nous aimons cet état instable et nous ne voulons donc pas être cachés derrière des dogmes et des valeurs promptes à « stabiliser » cet état.
En dépit de l’adrénaline que peut procurer sa musique, HELSLAKT est très sombre et très pessimiste. Néanmoins, n’oublions pas que ça reste une œuvre, un concept et que ça ne définit pas (du moins pas intégralement) les personnes qui le créent.
Je n'ai pas le courage ni le temps de recopier le constat dressé, imprimé dans l'artwork de la cassette, mais il est intéressant et à ce titre, pose lui aussi question ! En résumé, l'homme a tout pourri, tout détruit ou est sur la bonne voie pour mener à bien la destruction finale... Je lis de plus en plus de choses sérieuses, notamment des « officiels » contrant d'autres « officiels » et pour ce que je prenais au départ pour un complot ésotérique international devient de plus en plus exotérique, bien réel, mais toujours mondial... Dans le fond vous me rappelez vos confrères de MALVOISIE qui exprimaient un profond dégoût pour la vermine humaine... Quelle est la position d'HELSLAKT sur l'humanité ? Et votre relation à la « Nature » ? Quelle est votre nature justement ?
Nous faisons intégralement partie de la « Nature », nous n’avons donc pas de « relation » avec elle, du fait que nous ne formons qu’un. L’homme n’est pas « mauvais » en soi, puisque la nature est par définition objective, il est simplement autodestructeur. C’est une sorte de « stupidité instinctive » créée par le dégoût des instincts, le dégoût de la nature, le dégoût de soi-même, engendrant, par extension, une automutilation de l’esprit. HELSLAKT est à l’image de l’homme et a, de ce fait, également une volonté d’autodestruction, de néant, de mort. En ce sens, c’est une musique nihiliste, bien que nous ne le soyons pas.
« Quand on aime les enfants, il ne faut pas en faire » ?
Je suis mal placé pour te répondre... Selon HELSLAKT, non, mais HELSLAKT n’« aime » que d’un amour pervers.
« D'une mélomanie perverse au leitmotiv d'HELSLAKT » a été enregistré pendant la période des fêtes chrétiennes de fin d'année, en 2007. Ca fait donc un bout de temps ! Tout d'abord, qu'est-ce que cela vous procure de l'avoir enfin vu produit ? Et pourquoi ne pas avoir choisi un label plus gros, capable de produire en plus grand nombre, etc ? Pourquoi Cantus de Leprae ?
Je suis content de cette production, nous avons bossé beaucoup de temps dessus : la pochette a du charme, les morceaux sont travaillés, etc. Nous ne sommes pas contre l’idée d’être produit à un nombre un peu plus conséquent de copies, c’est une question de temps et d’argent.
L'opus a été enregistré à La Chaux-de-Fonds, c'est-à-dire dans le fief d'HELSLAKT ? La production est sacrément bonne, professionnelle : l'un de vous a-t-il du matériel d'enregistrement de cette qualité-là, est-il ingénieur du son ou êtes-vous passés en studio plus simplement ? Avez-vous connu des difficultés ? Dans quelles conditions d'esprit et émotionnelles avez-vous réalisé les prises de son ?
La Chaux-de-Fonds est le lieu où nous nous réunissons hebdomadairement, c’est aussi la petite ville dans laquelle j’habite, j’aime à flâner dans ses rues et ses monts alentours.
Nous avons enregistré au « Chaos Room Studio ». C’est un ami, Jonathan Nido, qui nous a consacré un peu de son temps. L’ambiance était très « Rock’n’Roll » (sauf peut-être quand Dargan et moi avons fait notre duo sur « Contemple le Vol des Corbeaux », ça a jeté un certain froid). Tout est allé extrêmement vite, nous n’y sommes restés que 7 jours, c’est pourquoi nous n’avons gardé que l’essentiel et que la cassette sonne « live ». Rien n’était professionnel en réalité.
A ton avis, à qui plaira/plait HELSLAKT ?
A tous ceux qui se détournent de la mode Black Metal, qui cherchent des sensations plus étranges, qui n’ont pas peur de ne pas se retrouver dans la musique qu’ils écoutent. A tous ceux qui se posent la question : qui suis-je, dans quel monde est-ce que je vis pour aimer ce genre de musique, pour en avoir besoin ? Mais peut-être aussi à d’autres…
« D'une mélomanie perverse au leitmotiv d'HELSLAKT » est un album que l'on ne peut mettre en tapisserie sonore : il mérite de l'attention, il est charpenté mais tortueux, il a une « âme », il nécessite donc de l'attention... HELSLAKT est-il élitiste ?
Comment veux-tu qu'HELSLAKT soit élitiste ? HELSLAKT c’est la bassesse, la crasse, les pulsions qui parlent librement. Être élitiste, c’est être « bon », c’est avoir une appartenance rassurante à une mouvance prétendue supérieure. Nous n’aimons pas ce qui est rassurant ni ce qui est « bon », nous voulons que l’auditeur perde ses repères, se mette nu et se masturbe ; qu’il se regarde tel qu’il est, et non tel qu’il voudrait se voir. Peut-être que tu comprendras mieux si tu écoute nos nouveaux morceaux.
L'album s'ouvre sur une intro, Notre Havre de Paix, qui est un petit chaos fait de folie, enfin là comme ça j'aurais beaucoup de mal à le décrire... La folie semble être un ingrédient pour le groupe, non ? Pendant son écoute, je me suis dit qu'HELSLAKT n'était pas un vulgaire groupe de Black Metal, mais que derrière la musique, il y avait des questions, de la réflexion et la recherche de l'Art Noir... Je me trompe ?
L’Art Noir ? Nous voici face à de grands mots ! Il y a en effet des questions et de la réflexion en trame de fond chez HELSLAKT. Si tu définis l’art comme un crachat, profond, qui sort malgré toi, alors nous faisons de l’art. Maintenant prétendre qu’il est noir, peut-être, mais cela n’a néanmoins nul rapport avec du satanisme. Quoique…
La troisième piste semble être écrite en Allemand... et d'autres sont en anglais si mes oreilles ne me trompent pas ! Qu'est-il écrit dans vos textes et qui les écrit ?
En effet, nous avons exploités ces deux langues qui nous sont étrangères. J’aime les ambigüités, c’est pour ça que j’ai choisi de traduire « Die Morgendämmerung einer neuen Epoche » (L’aube d’une nouvelle ère) en Allemand. Le texte est très brutal, c’est Drev qui l’a pondu. Nous nous branlons sur chaque représentation de la décadence humaine, c’est pour ça que nous pouvons avoir des textes qui semblent nazis, bien qu’encore une fois, nous ne le soyons pas : l’Allemand accentue l’aspect radical de ce titre.
« Incantations Nocturnes à Chasseral » est écrit en Anglais, c’est un vieux texte. Quand je me suis rendu compte que l'infiniment cliché ne me convenait plus, les paroles étaient déjà placées sur la musique, donc j’ai décidé de ne pas les réécrire. Nous avons juste mis le titre en Français, par esthétisme.
J’aborde plusieurs thèmes quand j’écris les textes d'HELSLAKT: La décadence, le sexe, la drogue, l’adrénaline, les pulsions de mort, etc. Par exemple, « Contemple le Vol des Corbeaux » traite d’un homme anéanti par l’alcool qui trouve la force de se relever quand il aperçoit un nuage de corbeaux s’avancer dans sa direction, l’instant est très intense, mais dès que les oiseaux disparaissent au loin, il s’effondre à nouveau et sombre dans un sommeil éternel.
« Séduisant Acier d’une Nuit sans Lune » met en scène une « fille mère » complètement débauchée qui, assise sur son lit souillé, s’injecte un poison mortel dans les veines. Ses maux de têtes sont insoutenables et son corps s’embrase sous la douleur.
« D'une mélomanie perverse au leitmotiv d'HELSLAKT » se termine sur un excellent titre au son plus brut et raw, avec des guitares bourdonnantes, accordées bas et mélancoliques et une batterie très live – une piste qui me rappelle un peu VORDR d'ailleurs. Que peux-tu nous dire sur Du Berceau au Suicide ? Comment a-t-elle vu le jour et que disent les paroles ? En tous cas c'est une track prenante, introspective, hypnotique...
« Du Berceau au Suicide » est la plus vielle chanson d'HELSLAKT qui ait jamais été enregistrée. Snoerte et moi nous sommes retrouvés un après-midi d’octobre 2006. Lui à la guitare a balancé deux notes et moi j’ai suivi derrière ma batterie. Nous nous sommes vite compris et avons exécuté ce morceau viscéralement pendant 30 minutes. La chanson n’est constituée que de deux riffs, nous étions contents qu’elle sonne purement Black Metal. M’est avis que c’est la seule chanson d'HELSLAKT qui puisse prétendre à ce titre.
L'album connaîtra-t-il d'autres formats, comme le vinyle ?
Il est évident que ça nous plairait. Rien n’est encore certain.
Qui s'est chargé de l'artwork ?
Le maître du visuel dans le groupe, c’est Snoerte, mais on bosse toujours les deux. Il dessine (sauf pour notre démo « Synesthésie », celle-ci ayant été dessinée intégralement par Wager) ou retravaille des photos et moi je lui donne mon impression. Nous jugeons que l’artwork est essentiel pour HELSLAKT, nous nous appliquons énormément pour créer ce qui nous plaît vraiment. Rien que pour dessiner le titre de la cassette sur la pochette, nous avons dû nous atteler pendant 7 heures.
Les premiers noms qui me sont venus à l'esprit en écoutant HELSLAKT furent MAYHEM, ONDSKAPT, DARKTHRONE mais aussi le Québécois d'ETHER – connaissez-vous ce dernier ? Afin de nous faire une idée du socle musical qui a contribué à forger l'identité de la horde, est-ce que l'on peut avoir des noms, des disques qui vous servent de référence ?
Non, nous jugeons cela inutile. A lire les chroniques, tous les groupes sont des copies de DARKTHRONE, de BURZUM ou de MAYHEM, c’est une forme de désinformation. Je considère chaque groupe comme une entité à part entière, qui n’a pas besoin d’être catégorisée ou comparée à d’autres, surtout quand c’est sans fondement.
Quel est le socle idéologique, littéraire ou quelles sont les croyances/spiritualités que suivent les membres d'HELSLAKT ?
Nous n’avons pas de socle idéologique. Dans une idéologie, il y a des règles, une façon de pensée immuable et intemporelle : un chemin à suivre. HELSLAKT n’est pas figé dans le temps, nous ne nous fixons pas de règles. HELSLAKT, c’est le changement constant, demain je peux te tenir un discours totalement différent de celui que je te tiens aujourd’hui ; pas parce que ce je dis n’est pas fondé, mais parce que le monde qui m’entoure évolue constamment ; je ne fais qu’évoluer avec lui et ne m’emprisonne pas dans le cloître de l’idéologie.
Les membres d'HELSLAKT sont-ils investis dans d'autres formations ? Ou dans une autre forme dédiée à l'underground – fanzine, label, organisation de concert ?
Snoerte dirige PROFOND BARATHRE, moi, je lui apporte mon soutien et m’occupe des parties de batterie.
Que l'on retrouve « D'une mélomanie perverse au leitmotiv d'HELSLAKT » en libre téléchargement sur internet, qu'est-ce que cela vous inspire ?
Fort peu de chose.
Il y a des groupes suisses et undergrounds que vous recommanderiez particulièrement, que vous soutenez ?
Je connais très peu de groupes suisses.
Sur quoi travaille actuellement HELSLAKT ? Que nous préparez-vous pour cette année et 2010 ? Je vous vois également mal sur scène...
Nous travaillons sur plusieurs projets, mais notre plus grand souhait est de produire un deuxième full-length. L’aspect financier est le plus difficile à surmonter. Une cassette enregistrée en août de l’an passé est la seule sortie (presque) certaine que je puisse annoncer pour le moment. Elle sera plus occulte et plus limitée que « d’une mélomanie… »
Pour ce qui est de la scène, je ne suis pas du tout d’accord avec toi, HELSLAKT est fait pour se produire en live, nous ne cherchons pas encore vraiment de date, puisque nous avons beaucoup de travail en ce moment et que nous voulons être prêts mentalement. Nous devons encore travailler notre technique dans l’espoir que la folie puisse s’emparer de nos esprits, sans que nos corps se perdent sur nos manches… Si nous en avons l’occasion, nous n’hésiterons pas à venir nous prostituer sur scène.
Qu'est-ce que tu as écouté durant cette interview ?
Le MLP de PERDITOR « In Signo Suo », mais je ne pense pas que ça intéresse grand monde…
Comment contacte-t-on HELSLAKT et comment se procure-t-on la tape ?
Seul contact du groupe : Skoggath@hotmail.com, il me reste encore quelques exemplaires.
En France vous trouverez notre cassette chez Damned Land Production, Cruciatus Records & Insidious Poisoning Records. Sinon chez Livsleda Records (Suède), Dunkelheit Produktionen (Allemagne), Croquemort Productions & Tour de garde (Canada), Cold Void Emanations, (Norvège, France), Mistress Dance (Portugal)…
Question rituelle : peux-tu me donner trois adjectifs qui définissent le mieux selon toi la personnalité d'HELSLAKT ?
Anormal, amorphe, amoral.
Que faut-il retenir d'HELSLAKT ?
Ne retenez rien, si ce n’est que j’ai écrit cette interview en avril 2009. Tout peut à l’avenir changer.
« D'une mélomanie perverse au leitmotiv d'HELSLAKT » est un opus absolument fabuleux et certainement l'une de mes meilleurs choses que j'ai entendu en cette année 2009. Je suis impressionné et fasciné. Je guetterais désormais HELSLAKT !
27 avril 2009
WOLOK - Caput Mortuum
Tel le Cavalier de l'Apocalypse chargé de répandre la peste, la lèpre et autres maladies mortifères, WOLOK est revenu des Enfers pour s'épancher à nouveau de son trop-plein de dégoût. Pour mon plus grand plaisir et après un génial Servum Pecus en 2006, WOLOK revient ainsi d'un voyage parmi les morts avec un troisième volume intitulé Caput Mortuum, servi par l'exigent label Those Opposed Records.... J'ai attendu ce troisième comme j'ai attendu les précédents : avec impatience.
Je ne connais pas beaucoup de formations pratiquant l'Art Noir comme ces Lorrains le pratiquent... Elles sont peu nombreuses, ces hordes qui me « donnent envie » de vomir, ces combos qui s'accrochent à mes boyaux tels des zombies qui n'auraient pas manger de chair fraiche depuis des lustres... WOLOK a définitivement une place au soleil dans ma discothèque. WOLOK est l'un de ces rares prédateurs qui répandent la Mort avec une justesse effroyable, avec ces remugles cadavériques exhalées directement du caveau qui me reviennent tous en mémoire à l'écoute de chacun des opus... WOLOK imprime en moi des images comme j'en vois peu. WOLOK me fait dire : « putain, ce sont vraiment des humains encore bien vivants qui font ce Black Metal-là ? » Ainsi, je crois sincèrement que très peu peuvent se targuer de savoir développer de telles atmosphères si macabres, si purulentes, si maladives, si pestilentielles, si laxatives... Si purificatrices ?
WOLOK est un porteur de peste, incontestablement, au même titre qu'un VUCUB CAME ou qu'un MÜTIILATION. Les titres de Caput Mortuum prêchent pour leur paroisse : Bacterium Dei, Transubs(a)tantiation et le fabuleux Anawyrm (entendez ces chœurs monastiques en fond des titres, et les autres incursions du style tout au long de Caput Mortuum...).
Et par pitié ne rangez pas WOLOK sous la bannière de l'Indus Black Metal : certes les sons bizarroïdes (des flatulences de corps qui gonflent et se dégonflent dans leur décomposition avancée ? Vos intestins qui pourrissent ? Vos ventres qui se remplissent de vos goinfreries ?) font partie intégrante de l'identité et de l'entité WOLOK, mais on est fort loin des ténors du genre... Et la batterie/boite à rythme n'a pas vraiment la marque de l'électronique... A vrai dire, connaissant plutôt bien l'œuvre du démon WOLOK, plus le temps passe, moins l'identification à ce sous-genre est plausible, car ces « flatulences » extra-terrestres, ces effets de sonars s'éclaircissent au fur et à mesure, et ces distorsions se révèlent ainsi plus « naturelles » que synthétiques...
Alors, ce nouvel album ? Un Caput Mortuum dans la droite lignée des précédents, avec un son qui s'est encore amélioré et qui permet de mieux se rendre compte d'une chose : chez WOLOK, la production est un outil, pas un instrument. Car les riffs maladifs et les sons distordus extirpés du Néant, la basse rondouillarde et ronronnante et le martèlement inhumain de la batterie et enfin, la Voix, inimitable et démoniaque de Luc Mertz, tout ce qui fait la machine WOLOK n'a pas vraiment changée... Je dirais même que les ambiances se sont épaissies, sont encore plus décharnées, que l'atmosphère se fait encore plus lourde et irrespirable. Que plus WOLOK produit, plus son corps monstrueux révèle son nauséabond et nauséeux parfum... Plus j'en mange, plus j'en dégueule - et plus j'adore. WOLOK me pousse au masochisme et à l'adoration... WOLOK est un bonbon avarié, mais un bonbon quand même.
Alors voilà ce qu'est Caput Mortuum : une longue et déliquescente descente dans Son Enfer. Un cauchemar... Un Grand Ancien tiré d'une histoire de Lovecraft... Caput Mortuum est un excellent disque, une oeuvre d'art noir à posséder de toute urgence. Et je ne sais même plus si l'on peut dire que WOLOK fabrique encore du Black Metal. WOLOK est passé par dessus.
WOLOK - Répugnant, Méandreux & Faisandé...
Je l'ai tellement attendu celui-là... WOLOK, une formation lorraine que je considère comme l'une des toutes meilleurs de l'Hexagone, est enfin revenue avec un Caput Mortuum fabuleux, faisant suite à un non moins excellent Servus Pecum sorti en 2006. Et cette fois-ci, le trio malsain - comptant dans ses rangs le démoniaque général de ZARACH'BAAL'TARAGH – a signé de son sang et à grands coups de bière chez un compatriote éclairé : Those Opposed Records. J'ai enfin l'honneur de poser mes questions au géniteur de WOLOK, MRIIK... (avril 09)
Hailz Mriik, bienvenue en Enfer à WOLOK, je lève ma Triple à votre santé ! Bon, personnellement ça me fait sacrément plaisir de pouvoir enfin questionner WOLOK, car je suis un grand dingue des productions maléfiques produites par ces Lorrains complètement malades. Lukk m'a déjà fait cet honneur avec ZARACH'BAAL'TARAGH, voici venu ton tour ! Bref, commençons de suite. Caput Mortuum est la dernière production toute chaude du combo sortie des hauts-fourneaux du label français Those Opposed Records. WOLOK change ainsi de crèmerie : Northern Sky en 2004, Eerie Art Records en 2006 et enfin, T.O.R en 2009. Pourquoi une telle bougeotte ? E.A.R. n'a pas été séduit par cette nouvelle offrande ? Les moyens de T.O.R ne sont-ils pas plus limités que ceux d'E.A.R ? Signer sur une plus grosse structure n'était pas envisagé ou alors c'est du chauvinisme eh eh ?
Disons que Eerie Art Records ne semblait plus trop impliqué ces derniers temps, d’autant plus que la proposition que Kjold m’a faite ne me tentait pas vraiment. Quand je lui ai dit que je ne souhaitais pas continuer avec lui, il m’a simplement répondu « ok, alors bonne chance pour la suite », il n’a pas réellement cherché à faire des efforts pour conserver WOLOK sous son aile. En plus de ça, Eerie Art Records signe beaucoup trop de groupes, plus ou moins médiocres, de Black dépressif, et je ne veux surtout pas que WOLOK soit assimilé à cette scène. Cela dit, je ne remercierai jamais assez Eerie Art Records pour leur aide précieuse par rapport à la sortie de Servum Pecus en 2006. Par la suite, j’ai discuté avec Noël de Those Opposed Records, on est venu à parler de WOLOK par hasard, je lui ai expliqué où j’en étais avec le nouvel album et il m’a fait une proposition qui convenait parfaitement à ce que j’avais en tête. Je ne pense pas que les moyens de Those Opposed Records soient plus limités, je trouve sincèrement que c’est un label intègre qui ne cesse de monter. Et puis Noël et moi sommes sur la même longueur d’onde. Un gars respectable, honnêtement. Je ne me fais pas de bile pour la promotion du nouvel album, je lui fais confiance. Enfin pour aborder le dernier point de ta question, je ne pense pas que WOLOK soit compatible avec l’esprit d’une grosse structure… Maintenant, tout dépend de ce que tu appelles « grosse structure ».
Tout le monde ne l'entendra pas de cette oreille, mais niveau son, WOLOK a évolué, entre la démo des débuts et Caput Mortuum – l'enregistrement a-t-il évolué, rien qu'entre Servum Pecus et Caput Mortuum déjà ? Comment as-tu procédé cette fois-ci ?
Rien n’a changé, je procède toujours de la même façon. Notre son a certes évolué, il est le fruit d’un mix intelligemment conçu par Cypher, mais en terme d’enregistrement, je n’ai rien modifié. Je trouve que le mix sur Caput Mortuum met chaque instrument beaucoup plus en valeur – la basse notamment, j’espère que tu l’auras remarqué. Je suis sûr que cela fera chier tous ces chignards qui me répètent sans cesse « ouais, je préfère WOLOK avec un son de démo, je n’aime pas votre prod’, elle est trop propre, trop soignée, bla bla bla ». Connards, retournez écouter les démos de merde de vos groupes de merde préférés, WOLOK n’a pas besoin de votre soutien. Non, mais franchement, toi qui as écouté Caput Mortuum, tu trouves que l’on jouit d’une prod’ digne des plus grands studios d’enregistrement ? Pour info, tout a été enregistré à l’aide d’un modeste 8-pistes numérique, donc je ne comprends définitivement pas ces crétins qui nous reprochent d’avoir un son trop puissant pour le style que nous pratiquons. Avoir un son de merde ne m’intéresse pas, je laisse ça aux losers qui ne savent pas jouer, qui ne réalisent même pas qu’ils sont incompétents et qui essaient de noyer leurs insurmontables lacunes grâce à une prod’ « necro ».
Est-ce que la recette pour faire un bon WOLOK a également changé ? Ou bien y a-t-il du neuf en la matière ? Tout le monde ne connaît pas la méthode WOLOK, alors donc comment s'est déroulée la composition de Caput Mortuum et combien de temps cela a-t-il pris ?
Il n’y a aucune recette bien définie, hormis une bonne dose de spontanéité accompagnée d’une pincée d’improvisation. Surtout pour les effets. Tous les effets bizarres que tu entends sont captés en une seule prise, c’est fait à l’arrache. Idem pour le chant, c’est que de l’impro. Comme quoi, cela risque de surprendre les trous du cul qui pensent que notre musique est trop sophistiquée. Maintenant au niveau du riff, oui, il y a du neuf en la matière pour reprendre ton expression. J’ai cherché, inconsciemment ou pas, à développer des riffs plus tordus, plus alambiqués peut-être. Les structures peuvent paraître un peu plus complexes par moments, mais au bout de trois ou quatre écoutes, j’imagine que ça doit passer plus facilement. Sinon, va te faire foutre. Je n’ai pas de méthode WOLOK, je compose simplement la musique que j’ai envie d’écouter. Je le dis souvent, mais je fais cela pour ma gueule avant tout.
Je ne sais pas ce qui pourrit en toi Mriik, mais WOLOK est vraiment un groupe qui me la fout mal... Un peu comme si j'étais au bord de vomir mes tripes à chaque écoute de l'un de ses missiles pestilentiels... WOLOK dégage une aura maléfique vraiment malsaine, irrespirable – dont je suis pourtant accro – qui me fascine presque autant que les remugles dégagés par MÜTIILATION, mais qui m'empêche de trop écouter tout ce marasme cadavérique... D'où te vient toute cette décomposition, qu'est-ce qui nourrit ce compost impur ? Que représente pour toi WOLOK ?
Si ma musique t’étouffe et te donne la nausée, j’en suis ravi. Ce qui pourrit en moi ? Des trucs très banals en fait : le dégoût des autres, l’égoïsme, l’amertume, la perversion, le mépris, l’incompréhension et l’appréhension de l’absurde. Tout ce qui n’est pas forcément exprimable en société, je le traduis musicalement à travers WOLOK. C’est très cliché ce que je te raconte en fait. Mais il faut bien dégueuler tout ce fiel à un moment ou à un autre.
WOLOK existe depuis quelques années désormais, mais il semble rester une entité inconnue de pas mal de metalheads... Peux-tu présenter le groupe – surtout que vous êtes un trio désormais ?
Pour faire short, WOLOK a été conçu en 2003. Luc (chant) m’avait fait part de son désir de monter un projet musical ensemble, j’ai donc tout de suite accepté. Le nom de WOLOK m’est venu à l’esprit, comme ça, je ne sais pas pourquoi (je commence seulement maintenant à comprendre certaines choses par rapport à sa signification, suite à un échange très étrange avec un certain Michael Wolok justement). Par la suite, Cypher (batterie & mix) est venu compléter le line-up, cela remonte à fin 2005 en fait…
Caput Mortuum, Servus Pecum et Universal Void ont tous sept titres – une explication à cela ?
Aucune idée. Figure-toi que je m’en suis rendu compte aussi, il y a peu de temps. Cette structure a été conçue totalement inconsciemment. Chacun en déduira ce qu’il en voudra.
J'ai le sentiment que les ambiances sont encore plus travaillées, et que les pistes sont plus longues et pesantes, plus déprimantes – je me trompe, où Caput Mortuum a été abordé sous un autre angle que son prédécesseur ?
Comme je te le disais tout à l’heure, je ne calcule pas vraiment. Je compose en fonction de l’humeur du jour, qui était celle qu’elle était au moment où Caput Mortuum fut conçu. Si ça se trouve, pour le prochain album, tu auras des titres plus basiques et plus brutaux, je ne sais pas du tout dans quel état je me trouverai alors. Par contre, il est vrai que pour certaines ambiances, j’y ai passé un peu plus de temps, sans non plus faillir à ma démarche de spontanéité et d’improvisation dont je te parlais il y a quelques minutes. Prends par exemple les premiers riffs qui ouvrent les morceaux Bacterium Dei et Transubs(a)tantiation, ils ont été mûrement réfléchis car ils se veulent plus farfelus. Mais ils ont été capturés en une seule prise… Tout se joue au niveau de l’équilibre entre improvisation et réflexion intense.
Malgré cela, WOLOK désormais, c'est aussi un manque de surprise... Je veux dire qu'en fait, je m'attendais à un tel disque, car c'est ce dont je raffole dans WOLOK. Qu'en penses-tu Mriik ? Impossible de faire autre chose que du WOLOK eh eh, ou d'oser bousculer ?
Pas tout à fait d’accord, ce nouvel album reste certes dans la même lignée du précédent, mais il y a tout de même des différences fondamentales. L’approche des titres est plus tortueuse, le cheminement des riffs est plus sinueux. De toute façon, il y a toujours eu deux cas de figure dans le Metal : soit tu fais toujours la même chose et on te reproche de tourner en rond, soit tu entreprends d’évoluer et on te ressort le coup du « je préférais le premier album / la première démo ». Moi, du moment que ma musique me plaît, ça me va ; le reste, je m’en cogne. WOLOK restera WOLOK, ça en tout cas, c’est sûr et certain.
Universal Void matraquait sévère, le tempo était soutenu et le rythmique barbare. Même si Caput Mortuum n'y va pas avec le dos de la cuillère, ce n'est plus la même chose. La hargne s'étiole-t-elle, avec les années qui s'amoncellent, le crâne qui se dégarnit et les poignées d'amour qui apparaissent ?
Disons que Universal Void était plus basique, une sorte de flaque de vomissure expulsée soudainement. Sur Caput Mortuum, le côté basique et primaire s’est légèrement estompé au profit d’une plus grande intensité au niveau des ambiances, mais le résultat est finalement le même. La colère ne s’apaise pas avec le temps qui passe, bien au contraire. En fait, elle est exprimée autrement. L’intensité n’est pas obligatoirement une question de tempo.
J'ai du mal à me dire que WOLOK fait de l'Indus Black – c'est pas pour une boîte à rythme (si courante aujourd'hui) et quelques effets et sons bizarroïdes – mais du Black, tout court. Quel est ton avis là-dessus ?
Absolument, je te donne entièrement raison. Il n’y a pas grand-chose d’Indus dans la musique de WOLOK, hormis les quelques effets malsains qui parsèment mes compos. D’ailleurs, j’en profite pour préciser que plus des trois quarts de ces effets ne sont pas des samples chopés sur le net ou sur je ne sais quel logiciel existant sur le marché, je bidouille tout moi-même en martyrisant mes pédaliers d’effets. Sinon, pour en revenir à la question, WOLOK ne doit pas être abordé sous l’angle Indus. Maintenant, est-ce que WOLOK fait du Black Metal, sachant que nous ne parlons pas constamment de Satan ? A chacun de lire les textes et de tirer ses propres conclusions.
Peut-on avoir un rapide aperçu des titres qui composent Caput Mortuum ? Qui a écrit les textes et que racontent-ils ?
Certains textes sont de moi, d’autres ont été écrits par l’Ennemi. C’est toujours très difficile de décrire des textes aussi abstraits. WOLOK est abstrait, abscons, obscur et hermétique. Bacterium Dei relate la contamination de cette maladie qu’est la foi, et ce dès le plus jeune âge, sous la forme d’une allégorie sexuelle assez choquante finalement. In Vacuo décrit un besoin de vide. Transubs(a)tantiation retrace une scène de nécrophagie, avec le message sous-jacent que chacun interprètera à sa façon. Anawyrn est finalement proche de Bacterium Dei, la foi est un ver qui te ronge les intestins. Necro Priapus Worship décime le concept de piété, tandis qu’Incision évoque la grotesquerie de l’existence, « odi ergo sum ». Ce dernier texte est très différent de ce que WOLOK propose habituellement, il a été entièrement rédigé par l’Ennemi et malgré tout, je me suis facilement identifié à ses écrits, je me suis retrouvé à travers son message.
WOLOK aurait-il pu mieux trouver qu'en Luc Mertz un vocaliste digne de ce nom ? Est-ce que tu as toutes les démos signées ZBT ? Les démos sont désormais mises à disposition gratuitement en téléchargement sur son Myspace, que penses-tu de cette démarche ? WOLOK qui ferait pareil, c'est possible ?
Comme je le répète souvent, je n’imagine pas que WOLOK puisse se passer de Luc. Son chant dans WOLOK est unique et je pense qu’il est le seul à pouvoir assumer ce rôle. Maintenant, je commence à connaître le bonhomme, c’est un peu le Guy Roux du Black Metal, il se sous-estime trop, il se fixe des objectifs trop modestes alors qu’il est largement à la hauteur, il me répète sans cesse « désolé d’avoir saboté tes compos avec mes lignes de chant merdiques ». C’est tout lui, modeste devant l’éternel. Mais après tout, c’est ce que j’apprécie chez lui, nous sommes sur la même longueur d’onde depuis le début, et contrairement à ce qu’il prétend, ses lignes de chant viennent plutôt enrichir ma musique. Concernant les démos de ZBT, j’en ai toute une chiée, mais je ne pense pas les avoir toutes, j’ai dû en louper quelques-unes. Sa démarche via MySpace a déjà fait grincer quelques dents, mais je suis d’avis que chacun est libre de faire ce qu’il veut. WOLOK a aussi une page MySpace, mais je ne mettrai jamais des démos ou des albums entiers à télécharger. Je n’en vois pas l’intérêt en fait.
Tu as fais appel aux talents de Modii, officiant comme bassiste infernal dans SUPPLICIUM, pour illustrer le livret de Caput Mortuum : éclaire-nous sur ce que tu attendais de son travail, sur ce qui te plaît dans ses oeuvres, et ce qui fait que tu l'as choisi comme illustrateur ? Que ressens-tu en observant ce crâne ? Enfin, ce que l'on désire tous savoir, c'est en quelle quantité de poudre blanche, tu l'as rémunéré ?
Je connais Modii depuis un certain temps, puisque je distribuais leur matos via ma distro. Il a toujours accroché à WOLOK et un jour, il m’a carrément proposé d’illustrer la cover d’un album. J’ai bien évidemment accepté sans hésitation et il est revenu vers moi avec ce crâne. Putain, j’étais scotché. Je savais déjà que la noirceur de ses toiles correspondait parfaitement à mon univers musical, mais alors à ce point ! Apparemment, la toile de ce crâne a été en partie conçue avec son sang et son sperme, pour la petite histoire. J’espère sincèrement que Caput Mortuum pourra sortir un jour en vinyle, je pense que le chef d’œuvre de Modii prendrait alors une toute autre dimension. Ce que je ressens en observant fixement ce crâne ? Une absence de ressenti, plus aucune sensation, ce crâne m’inspire le néant, le caput mortuum, le résidu dont on ne peut plus rien tirer.
Pourquoi DEVILISH ERA a-t-il rendu son âme à Di..., pardon, au Grand Bouc ?
Je peux t’invoquer deux raisons principales : le manque de temps (excuse facile, je te l’accorde) et le manque d’inspiration (là, par contre…). Dans le premier cas, je suis impliqué dans pas mal de projets comme tu le sais, d’autant plus que mon activité professionnelle est très chronophage. Je devais donc sacrifier un projet et j’ai décidé que ce serait DEVILISH ERA. Je n’avais plus grand-chose à exprimer via ce projet, alors plutôt que de commencer à sortir de la merde comme beaucoup de groupes le font à l’heure actuelle, j’ai préféré arrêter. DEVILISH ERA aura donc vécu 10 ans et le bilan s’avère finalement positif au vu des nombreux messages de mecs déçus par le « split ». Pour ma part, quand je réécoute certains trucs de DEVILISH ERA, je regrette de ne pas avoir pu gommer certaines maladresses grossières.
Et qu'en est-il de KRAZUMPATH et ZAGHURIM ? LA DIVISION MENTALE va-t-elle accoucher d'un petit frère à l'excellentissime Extase des Fous ?
Pour KRAZUMPATH, cela va faire deux ans que nous avons enregistré cinq nouveaux titres, ils n’ont toujours pas vu le jour, mais parmi ces cinq morceaux, deux devraient logiquement figurer sur un split EP à paraître chez Necromancer Records avant la fin 2009. Pour ZAGHURIM, le mystère est total. Stéphane avait voulu que l’on reforme le projet après notre séparation, il a enregistré des nouveaux titres et me les a envoyés, c’était en 2007. J’ai alors enregistré toutes les parties vocales, je lui ai refilé le tout pour qu’il s’occupe du mix et de tout le reste, mais depuis ce jour, plus de nouvelles. Je lui ai envoyé de nombreux mails, je l’ai harcelé au téléphone, rien à faire, il a disparu sans laisser de traces. Je ne sais même pas si ce gars est encore vivant. Enfin, en ce qui concerne LA DIVISION MENTALE, Cypher est en train de bosser sur le nouvel album. Les premières maquettes devraient me parvenir d’ici le mois d’août, je pense. Avec L’Extase des Fous, nous avons touché pas mal de monde grâce au bon boulot du label et j’ai été agréablement surpris de constater que ce disque a été très apprécié.
On sait tous comme les Lorrains sont de sacrés poivrots, alors avoue-nous ta consommation quotidienne, et quels sont les meilleures liqueurs, tord-boyaux et mousses blondes et brunes auxquels tu t'adonnes religieusement ?
Marrant que tu me poses cette question. Je bosse en tant que chef de produit marketing pour la marque de bière la plus célèbre du Luxembourg, Bofferding si tu connais. Comme j’ai droit à maximum 12 litres de bière gratuite par semaine, je te prie de croire que j’abreuve une partie de la famille et des amis. Je te conseille donc cette bière blonde typiquement luxembourgeoise. Nous avons aussi une autre marque, Battin, qui est encore meilleure car plus typée. Pour ce qui est des produits lorrains, rien ne vaut un bon schnaps, je suis friand de Framboise Sauvage, de Poire Williams et de Mirabelle. Il m’arrive aussi de distiller avec la belle famille, notre Poire Williams est la meilleure de la région. Mais je t’avoue que je suis davantage adepte de bon vin, notamment les Grands Vins de Bourgogne. Je participe à l’organisation de dégustations sur le Luxembourg deux fois pas an (dégustation de printemps et d’automne), si tu es dans le coin, n’hésite pas à passer pour te laisser surprendre.
En parlant de religion, dernièrement à Toulouse, un Musulman fanatique et sa femme se sont fait mettre en taule pour avoir maltraité leurs enfants... Sous nourris, battus, etc. : la religion mène à de ces choses ! Quel est ton avis là-dessus, sur les religions et l'humanité en général ?
La question est trop vaste pour pouvoir en débattre en quelques lignes. Je suis athée et j’encule les fanatiques. La religion m’a toujours répugné et avec le temps, j’ai appris à vivre en faisant abstraction de la foi et de ceux qui essaient de t’endoctriner. Mon dernier contact avec la religion remonte à la semaine dernière : les témoins de Jéhovah sont venus sonner à la porte et j’ai lâché le chien… Véridique.
Le Nord-Est et la Lorraine particulièrement sont bien fournis en formations Black Metal. WOLOK doit bien avoir quelques amis qu'il suit particulièrement – des formations underground qu'il serait intéressant de découvrir ?
Des amis, j’irais pas jusque là. Je parlerais plutôt de connaissances. En Lorraine, tu as de bons groupes de Black Metal tels que BAHRRECHT, FUNERAL HOLOCAUST, CODEX INFERIS et TENEBRAE EVOCENTUR, ZARACH BAAL THARAGH, PHOBOS… Il y avait aussi SVARTBLUT, mais pour ces derniers, je crois qu’ils ont splitté. Sur le Luxembourg, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent par contre. Je te citerais néanmoins EMBRYONIC DEATH, FUNERARIUM, SEASONS OF FROST, LE GRAND GUIGNOL, GRAAWESKEELT et WANTERWOLLEF pour les trucs les plus potables. La scène luxo est hélas saturée de groupes de Death / Thrash / Core moderne qui me donnent envie de vomir.
Quelles sont les dernières baffes en Black Metal que tu as récoltées ?
Le nouvel album d’ABSU, que j’écoute en boucle depuis deux semaines. Et pourtant chaque jour, je découvre autre chose, tous les détails et les richesses de ce disque se révèlent au fur et à mesure. Les nouvelles compos s’apprivoisent avec le temps. ABSU reste l’une des toutes meilleures formations qu’il n’y ait jamais eu. Quand j’étais un plus jeune, ce groupe m’impressionnait, j’ai toujours été en admiration devant leur approche musicale si unique. Sinon, en Black, j’ai découvert KRALLICE qui pratique un Black Metal très personnel, presque technique et qui part dans tous les sens, je n’avais jamais entendu un truc pareil auparavant et je te conseille d’y jeter une oreille. En Black, je crois bien que c’est tout, car il faut être honnête, il n’y a rien de bien transcendant ces derniers temps. A vrai dire, j’écoute beaucoup plus de Death depuis quelques mois, ou d’autres trucs complètement barges comme The Black Flux, le dernier album de VIRUS. Putain, ça c’est de l’Art !
Caput Mortuum va-t-il connaître une version vinyle ou cassette ? Y aura-t-il des rééditions diverses et variées des précédentes bombes sales ?
Pour le moment, je n’ai aucune piste pour une version vinyle. Je serais évidemment ravi si un label venait à manifester un tel intérêt, rien que pour pouvoir apprécier le rendu de la cover comme je t’en parlais tout à l’heure. Concernant les précédents albums, je ne vois pas trop l’intérêt de les rééditer puisque certaines distros et labels ont encore quelques copies en stock.
Qu'y a-t-il à l'horizon pour WOLOK ? Un concert eh eh ?? Un split ? Un autre album ???
Un concert, ça ne risque pas. J’ai déjà quelques bonnes idées pour le prochain album, j’ai des riffs sous le coude, je m’occuperai de tout ça au fur et à mesure.
Comment se procure-t-on Caput Mortuum ? Comment te contacte-t-on ? Comment obtient-on une interview dans FAZ ???
Tu m’envoies un mail à devilish_era@hotmail.fr ou bien tu contactes directement le label, Those Opposed Records. La version avec le slipcase est limitée à 100 copies, les collectionneurs devront se dépêcher. Si tu souhaites apparaître dans le prochain FAZ, il suffit de jouer de la musique authentique et personnelle qui puisse nous surprendre, nous envoûter, nous ensorceler, bref, nous fasciner.
Qu'as-tu écouté durant cet entretien ?
Au début, rien du tout, car c’était même pas 4h du matin, j’aurais réveillé ma compagne et j’en aurais pris pour mon grade. Là, il est un peu plus de 6h et je suis en train de m’enfiler le premier album de SAINT VITUS à un volume raisonnable. Comme quoi les insomnies, ça a du bon, cela me permet de pouvoir répondre aux interviews. Maintenant, ayant dormi à peine une heure et demie, j’espère que je tiendrai le coup aujourd’hui…
Qu'est-ce que ne fera jamais WOLOK ?
De la politique…
Mriik, tu pourrais me donner trois adjectifs qui peuvent définir la personnalité de WOLOK ? S'il fallait le résumer en trois mots, qu'en dirais-tu ?
Répugnant, méandreux et faisandé. Je ne vois pas de meilleurs adjectifs pour qualifier ma musique.
Bon, ma bière est finie et ma curiosité donne sa langue à mon putain de chat... Caput Mortuum est encore une fois un excellent disque de WOLOK ! Je laisse ici WOLOK en paix et le laisse retourner à ses chairs pourrissantes et ses vers grassouillets – les derniers mots sont pour lui ! Merci Mriik pour le temps que tu as accordé à La Voix des Ombres !
Un grand merci à toi pour le soutien que tu voues à mes projets depuis le début. Je te remercie aussi de ne pas avoir comparé une seule fois WOLOK à BLUT AUS NORD, ce que trop de soi-disant « connaisseurs » visiblement malentendants ont tendance à faire à mon plus grand agacement…
MRIIK – 24/04/09
25 avril 2009
ralentissement
Hailz.
Vous l'avez remarqué, la précédente update commençait à dater.
C'est simple : je travaille plus, mais pas pour gagner plus malheureusement. Et quand je rentre du bureau, ça n'est pas fini... je ne vais pas étaler ma vie, mais voilà pourquoi ça ralentit. Si j'avais quelques recrues motivées...
Merci de lire La Voix des Ombres en attendant !
















